CHAPITRE XXI. à'ib
fréquentes mais faciles. Toutefois, Vierordt n'indique pas une relation de cause à effet entre la tension artérielle et la fréquence du pouls.
Influence de la réplétion irentrlculolre sur la fréquence du pouls.
§ 224. — Vierordt signale encore une influence qui modifie beaucoup la fréquence du pouls, c'est la plus ou moins grande facilité avec laquelle la diastole s'effectue. Dans les épanchemenls du péricarde, dit-il, la diastole du cœur est incomplète et la systole, exigeant moins de temps pour se faire, les battements sont^r*^"~v^ plus précipilés. ^ v^S*
On retrouve dans beaucoup d'autres circonstances cette gêne de la diastole du cœur qui fait que l'ondée lancée par le ventricule yi?£ n'a qu'un faible volume. Toule gène à la circulation pulmonaire^*? produit un effet de ce genre. Dans l'effort, dans le simple arrêt respiratoire, le cœur gauche s'emplit peu, ses ondées diminuent de volume et le pouls s'accélère, ainsi qu'on le verra à propos, -f> des influences delà respiration sur la circulation.
Il y a donc deux espèces de pouls fréquents, tous deux avec abaissement de la tension artérielle: l'un lient à ce que le cœur se vide facilement, l'autre à ce qu'il s'emplit d'une manière im-^, parfaite. Dans le premier cas, le pouls sera fort, car l'ondée ventriculaire sera projetée avec force dans un système artériel peu ( tendu; dans le second, le pouls sera faible, parce que le volume de l'ondée venlriculaire sera très petit par suite de la réplétion imparfaite du ventricule. La pathologie offre un grand nombre d'exemples de pouls fréquent par suite d'une réplétion insuffisanle du ventricule pendant la diastole1.
Si l'on se reporte à l'accélération du cœur que produit l'excitation du grand sympathique, "g 40, et à l'accélération qui suit la section du nerf vague, §35, on retrouve ces deux espèces opposées
1. Vierordt a très bien saisi ce rapport de la fréquence des mouvements du cœur à ['.activité circulatoire. (Loc. cit., chap. m.)
« La fréquence du pouls, dit-il, est en rapport direct avec l'activité circulatoire, à. LlaP < 0*-£^£.<, moins que l'énergie de la pulsation ne faiblisse.
« Ainsi, un pouls fort et fréquent indique une grande activité circulatoire (exceplé dans l'insuffisance aortique).
« Un pouls faible et fréquent indique l'affaiblissement de la circulation, comme je l'ai remarqué dans les expériences hémométriques sur les animaux que l'on saignait. »
de fréquence du cœur. La première s'accompagne de petites systoles, et n'amène pas l'élévation de la tension artérielle ; dans la seconde, le volume des systoles ventriculaires semble conservé malgré leur fréquence ; il en résulte une élévation de la 'kJtension.
Le grand sympathique' pourrait donc influencer le rythme du cœur en agissant primitivement sur la réplétion de cet organe s'il faisait resserrer les vaisseaux pulmonaires et diminuait ainsi la proportion du sang qui arrive au ventricule gauche1.
Dans les différents cas dont rémunération vient d'être faite, la loi dynamique précédemment indiquée trouve son application-Ye cœur, en effet, n'effectue que peu de travail à chaque systole, soit que, rempli d'une manière incomplète, il n'ait à envoyer qu'une faible quantité de sang dans les artères, soit que, lançant une ^^ZL^ée voIumineuse, il trouve dans l'aorte une faible résistance. Il est donc légitime de réunir en un groupe commun les faits que nous venons de signaler, car, de part et d'autre, il y a tendance à l'uniformité du travail du cœur.
Comment doit-on interpréter l'action des obstacles an cours «ïu sang artériel sur la fréquence des mouvements du cœurT
l 225. — Lorsque j'indiquai pour la première fois la relation qui existe entre la tension artérielle et la fréquence des mouvements du cœur, l'idée d'une pareille dépendance attribuée à l'orgaue central de la circulation rencontra une opposition assez vive. J'avais comparé a un frein de la circulation la contractililé vasculairequi, en réglant les résistances périphériques, réglerait également la fréquence des mouvements du cœur. On m'a prêté la pensée d'assimiler entièrement le cœur aux moteurs mécaniques ordinaires qui se ralentissent ou s'accélèrent suivant qu'on serre ou qu'on desserre un frein, et l'on m'a opposé, en conséquence, des objections de différents ordres. Ainsi, Buisson fit cotte réflexion,
] . On pourrait alléguer que des obstacles au cours du sang à travers le poumon, retentissant sur le cœur droit, devraient ralentir le rythme cardiaque. Il ne semble pas que cet effet se produise. Peut-être est-ce le cœur gauche qui subit seul l'influence retardatrice des résistances; peut-être aussi la circulation pulmonaire, si facile à l'état normal, ne présente-t-elle jamais de résistances assez fortes pour ralentir le rythme du cœur. Il est difficile de se prononcer sur la cause réelle de cet effet dont nous signalons l'existence.
