‹ La circulation du sang à l'état physiologique et dans les maladies [electronic resource]Chapitre 167 sur 431 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

figure 174 montre la disposition nouvelle; H est le tube que traverse le courant sanguin, et p l'aiguille munie d'une plume qui

Fig. 174. Hemodromographe de Chauveau et Lprtet avec sphygffioscppe enregistreur.

trace ses oscillations sur une bande de papier sans fin entraînée par un mouvement d'horlogerie.

La figure 175 montre les variations qu'éprouve la vitesse du sang dans la carotide d'un cheval.

Fig. 175. Trace de la vitesse du sang dans la carotide d'un cheval. (Celte courbe est fournie par

1 nemodromographe de Chauveau.)

La ligne horizontale correspond au zéro de la vitesse ; c'est celle que tracerait l'aiguille de l'hémodromographe si l'on arrêtait le cours du sang en pinçant l'artère Toutes les parties de la courbe

1. Il est bon, de temps en temps, au cours d'une expérience, de vérifier la position du zéro on p.ncant l'artère sur laquelle l'instrument est appliqué.

qui sont, situées au-dessus de la ligne du zéro correspondent aux instants où la vitesse du sang est positive, c'est-à-dire à ceux où le courant sanguin est centrifuge. Dans certains cas, la courbe des vitesses passe en dessous de la ligne du zéro, ce qui exprime que la vitesse est négative, autrement dit que le courant est rétrograde. La théorie des ondes (chap. xv) rend compte de cette rétrogradation du sang.

En somme, la figure 175 montre que, même pendant le repos du cœur, il y a un certain degré de vitesse du sang, car l'aiguille de l'hémodromographe éprouve une légère déviation dans le sens positif, mais cette vitesse est faible, tandis que l'impulsion du cœur lui donne d'énergiques renforcements.

Il y a loin de cette forme compliquée à l'oscillation si simple que traçait l'hémotachomètre de Vierordt : les expériences dont il sera question ultérieurement montreront que cette forme compliquée est bien celle qui correspond réellement à lavitesse du sang dans l'artère carotide d'un cheval.

Chauveau a fait subir à son hémodromographe d'autres modifications destinées à transmettre les indications des changements de lavitesse du sang à un tambour à levier ordinaire. Ces modifications ne sauraient trouver leur place dans le présent travad .

éthode fondée sur l'emploi des tubes de Pitot.

a 198 - Les questions relatives à la vitesse du sang et aux conditions qui la modifient avaient besoin d'être traitées au point de vue purement physique, comme celles qui sont relahves ux variations delà tension artérielle; j'ai donc entreprise! étudier lur le schéma les conditions qui augmentent ou diminuent la vLse du sang et me servis pour cela ^<*™^L Chauveau. Mais je n'obtins pas avec cet ™^"^J«™^ suffisamment étendues, car les tubes [W™™**^^ tères du schéma sont beaucoup plus étroits que 1 artère carotide d'un cheval et, de plus, la vitesse du liquide y est moindre que dans les artères vivantes.

Je construisis un appareil dans lequel deux tubes de

1. voir, pour les derniers perfectionnent de Inscription de la vitesse du sang, Méth. graph., page 635.

CHAPITRE XIX. 309 orientés, l'un dans le sens du courant, l'autre en sens contraire, donnaient des différences de pressions qui variaient comme la vitesse et servaient à actionner un style inscripleur. J'obtins d'excellents résultats de l'emploi de cette méthode pour déterminer les conditions physiques qui règlent la viLesse du sang et la tension artérielle'.

1. Pitot a découvert que si l'on plonge dans un cours d'eau un tube coudé, de manière à ce que l'ouverture soit tournée contre le courant, le niveau de l'eau s'élève, dans la branche ascendante, au-dessus de celui de la rivière. Inversement, si l'ouverture du tube est située en sens inverse du courant, le niveau s'abaisse dans la branche ascendante.

