‹ La circulation du sang à l'état physiologique et dans les maladies [electronic resource]Chapitre 189 sur 431 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Depuis Malpighi , bien des auteurs ont décrit avec complaisance les mouvements des globuies sanguins dans les pelils vaisseaux où la circulation n'est pas trop rapide. On voit ces petits corps se suivre en files régulières, puis, arrivés aux branches d'une bifurcation, se porter, l'un à droite, l'autre à gauche; parfois, si deux globules de front encombrent le vaisseau, ceux qui viennent derrière s'arrêtent comme pour les laisser passer, puis, l'obstacle vaincu, tous reprennent leur marche. Vient-on à perforer la paroi d'un capillaire, tous les globules du voisinage se portent vers le point lésé : certains courants artériels s'accélèrent, d'autres s'arrêtent; les courants veineux prennent une direction rétrograde : tous les globules courent vers l'issue qui leur est ouverte.

Sur les tissus récemment, séparés du corps et dans lesquels l'action du cœur ne saurait s'exercer, on voit cependant des mouvements du sang dans les vaisseaux: Haller1 attribuait ces mouvements à une force mystérieuse; Bennet Dowler2 s'étonnait également de les voir se produire. La cause en est bien connue aujourd'hui; la moindre inclinaison du porte-objet, une pression, même légère, sur la plaque de verre qui recouvre la préparation, le voisinage d'une source de chaleur, etc., produisent des courants de différents sens qui durent quelque temps, cessent et reparaissent sous quelque autre influence.

Tous ces mouvements, si faciles à comprendre quand on considère les globules du sang comme passifs et flottant dans le sérum qui les entraîne, ont été interprétés de la manière la plus singulière. Certains observateurs avides de merveilleux ont cru que les globules étaient doués d'une activité propre3 en vertu de laquelle ils se portaient, ici ou là, suivant leur préférence, hésitant parfois entre deux chemins, puis se décidant pour l'un d'eux. Poiseuille* a fait justice de ces rêveries en montrant que dans les capillaires, comme dans les autres vaisseaux, le sang coule des points où la pression est forte vers ceux où elle est plus faible et que tous les mouvements des globules peuvent s'expliquer sans aucune supposition.

1 Haller, Exp. sur la circulation, p. 379 à 387.

2. Bennet Dowler, Rcsearches crilical and expérimental on Ihe capUlaru Circulation. New-Orléans, 1849. In. Br. Seq., I, p. 375. J •i. Kaltenbrunner, Journal du Progrès, t. IX.

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marey, Circulation.

Poiseuille vit aussi qu'une pression uniformément répartie sur le corps d'un animal aquatique ne change pas les mouvements du sang dans les capillaires ; il constata que la chaleur accélère le courant dans les petits vaisseaux et que le froid le ralentit; il signala même, sous ces influences, de notables change ments dans le diamètre des capillaires, mais ne soupçonna pas que ces changements pussent tenir à une aelivité propre des parois de ces vaisseaux, à leur contractilitô.

§ 232. — En effet, pour expliquer les variations de vitesse qu ûj^j) résente la circulation, Poiseuille invoque la plus ou moins grande .^tftuidité du sang; il montre par des expériences, fort remarquable du reste, que dans les tubes de petit calibre on rend l'écoulemen d'un certain volume d'eau plus lent par une addition d'alcool, plus rapide par une dissolution d'azotate de polasse1.

Ces influences sur la rapidité du courant, l'auteur les retrouve, sur les vaisseaux d'organes isolés du corps, inaugurant ainsi la méthode des circulations artificielles si largement développée plus ï tard par Ludwig ; il croit même les observer sur les capillaires j vivants. On verra dans le chapitre prochain que c'est à la contrac- j tilité des capillaires que tiennent, presque exclusivement, les ■ changements de la vitesse du sang dans ces vaisseaux.

Le point le plus remarquable des travaux de Poiseuille est! celui où ce savant, analysant la nature des résistances que lej ^ sang éprouve dans les petits vaisseaux, montre que la couche de liquide qui en mouille la paroi interne peut être considérée comme , TTw-adhérente à cette paroi; sur cette couche en glisse une autre j h plus mobile, puis d autres dont la vitesse est d'autant plus grande d-rvvtf, leg ge trouvent plus près de l'axe du vaisseau. Ces couches tviW, excentriques, dont la vitesse est inférieure à celle du courant

central, ne contiennent pas de globules rouges du sang et ; forment, sur les côtés du courant, deux zones transparentes qu on pourrait prendre pour les parois diaphanes du vaisseau lui "t^O- ^ême c,est la Vitesse des globules qui les empêche de pénêj trer dans cette région que Poiseuille a nommée la couche immobile du sérum. Il suffit de ralentir ou de supprimer le ^ cou du sang pour voir disparaître l'espace transparent, et les glo

1 Poiseuille, Recherches sur Vccoulemcnt des liquides considéré dans les capillaires vivants. (G. rend. Acad. des sciences, 9janv. 1843.)

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