‹ La circulation du sang à l'état physiologique et dans les maladies [electronic resource]Chapitre 143 sur 431 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Classifications anciennes des formes du pouls ; leurs défectuosités.

§ 166. — Au début de mes recherches sur les formes graphiques du pouls, me trouvant déjà en possession d'un nombre considérable de tracés que je pouvais comparer entre eux, j'eus un instant , x*^* l'espérance que, pour le groupement de ces types si variés, il serait possible de s'aider des .classifications adoptées par l'ancienne médecine. Je pensais, en un mot, trouver les types correspondants à chacune des désignations anciennes : pouls grand et petite large et étroit, dur et mou, plein et vide, vite et lent, serré, élevé, filiforme, formicant, capricant, etc. Mais je vis bientôt que toute tentative dans ce sens était inutile : d'abord, parce que la nomenclature ancienne est incomplète et qu'elle ne tient pas compte des différents éléments que le sphygmographe révèle dans une pulsation : ascension, sommet, descente; ensuite, parce que la valeur des mots employés pour désigner chaque forme du pouls est trop mal définie.

Soit que chacune de ces expressions ait été peu à peu détournée de son sens primitif, soit qu'il y ait dans ces désignations plutôt une synonymie encombrante qu'une véritable diversité, le fait est que les médecins ne s'entendent plus sur la valeur de tous ces noms. Ainsi, les mots pouls vite et lent, qui nous paraissent correspondre dans nos tracés au plus ou moins de rapidité de l'ascension du levier, ont été confondus par quelques auteurs avec ceux de fréquent et rare. Les pouls dur et mou ont été confondus avec plein et vide. Sous cette désignation, certains médecins croient qu'on doit entendre un état particulier de la pulsation ellemême, d'autres pensent que ces mots se rapportent à l'apparence que le vaisssau présente sous le doigt qui l'explore : ce vaisseau formant un cordon tantôt dur, tantôt mou, paraissant tantôt plein de sang, tantôt vide.

Quoi qu'il en soit de la valeur réelle que les auteurs de celte nomenclature ont voulu donner à chacun de ces noms, on est, de nos jours, en désaccord complet; et deux médecins qu'on chargerait de caractériser par des noms la forme du pouls d'un malade, définiraient leurs sensations chacun à sa manière.

Bordeu entreprit une classification sur une tout autre base : il

désignait les types du pouls d'après le siège des maladies dans laquelle ils se rcnconlrent. C'est ainsi qu'il admitle pouls capital, le guttural, ]c nasal, Vintestinal, puis les pouls Œù/périewr et inférieur, suivant que la maladie siégeait au-dessus ou au-dessous du diaphragme. Le temps a fait justice de toutes ces subtilités, mais quelques formes semblent attirer encore l'attention des médecins : ainsi le pouls abdominal. Cette' forme semble entraîner l'idée d'une grande faiblesse de la pulsation: le type en serait celui qu'on observe dans l'état ultime d'une péritonite. Mais comme le faisait remarquer Beau dans ses leçons cliniques, ce n'est là qu'une phase de l'affection abdominale, car le pouls de la péritonite, pris dans la première période, offre des caractères tout opposés. Du reste, l'existence de ces types fût-elle vraie, ces désignations supposent nécessairement qu'on a observé déjà bien des fois chacune des affections auxquelles elles correspondent ; elles n'apprennent rien à celui qui ne sait rien; pour le patricien exercé, elles sont inutiles.

Une autre désignation que l'on doit à Bordeu et qui a peut-être quelque chose de plus réel, c'est le pouls des crises. 11 est certain, en effet, que dans les différentes phases d'une maladie, il y a des changements brusques ou graduels dans la forme du pouls, et que ceux-ci correspondent à des changements simultanés dans l'état général du sujet. Mais ici, comme pour le cas précédent, parler du pouls de Virritation ou de celui de la sueur, ce n'est pas en décrire les caractères1.