Si l'on opère dans un tube fermé, le môme phénomène se produit. Soit, figure 176, un conduit T dans lequel coule un liquide, suivant la direction indiquée par les (lèches. Une série de piézomètres branchés sur ce tuyau indiqueront, par la pente descendante de leurs niveaux a b, la diminution de la pression, ou perle de charge, qui dépend de la vitesse (§ 8). Mais, parmi ces piézomètres, on a mis deux tubes de Pitot P4 et Ps.

Fig. 176. Changements de niveau dans les tubes de Pitot, suivant leur orientation par rapport

au courant du liquide.

Le niveau, dans ceux-ci, ne suivra pas la pente générale : P,, ayant son orifice tourné contre le courant, accusera une pression plus forte; Ps, tourné en sens inverse, accusera une pression plus faible.

C'est cette différence de pression, croissant ou décroissant avec, la vitesse du courant, qui sert à déterminer la vitesse dans l'appareil inscripteur ci-dessous représenté (fig. 177).

Les deux bouts coupés d'un tube de caoutchouc T T (une artère du schéma) sont adaptés aux deux extrémités d'un tuyau dans lequel plongent deux tubes de Pitot orientés en sens inverse l'un de l'autre. Ceux-ci, munis chacun d'un robinet, se rendent dans deux capsules métalliques 1 et 2 munies de membranes. Les deux membranes orientées l'une en face de l'autre portent des disques d'aluminium réunis par une tiee transversale.

Quand le liquide renfermé dans le tube TT est soumis à une pression quelconque,

g 199.— Les appareils indicateurs de la vitesse du sang sont, comme les manomètres élastiques, des instruments à échelle arbitraire et doivent être soumis à une graduation expérimentale. On a vu § 74 comment on construit l'échelle d'un manomètre élastique en le soumettant à une série de pressions régulièrement croissantes, contrôlées avec le manomètre à mercure. Pour graduer l'hémodromographe de Chauveau, ou tout autre instrument in-

les deux membranes tendent à se porter l'une contre l'autre, mais avec une force égale, et ces efforts s'enlre-détruisent. Mais si un courant se produit dans le tube TT, la pression cesse d'être égale dans les deux capsules ; elle est plus forte dans celle dont le tube de Pitol est tourné vers l'amont, plus faible dans l'autre. On verra donc, sous l'influence du courant, les disques d'aluminium et la tige qui les relie se transporter de 1 à 2 en raison de la vitesse du courant. Ce transport sera saccadé si la vitesse est inégale et présentera toutes les variations de la vitesse elle-même. C'est ce

Fie. 177. Appareil inscripteur de la vitesse d'un courant de liquide.

mouvement qui, transmis par une tige verticale à la capsule 3, actionnera un tambour à levier inscripteur.

Cet instrument est fort sensible, mais ne peut malheureusement s'appliquer aux artères d'un animal, à cause de la coagulation du sang qui ne tarde pas à se produire. Il ne m'a servi jusqu'ici que dans des expériences hydrauliques, où il est très précieux à cause de sa sensibilité.

En fermant incomplètement les robinets, on diminue les variations de la vitesse et l'on obtient l'indication de la vitesse moyenne, comme on a la pression moyenne avec un manomètre compensateur, § 106.

CHAPITRE XIX. A[l scripteur de la vitesse d'un courant, il faut faire traverser l'appareil par une série de courants de vitesses croissantes et noter la déviation qu'éprouve l'aiguille pour les vitesses 1, 2, 3, etc. On constate que la déviation de l'aiguille croît plus vite que la vitesse et que, par conséquent, les divisions successives de l'échelle prendront des importances croissantes. La figure 178 représente en EV un tracé de la vitesse du sang dans la carotide du cheval avec l'échelle de l'instrument; à côté, en EP, sont inscrites les variations de la pression carotidienne avec leur échelle.

Fig. 178. Échelles graduées d'un manomètre élastique E P, et d'un hémodromographe, EV. ]

Ainsi, à l'inverse de ce qui se passe pour les indications du manomètre élastique, où des valeurs régulièrement croissantes de la pression se traduisent par des déviations de plus en plus faibles du style traceur, pour l'hémodromographe , des accroissements réguliers de la vitesse se traduisent par des déviations de plus en plus grandes1.