CHAPITRE XXI. 347 que si le cœur se ralentissait devant les obstacles mécaniques, c'est la durée de la systole que l'on devrait voir augmenter, et non celle de la diastole.
Il est parfaitement vrai que c'est principalement la phase diaslolique du cœur qui s'allonge quand la tension artérielle s'accroît, mais cela n'exclut point la dépendance du rythme par rapport à la tension. En effet, lorsqu'on impose au cœur un surcroît de travail, on le voit se reposer ensuite et, par une diastole plus longue que de coutume, racheter l'effort excessif qu'il a effectué.
Qu'on se reporte au chapitre m où il est question des effets produits sur le cœur par des excitations artificielles; on y verra que si, au moyen d'une excitation électrique (E,fig.l96), onprovoque une systole anticipée du ventricule, cette systole sera suivie d'un repos plus prolongé que de coutume. Il y aura une longue période diastolique, de telle sorte que le nombre des systoles effectuées en un temps donné restera le même que si l'on n'avait pas excité
Fif. 196. Mouvements du cœur d'une grenouille. Une excitation électrique est faite en E et provoque nue systole anticipée. Un long intervalle diastolique se produit après la systole provoquée.
le cœur. Cet exemple, qui a été présenté § 26 comme un argument important en faveur de la tendance à l'uniformité du travail du cœur, montre qu'un repos prolongé suit tout effort trop énergique du cœur, et permet de conclure qu'une systole qui rencontre une grande résistance devra être suivie d'une longue diastole.
La plupart des physiologistes qui ont cherché a vérifier les expériences ci-dessus décrites ont observé que si l'on fait baisser la tension artérielle par une hémorrhagie on accélère le rythme du cœur, tandis que si l'on élève la tension en comprimant l'aorte, on en ralentit le rythme; quelques-uns cependant prétendent avoir observé des effets diamétralement opposés et posent en principe que le cœur accélère son rythme quand la pression artérielle est plus forte. Que répondre à cette affirmation, si ce n'est que nous engageons ceux qui conservent des doutes à répéter eux-mêmes ces expériences?
Rôle du système nerveux dans les modifications «lu rythme du cœur sous l'influence de l'étut de lu tension artérielle.
g 226. — En exposant pour la première fois les effets produits par les variations de la tension artérielle sur le rythme du cœur, je réservais entièrement les cas, mal définis encore, où une action nerveuse, une émotion, par exemple, modifie ce rythme. Aujourd'hui que le rôle des nerfs est mieux connu, on peut voir que leur action est nécessaire pour établir entre l'état de la pression et le rythme du cœur la solidarité qui vient d'être indiquée.
En effet, quand on coupe les deux nerfs pneumogastriques d'un
animal, ou, ce qui semble revenir au même, quand on l'empoisonne par la belladone1, le cœur ne réagit plus, ou ne réagit que
Fig. 197 Compression de l'aorte après l'empoisonnement par la belladone. — Conservation
du rythme du cœur.
très faiblement, aux variations de la tension artérielle. La figure 197 montre que sur un lapin auquel on avait supprimé l'action des pneumogastriques au moyen de la belladone, la compression de l'aorte au niveau de la bifurcation des iliaques élève la tension artérielle sans changer le rythme du pouls.
Il reste cependant, après la section des nerfs vagues, et même sur les cœurs isolés, assez d'action nerveuse pour que des changements de rythme se produisent sous l'influence des variations de la tension artérielle. Sur des cœurs de tortues, détachés et soumis à la circulation artificielle, j'ai parfois obtenu un ralentissement notable en élevant la pression dans le tube qui corres-
1. On vern-a, à propos de l'action des poisons sur le eœnr, que la belladone para lyse les cléments nerveux provenant du pneumogastrique.