CHAPITRE XXI
Des expériences analogues furent faites par Graves (de Dublin). La fréquence du pouls alla toujours en augmentant à mesure que le patient, en quittant la position horizontale, se rapprochait davantage de l'attitude verticale. j
Graves ajouta un fait nouveau à ceux qui avaient été déjà si- ■ gnalés : c'est que l'influence de l'attitude sur le pouls est d'autant plus grande que le sujet qu'on observe a le pouls plus fréquent au moment de l'expérience. L'influence de l'altitude sur le pouls semble se rattacher à des changements de la tension artérielle; en effet, la pesanteur agit, dans certaines altitudes, pour favoriser le cours du sang, dans certaines autres pour l'entraver. Ces influences seront décrites plus loin. Dans l'attitude verticale, L. la pesanteur est favorable au cours du sang dans la plupart des Abrégions du corps; elle tend donc à diminuer la pression artérielle. Dans l'attitude assise et surtout dans la position couchée, la pesanteur agit défavorablement sur le cours du sang. On comprend donc facilement les résultats obtenus par Guy et Graves, qui ont trouvé la plus grande fréquence du pouls dans le cas où la pesanteur agissait le plus favorablement sur le cours du sang artériel et, par conséquent, secondait l'action du cœur, en diminuant les résistances qu'il éprouve.
§221.— Les expériences ci-dessus étant interprétées comme nous venons de le faire, il fallait chercher un autre contrôle à la théorie, ne fût-ce que pour nous soumettre à la méthode de contre-épreuve que nous nous sommes imposée jusqu'ici. Or, voici ce que la théorie faisait prévoir.
Toutes les fois que la pesanteur agira sur une partie quelconque du corps, pour y favoriser ou pour y entraver le cours du sang artériel, il devra s'ensuivre une modification secondaire dans la pression générale du sang dans les artères, et par suite, un changement dans la fréquence des battements du cœur. Les attitudes des bras, qui peuvent être élevés ou abaissés sans que le corps se déplace, doivent donc produire, en petit, un effet analogue à celui des changements d'attitude de tout le corps. ry^
Le plan de l'expérience à faire se trouvait tout tracé; il s'agissait de se tenir dans l'attitude assise, par exemple, et de compter i le pouls, d'abord les deux bras étant pendants, puis les deux bras levés. Dans le premier cas, la pesanteur, facilitant le cours yv<A^ du sang dans les bras, le pouls devait avoir plus de fréquence; il devait être plus rare lorsque les bras seraient levés.
L'expérience justifia ces prévisions. Sur plus de quarante expériences, il y a eu une différence de 2 à 14 pulsations par minute, la plus grande fréquence s'observant dans le cas où les bras étaient baissés1. La moyenne de ces expériences donna les chiffrée suivants :
Les bras baissés, 94 pulsations par minute.
— levés, 87 — — Celte nouvelle confirmation ne laissait plus de place au doute, s'il pouvait y en avoir après les expériences de Guy et de Graves. En efïel, quand on se borne à changer la position des bras, il semble que nulle action ne s'exerce sur le cœur lui-même, tandis que la tension artérielle est sensiblement modifiée.
Nous allons citer d'autres exemples où le changement du rythme du cœur tient également à une modification de la tension artérielle.
§ 222. — Influences du repos et de l'action musculaire sur la tension artérielle et consécutivement sur la fréquence des mouvement* du cœur. — Quand on prend le tracé du pouls d'un individu au repos et qu'on le compare à. celui du môme individu après une course
Fig. 195. 1, Tracé du pouls d'un sujet au repos; 2, tracé du pouls du même individu, immédiatement après une course rapide.
rapide, ou après l'ascension d'un escalier, on trouve une grande
lsations. La figure 195 montre 68 fois par minute; après la
, différence dans la fréquence des puis ^ iQlu'au repos le pouls (ligne 1) battait >L i course (ligne 2), il atteignait le chiffre ue u /.
' Comme la circulation générale est très accélérée par la course,
1. Chez un petit nombre de sujets, les résultats ont été différents. Ainsi, des individus fatigués ou faibles avaient soit une légère augmentation, soit une simple conservation du chiffre du pouls, lorsqu'ils tenaient les bras levés. Ces cas sont tout à fait exceptionnels.
CHAPITRE XXI. 343 les tissus plus colorés, la peau plus chaude, on est porté, au premier abord, à croire que les forces qui président à la circulation • sont augmentées, c'est-à-dire que le cœur déploie plus d'énergie que de coutume. Mais ces phénomènes peuvent tenir à une cause <Vv toute différente : l'augmentation de fréquence des battements du pouls peut être un effet de l'écoulement plus facile du sang à travers les petits vaisseaux sous l'influence de la -course1. On sait que, lorsqu'un muscle agit, le sang le traverse avec plus de vitesse, soit qu'il y ait relâchement des vaisseaux, soit que l'action des muscles, favorisant le courant veineux, diminue les résistances '7^>~Vau-devant des capillaires. Quelle que soit la cause immédiate de û~ cette accélération du mouvement du sang à travers les vaisseaux des muscles en action, elle n'est pas contestable après les expé- <L^J^ riences qui ont été failes sur ce point.