On pourrait, au moyen d'une construction spéciale, ramener les courbes des vitesses et celles des pressions à une même échelle dont les divisions seraient équidistantes ; il est probable que les deux tracés présenteraient alors entre eux des ressemblances très grandes 2.

1. La théorie indique que la pression qui s'exerce contre l'aiguille plongée dans le sang est proportionnelle au carré delà vitesse du courant; mais il est d'autres influences qui contre-balancent en partie cet accroissement de la poussée du sang contre l'aiguille : c'est, d'une part, l'obliquité que prend celle-ci à mesure qu'elle se dévie et la résistance croissante que la membrane de caoutchouc traversée par l'aiguille prend à mesure que celle-ci s'incline.

2. A propos des différentes méthodes employées pour mesurer la vitesse du sang, il faut encore citer une ingénieuse conception de Fick. Ce savant a proposé d'évaluer la

Élément constant et élément variable de la vitesse du sang.

g 200. — La vitesse du sang présente ordinairement, comme la pression, un élément constant et un élément variable, ainsi que Chauveau l'a montré l. C'est-à-dire que le courant sanguin , dans les artères, est continu avec renforcements. Mais, suivant l'artère qu'on explore , la valeur relative de ces deux éléments est très variable. Si l'on pouvait appliquer un hémodromographe à de très petites artères, on y verrait diminuer l'élément variable, et l'élément constant y apparaîtrait presque seul, puisque le cours du sang est sensiblement uniforme dans les artères de petit calibre, g 101. Si on explore des artèresde plus en plus grosses, l'intermittence du cœur devient de plus en plus sensible ; on voit même, dans les gros vaisseaux, quand l'impulsion cardiaque est brusque, qu'il se produit des oscillations dans le courant du sang et que celui-ci peut prendre à certains moments une valeur négative,

vitesse du sang dans un membre, d'après le changement de volume que celui-ci éprouve à chaque systole du cœur. Pour cela, supposons qu'un appareil analogue à celui qui a été représenté figure 99 ait donné la courbe des variations de volume du membre qui y est introduit. Ce changement de volume peut être évalué en millimètres cubes de sang, car on peut toujours contrôler la valeur de l'indication de l'instrument. La hauteur du tracé se traduira donc en augmentation réelle du volume du bras immergé.

Mais, pendant que la systole du cœur faisait entrer dans le membre un millimètre de sang, il s'en écoulait par les veines une certaine quantité, de sorte que l'augmentation de volume produite par l'afflux artériel est plus faible qu'elle n'eût été si l'écoulement veineux n'eût enlevé une partie du sang introduit par l'artère. Fick pense qu'on peut estimer cette quantité, sachant que l'écoulement veineux est uniforme, de sorte que si la période de dilatation du membre ne dure que 1/3 d'une révolution du cœur, l'écoulement veineux n'a enlevé qu'un tiers de la quantité de sang qui a pénétré par l'artère. En opérant sur une courbe des changements de volume de la main et de l'avant-bras grandie dix fois pour en rendre l'analyse plus facile, Fick évalue à chaque instant la quantité de sang qui pénètre par l'artère du membre et en déduit la vitesse.

11 y aurait peut-être des objections à faire à cette méthode. D'abord, l'accroissement de volume que le membre éprouve à chaque systole ne répond pas à une pénétration définitive du sang dans l'artère afférente, puisque des rétrogradations du couant ont été signalées. D'autre part, l'hypothèse d'une uniformité parfaite du courant veineux n'est guère admissible pour un organe immergé dans un liquide et renferme dans une cavité inextensible. On verra, à propos de la circulation intra-oculaire et de la circulation cérébrale, que les veines éprouvent, dans des conditions du même genre, des saccades de leur courant, et que la pénétration du sang par l'artère est, en grande partie, compensée par l'écoulement veineux, au moment même où elle se produit.

1. A. Chauveau, G. Bertolus et L. Laroyenne, Vitesse de la circulation dam les artères du cheval. (Journ. de la physiologie de V homme et des animaux, t. III, oct. 1860.)

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