CHAPITRE XIX
duquel on pouvait voir le sang cheminer avec plus ou moins de vitesse.
Bien qu'il soit extrêmement ingénieux, ce procédé n'est pas à l'abri de causes d'erreur. Son auteur lui-même admet que
d a\ Le sang traversera ce lube rectiligne comme il traverserait l'artère elle-même. Sur ce premier conduit est adapté un tube de verre courbé en U qui constitue un circuit de dérivation latéral. Ce tube de verre est rempli d'eau. A un moment donné, au moyen d'un système de robinets c f", on ferme le tube rectiligne ad et l'on ouvre le circuit latéral 6 c. Le sang se trouve alors forcé de traverser le tube de verre pour se rendre
Fig. 169M, hémodromomèlroTcIe Volkmann; B et C, disposition des robinets.
du bout central au bout périphérique de l'artère ; il chasse devant lui l'eau contenue dans le tube et la pousse du côté des capillaires. On voit alors, à travers les parois de verre, le sang qui s'avance par saccades en se substituant à l'eau. Si l'on mesure le trajet ainsi parcouru par le sang pendant un certain nombre de secondes, on connaît la vitesse du courant sanguin dans les artères.
Dans la figure A, on a représenté deux ajutages g h à chacun desquels on a lié les extrémités de l'artère divisée. Ces ajutages s'adaptent aux extrémités «d du tube rectiligne.
" Ces robinets sont à trois voies. La figure C les représente on position pour laisser passer le sang suivant l'axe du tube rectiligne; la figure B montre les robinets tournés de manière à envoyer le sang à travers le tube en U.
l'interposition de l'appareil sur le trajet d'un vaisseau peut changer la vitesse du sang dans celui-ci. En effet, la colonne sanguine, forcée de traverser un trajet plus long, rencontre des résistances nouvelles que la courbure du tube peut augmenter encore. Enfin, on n'est pas autorisé à admettre à priori que l'eau qui se trouve poussée dans les capillaires artériels traversera ceux-ci avec autant de facilité que le sang pourrait le faire. On sait que les injections faites dans les artères d'un animal vivant rencontrent des résistances particulières dues aux contractions que provoque dans ces vaisseaux la présence d'un liquide étranger1.
Appareil de Liidwlg : Stromnhr.
§ 193. — Ludwig perfectionna la méthode de Volkmann et construisit en 1857 un instrument qu'il désigna sous le nom de Stromuhr, dont plusieurs de ses élèves, et particulièrement Dogiel4, se servirent pour mesurer la vitesse du sang dans, les vaisseaux. Deux boules de verre de forme ovoïde, H et S (fig. 170) sont placées l'une à côté de l'autre et communiquent entre elles par un tube recourbé qui en réunit les extrémités supérieures. En bas, chacune des deux boules est en rapport avec une canule recourbée qui s'introduit dans l'un des bouts d'une artère transversalement coupée. Supposons que tout l'appareil ait été préalablement rempli de sérum de sang; dès qu'on l'adaptera à l'artère, en plaçant la canule E dans le bout supérieur du vaisseau et la canule E' dans le bout inférieur, on verra du sang artériel entrer dans la boule H et pousser devant'lui le sérum qui s'échappera par la canule E' et s'écoulera par le bout inférieur de l'artère suivant le cours ordinaire du sang.
Pour rendre facile à saisir l'instant où un volume connu de sang aura traversé l'appareil, Ludwig remplit d'huile l'ampoule
1, Avec cet instrument, Volkmann évaluait la vitesse du sang pour unejseconde :
Chez un chien, dans la carotide 273°',""
Chez un autre chien, dans la carotide 357
Ëhez un cheval, dans la carotide . 254
Chez un cheval, dans la métatarsienne 56
2. L'appareil qui est représenté ci-dessous est le stromuhr actuel, celui que Dogiel*
- J Dogiel Die Ausmessung der Straumenden Bluvolumina. (Berichte d. Kon. Sachs. GeseUschaft der Wissensch. Mat.-Physik. Classe, Sitzung an. 12 décembre 1807.)