Il y a encore d'autres raisons qui doivent faire rejeter la méthode et les classifications anciennês dans l'étude du pouls. En comparant des tracés recueillis sur des malades et sur des sujets sains, ^ <rt^~- je vis bientôt que la même forme du pouls pouvait se présenter à l'état physiologique et dans certaines maladies. La conclusion paraît facile à tirer. C'est que dans l'un et dans l'autre cas il y avait un état semblable de la circulation. L'ivresse et la fièvre typhoïde donnent au pouls le même caractère : c'est qu'il y a H dans ces deux cas un trouble semblable de la fonction circulatoire;

c'est ce trouble qu'il faut déterminer. Je fus ainsi ramené à chercher les causes qui modifient la forme du pouls, non plus dans l'essence même de la maladie, mais clans quelques influences toutes locales agissant sur l'appareil circulatoire. Ce serait tantôt un

1. Frappé de l'insuffisance du langage pour désigner les caractères du pouls, Fouquel

CHAPITRE XVII. 263 changement dans la manière dont le cœur se vide; tantôt une modification dans le diamètre et l'élasticité des artères ; ailleurs un changement dans l'état des capillaires qui, relâchés ou contractés, feraient varier la tension artérielle, et avec celle-ci la forme du pouls. En un mot, toutes les fois qu'un caractère du pouls existe dans deux maladies différentes par leur essence, il

(Essai sur le pouls. Montpellier, 1818, p. 51) a essayé de représenter par des figures la sensation que le doigt éprouve en palpant l'artère dans différentes maladies. Nous représentons ci-dessous les principaux types qu'il a publiés, laissant au praticien expé-

Fig. 141. Représentation iconographique des caractères du pouls, d'après Fouquet.

rimenté le soin de juger jusqu'à quel point une pareille expression rend compte de ce qu'on éprouve en tâtant le pouls des malades.

existerait dans ces maladies une modification commune de la circulation.

C'est donc la cause physique de chacune des formes du pouls que nous devons chercher. La tâche serait longue, si nous n'avions, dans l'emploi de l'expérimentation sur les appareils schématiques, un moyen de déterminer ces causes, souvent difficiles à saisir sur l'homme et sur les animaux. Mais, grâce à ce moyen d'analyse et de contrôle, nous pourrons marcher rapidement dans cette étude.

Du moment que la forme du pouls se traduit par un tracé, la seule manière d'analyser cette forme est de la soumettre à une sorte d'étude géométrique. Les médecins qui s'effrayent de l'introduction des sciences exactes dans notre art peuvent se rassurer ; l'étude géométrique dont nous voulons parler n'exige pas des notions bien compliquées : elle se bornera presque toujours à savoir si une ligne est droite ou courbe, verticale ou oblique, horizontale ou non; si un angle est plus ou moins ouvert, si le sommet en est plus ou moins aigu ou arrondi. Tels sont les principaux éléments sur lesquels reposera l'analyse d'un sphygmogramme.

Puisque le pouls exprime les variations de la tension artérielle, sa courbe doit se composer d'une période d'ascension et d'une période de descente. La première correspond à la phase dans laquelle l'afflux du sang que le ventricule envoie dans les artères prédomine sur l'écoulement à travers les capillaires; la seconde correspond à l'écoulement tout seul. Toutefois, la pulsation n'a pas une forme aussi simple que les courbes qu'on obtient dans les conditions simplifiées de certaines expériences physiques § 116; elle présente souvent la trace d'une pénétration saccadée du sang dans les artères et, de plus, se complique de l'effet des ondes qui oscillent dans le système artériel ; ces éléments, combinés de diverses manières, produisent une grande variété de formes du pouls.

Ligne d'ensemble d'un tracé du pouls.

a 167 - Le tracé d'une série de pulsations forme une suite d'ondulations disposées sensiblement sur une ligne droite horizontale. En effet, comme on peut le voir en passant en revue les sphygmogrammes représentés § 138, on voit qu'une ligne qui pas-

Page 1