CHAPITRE XIX
g 194. Voulant savoir si l'interposition du Stromuhr constitue une résistance au passage du sang dans l'artère, Ludwig explora la pression en amont et en aval de l'instrument au moyen de deux manomètres; il vit que la pression, en aval, n'est inférieure que de quelques millimètres de mercure à la pression en amont. La différence de pression, ou perle de charge, est d'autant plus grande que la vitesse du sang est elle-même plus considérable. Dogiel a constaté que, dans les cas où la pression artérielle est élevée, la différence est très faible.
Cette faible différence de pression tient à ce que la résistance de l'instrument est presque négligeable quand les petits vaisseaux resserrés constituent à l'extrémité du système artériel un obstacle beaucoup plus grand. La décroissance de pression est alors très faible dans le système artériel , c'est-à-dire en amont de l'obstacle principal. (Voir § 107.)
La seule difficulté de l'emploi du stromuhr, c'est qu'il faut surveiller avec soin l'instant où l'huile a passé d'une boule dans l'autre pour renverser le courant; et de plus, qu'il faut noter exactement l'instant auquel chacun des renversements s'effectue. Dogiel a supprimé cette seconde complication de l'expérience en annexant à l'appareil un signal automatique de ces renversements. Ce signal, inscrivant sur un papier dont la marche est régulière et préalablement connue, il devient facile d'estimer, d'après le nombre des signaux inscrits en un temps donné, et d'après l'égalité ou l'inégalité des intervalles qui les séparent, quelle est .la vitesse du sang, et de savoir si cette vitesse a varié aux différentes phases de l'expérience.
Nous indiquerons plus tard le résultat des principales expé- .riences failes au moyen de l'appareil de, Ludwig; le présent chapitre n'a pour but que de montrer les diverses méthodes sur lesquelles est basée la mesure de la vitesse du sang.
Le stromuhr de Ludwig est excellent pour faire des expériences de longue durée, et pour déterminer le volume exact de sang qui traverse, en un temps donné, l'artère sur laquelle on applique l'instrument . mais l'indication qu'on obtient est celle de la vitesse moyenne1, abstraction faite de toutes les saccades que produit dans le cours du sang artériel l'action intermittente
1. Les valeurs trouvées par Dogiel pour la vitesse du sang dans la carotide du chien ont varie entre 1/2 cent, cube et 2 cent, cubes par seconde.
du cœur. Pour obtenir l'indication des variations incessantes qu'éprouve la vitesse du sang dans une artère, il faut recourir à d'autres instruments dans lesquels la force du courant sanguin soit employée pour imprimer une déviation plus ou moins étendue à un style inscripteur; Vierordt et Chauveau sont les auteurs de cette méthode.
Méthode de Vierordt ; hémotachomèlre.
§ 195. — Sous le nom A' hémotachomèlre, Vierordt proposa un instrument basé sur l'emploi du pendule hydrostatique dont les ingénieurs se servent pour mesurer la vitesse des cours d'eau1. L'appareil s'applique, comme celui de Volkmarm, aux deux bouts d'une arlère coupée; plus le courant est rapide, plus est grande la déviation du pendule2.
L'appareil imaginé par Vierordt réalisait un progrès réel sur l'hémodiomomètre de Volkmann, le seul instrument que l'on possédât alors pour mesurer la vitesse du sang. Mais les oscillations continuelles du pendule rendaient bien difficile la lecture des
1. Pour rendre le principe el l'appareil applicables aux artères des animaux, Vierordt* introduisit la tige pendulaire dans une petite caisse à la paroi supérieure de laquelle elle était fixée par un axe de rotation. Le pendule se termine à sa partie libre
par une petite boule d'argent qui se trouve sur le irajet du courant sanguin ; il peut donc osciller dans le sens du courant, en décrivant un arc d'autant plus étendu que le courant sera lui-même plus rapide. Afin de rendre possible la lecture des déviations du pendule, Vierordt munit la boule terminale de deux petites pointes d'argent qui glissaient à la face interne de chacune des deux glaces formant les parois latérales de la caisse. On pouvait ainsi, malgré l'opacité du liquide, déterminer à tout instant la position du pendule et indiquer l'angle de déviation à l'aide d'un cadran divisé gravé sur la plaque de verre. Cet instrument reçut de son auteur le noni.de tachomèlre; on le désigne souvenl sous le nom de hémotachomèlre (flg.171). L'artère d'un animal étant coupée en travers, on en fixe le bout central à une canule qui s'adapte a 1 embouchure E, et le bout périphérique à une autre canule fixée à l'embouchure S. Le couant se fait ainsi de E en S, et la déviation du pendule pp> en mesure la vil esse.
2. La vitesse que Vierordt assigne au cours du sang dans la carot.de d un chien est 261 millimètres par seconde.
* Vierordt, Die ErBChcinungen und Gnetze der Slromgeschm>utdi0keiten des Blutes. Frankfurt, 1858.
Fig. 171.
Tacliomélre du Vierordt.