CHAPITRE XXI
DE LA FRÉQUENCE DES BATTEMENTS DU CŒUR. — SES RAP- PORTS AVEC LA TENSION ARTÉRIELLE ET AVEC LA VITESSE DU SANG.
Influences nerveuses qui font varier la fréquence du pouls. — Influence de la température sur la fréquence du pouls. — Conditions diverses qui font varier la fréquence du pouls. — Rapports de la fréquence des mouvements du cœur avec la tension artérielle. — Influence de la réplélion ventriculaire sur la fréquence du pouls. — Comment doit-on interpréter l'action des obstacles au cours du sang artériel sur la fréquence des mouvements du cœur. — Rôle du système nerveux dans les modifications du rythme du cœur sous l'influence de l'état de la tension artérielle. — Changements du rythme du cœur produits par les variations de la pression du sang dans les carotides. .
Influences nerveuses qui font varier la fréquence du pouls.
§ 214. — Le rythme du pouls traduit celui des mouvements du cœur lui-même; on doit donc s'attendre à le voir changer sous l'influence des nerfs cardiaques dont le rôle a été exposé au chapitre îv. On admet que deux ordres de nerfs règlent les mouvements du cœur: les uns émanés du pneumogastrique en ralèntissent les mouvements; les autres appartenant au grand sympathique seraient des accélérateurs.
En dehors de l'excitation directe des nerfs pneumogastriques, on voit souvent se produire un ralentissement du cœur que l'on explique par des influences réflexes. Parfois, à la suite d'une impression douloureuse, le cœur ralentit ses battements; parfois aussi, ce ralentissement arrive sans qu'il y ait eu sensation perçue. Cela s'observe dans une inspiration profonde : il semble que, dans ce dernier cas, les nerfs centripètes du poumon transmettent une impression dont nous n'avons pas conscience, mais qui amène un ralentissement réflexe du cœur. Cet effet exige pour se produire
l'intégrité des nerfs pneumogastriques par lesquels s'exerce l'action modératrice du cœur1.
Il paraît y avoir aussi, par l'intermédiaire du sympathique, des accélérations réflexes du rythme cardiaque, mais leur existence est plus contestée. Nous reviendrons sur ces effets à' propos de l'influence du système nerveux sur la circulation.
Influence de la température sur la fréquence du pouls.
§ 215. — La chaleur, avons-nous dit § 28, accélère le rythme i du cœur, et le froid le ralentit. Ces effets, si faciles à constater sur ] un cœur isolé (voirchap. m, fig. 22), sont moins frappants quand J une température basse ou élevée agit sur le corps tout entier. On j sait, en effet, que chez les animaux dits à sang chaud la tem- 1 pérature centrale tend à conserver une fixité assez grande. Cependant, en maintenant un animal pendant quelque temps dans une étuve, on élève notablement sa température et l'on constate une grande accélération du rythme du pouls. En tenant l'animal dans un bain froid, ou mieux dans un courant d'eau froide sans cesse renouvelée, on abaisse beaucoup sa température et on ralentit le cœur.
Ces effets s'observent sur l'homme ; Fleury a vu le séjour pendant 35 minutes dans une serre chauffée à 48° élever le pouls à 145 pulsations par minute. Il s'agissait alors d'une température humide; une étuvè sèche eût produit moins d'échauffement de l'organisme et moins d'accélération du cœur. Inversement, des! douches froides abaissent la fréquence du pouls ; Bence-Jones et] Dickinson ont institué à cet égard des expériences très démons- j tratives2. Le Dr Dracke de New-York a obtenu un fort abaissement du pouls chez des malades à qui il faisait respirer de l'air froid3.
Bien que ces variations de la fréquence du pouls doivent tenir, pour une grande part, à l'action de la température sur le cœur lui-même , il n'est pas impossible qu'ils dépendent aussi de] l'action que la température exerce sur les petits vaisseaux. La