Ainsi, de deux choses l'une : ou bien la puissance du cœur s'est primitivement accrue et sous quelque influence excitatrice le L\A cœur a précipité ces battements; ou bien l'acte primitif a été un écoulement plus facile du sang par les petits vaisseaux, d'où abaissement de la tension artérielle et accélération secondaire du^T^T^yL c^-^" cœur. Un moyen de trancher la question, c'est de mesurer la . / tension artérielle à l'aide d'un manomètre. En effet, dans la fyi ^^^Jr^ première hypothèse, si c'est un excès d'impulsion qui constitue le Jyjfa jf1-^ ^ phénomène initial, il doit s'ensuivre une élévation de la tension ^1/ C*~o> 1
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artérielle; dans le second cas, la tension sera diminuée. 7^"^^
Expérience. — On adapte à la carotide d'un cheval un manomètre compensateur, § 106; la colonne de l'instrument indique j^kc^ une pression moyenne de 108 millimètres. On fait alors courir /Vvv^v yr^le cheval pendant une dizaine de minutes; le manomètre est ^j^x. / Jyx réappliqué au moment où l'animal est ramené avec un pouls d'une force et d'une fréquence extrêmes. La moyenne de tension a baissé, elle n'est plus que de 102 millimètres. — Comme contreépreuve, on laisse reposer l'animal; le pouls se ralentit et de- j vient plus faible à mesure que la tension artérielle augmente; ;, / celle-ci dépasse môme le chiffre primitif, car elle arrive à 115 mil- ^ limètres. Ainsi, la course a eu pour premier effet d'accélérer le
i . L'énorme augmentation d'énergie des battements du cœur, dans ces circonstances , tendrait à faire croire que le cœur dépense en réalité plus de force après un exercice musculaire violent ; il n'en est rien : l'abaissement de la tension artérielle augmente la force des pulsations du cœur et des artères.
cours du sang dans les vaisseaux des membres et l'accélération du cœur a été un effet secondaire'.
§ 223. — Influence de la contraction ou du resserrement des petits vaisseaux sur la tension artérielle et consécutivement sur la fréquence des mouvements du cœur. — Dans la Physiologie médicale de la cir~ XkJ^JcJU VW>J&) culation, nous avons rapproché des influences qui modifient la tension artérielle et réagissent sur le cœur, la contraction ou le relâchement des petits vaisseaux; cette influence est évidente dans un grand nombre de cas. Ainsi, quand, par une action nerveuse, les vaisseaux d'une région se relâchent, le sang les traverse j plus facilement et plus vite; quand les vaisseaux se resserrent, la circulation est ralentie.
Aussi voit-on d'ordinaire la fréquence du.pouls coexister avec n f yOrr- — la rougeur des téguments qui exprime le relâchement des petits Aslv- vaisseaux, la rareté du pouls avec la pâleur qui résulte du resserrement vasculaire. Nous parlerons avec plus de détails de ces modifications de la circulation périsphérique lorsque nous traiterons de la circulation dans les petits vaisseaux. Vierordt2 a depuis longtemps émis cette opinion, que l'accélé- J "ration du rythme du cœur n'implique pas, de la part de cet organe, ^une augmentation du travail. Le cœur peut faire autant de travail i^Tv avec des systoles énergiques mais rares, qu'avec des systoles
r*Afc~\. En présence de tous les faits que nous venons d'enumérer, on est conduit, conyv^—J- J trairement aux idées généralement reçues autrefois en physiologie et en médecine, à
(rv^J^7 comprendre les phénomènes d'activité circulatoire comme résultant primilivemnnt, lKt>vJ%— Y* J non pas d'un surcroît dans la force impulsive du cœur, mais d'aine diminution des rét^.r — ^ sistances que la contraclilité des vaisseaux oppose au sang. Ainsi, ce que l'on considère comme un accroissement des forces dans une maladie est en réalité l'effet d'une faiblesse, d'un relâchement des vaisseaux. Nous avons déjà dit quelques mots sur ce sujet ; de plus pour détails, notfs renvoyons le lecteur au chapitre qui traitera de
la nature de la fièvre.
2 Vierordt, loc. cit., p. 71 : « Tout doit faire supposer, dit-il, que lorsque la fréquence augmente, la pression latérale diminue et le cœur doit travailler avec moins de fatigue. En effet :
« l» Des membres de grenouille se fatiguent moins en soulevant souvent un poids modéré qu'en soulevant rarement un poids plus considérable, le travail étant le môme. (Un travailleur se fatigue plus vite à soulever 40 livres deux fois par minute qu'à soulever 20 livres quatre fois.)
. 2' Des contractions faibles fatiguent moins les muscles de la grenouille que de
fÛ?3» Les muscles sont moins capables de rester en activité constante qu'en alternative; donc, jusqu'à un certain point, la fréquence des contractions les rend moins fatigantes. »