CHAPITRE XIX. 301 H. Il vit alors le sang artériel entrer dans cette ampoule et l'huile passer peu à peu dans l'ampoule S dont, le sérum s'écoulait par le bout inférieur de cette artère. Grâce à sa légèreté spécifique, l'huile occupait toujours la partie supérieure, de telle sorte que, au moment où avait pénétré dans l'appareil une quantité de sang égale à la moitié du contenu d'une boule, l'huile occupait la moitié supérieure des deux boules H et S. Plus tard, l'huile avait passé en totalité de la boule H dans la boule S; il était donc
a employé dans ses recherches. On voit dans la figure 170 l'appareil lout monté, fixé à un support P qui maintient dans un plan horizontal les deux canules d'entrée E et de sortie du sang E'. Les boules H et S sont fixées par une tubulure métallique à un disque p, perforé au-dessous de chacune d'elles; ces canaux établissent la communication de chaque boule avec un tube creusé dans l'épaisseur d'une plaque de métal faisant suite au tube qui porte la canule. Un liquide introduit en E peut par conséquent sortir
Fig. 170. Appareil de I.udwig pour la mesure de a vitesse du sang. (Stromuhr à renversement # des boules.)
en E' après avoir parcouru les deux boules H et 8, dont le tube d'évacuation supérieur est fermé par un tronçon de tube de caoutchouc. Mais comme la platine supérieure p' qui porte les deux boules peut tourner par glissement horizontal sur la platine inférieure />' qui porte les canules, on comprend qu'il soit possible, en faisant exécuter une demi-rolalion à la portion mobile, de faire passer la boule H à la place de la boule S et réciproquement : c'est ce qu'exprime la désignation de l'appareil « Stromuhr mit Kugel Drehung : Stromuhr à renversement des boules ».
entré dans l'appareil une quanlité de sang égale au contenu de H et une quantité semblable de sérum, déplacé par l'huile, était passée de la boule S dans le bout inférieur de l'artère.
Jusqu'ici, cette méthode ressemble beaucoup à celle de Volkmann ; deux avantages toutefois sont réalisés : d'une part, ce n'est pas de l'eau, mais du sérum qui est passé dans le bout inférieur de l'artère et ce liquide trouvera dans les petits vaisseaux moins de résistance que l'eau, car celle-ci provoque une contraction violente des parois vasculaires. D'autre part, la forme d'ampoules donnée aux deux branches du tube en U permet d'opérer sur un volume de liquide plus grand que celui que renferme l'hémodromomètre de Yolkmann. Mais voici le progrès principal réalisé par l'appareil de Ludwig.
Au moment où toute l'huile est passée de l'ampoule H dans l'ampoule S, on fait pivoter l'appareil sur lui-même, en tournant entre les doigts le bouton R; aussitôt le sens du courant est renversé et c'est l'ampoule S pleine d'huile qui se trouve mise en rapport avec la canule d'amont E, l'ampoule H avec la canule d'aval E'. Le déplacement de l'huile par le sang artériel se passe comme tout à l'heure, mais cette fois, ce n'est plus du sérum que l'huile pousse devant elle par l'orifice d'aval; c'est du sang artériel, celui qui tout a l'heure avait pris la place de'l'huile dans l'ampoule H. Si l'on répète indéfiniment cette manœuvre, en retournant l'instrument chaque fois que l'huile a passé de l'ampoule d'amont dans celle d'aval, on pourra savoir, d'après le nombre de renversements effectués en un temps donné, quelle est la quantité de sang qui a traversé l'appareil, car on connaît exactement la capacilé de ces ampoules.
Pour altérer le moins possible les conditions physiologiques de la circulation, on chauffe dans un bain à température convenable les deux boules que traverse le sang artériel.
L'instrument n'offre de résistance au passage du sang que pendant l'instant très court où l'on change le sens du courant; mais, grâce à la disposition ci-dessus indiquée, le pivotement des deux ampoules n'exige qu'un instant inappréciable1.
L Ludwig avait, fait construire un autre appareil fondé sur le même principe, mais dans lequel on obtenait un changement de sens du courant au moyen d'un rob.net a deux voies : c'était le Stromuhr mit Slromiocnckr (Stromuhr à renversement de courant). Dogiel, qai a comparé les deux instruments, a donné la préférence au premier, à cause de la rapidité plus grande de son maniement.