‹ La circulation du sang à l'état physiologique et dans les maladies [electronic resource]Chapitre 194 sur 431 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

resserrent; de là résultent des changements dans la quantité de sang contenue dans ces organes et dans la rapidité du courant. Pour les parties superficielles, la coloration des téguments renseigne à cet égard : la rougeur des tissus exprime que les capillaires y sont larges et que le sang y circule avec vitesse; la pâleur exprime un resserrement des vaisseaux et une circulation ralentie.

La température élevée des parties superficielles indique également une grande rapidité de leur circulation vasculaire; leur refroidissement annonce une circulation lente et des vaisseaux resserrés. Nous exposerons longuement ces rapports entre la température et l'état de la circulation qui fournissent au médecin des signes précieux. Mais comme un grand nombre de circonstances influent sur les changements de coloration et de température des tissus, on ne peut tirer de ces signes que des indications approximatives de l'état de la circulation capillaire ; il est un autre caractère, plus important à cause de la précision avec laquelle on peut le mesurer, nous voulons parler des changements de volume que les organes éprouvent suivant le diamètre de leurs vaisseaux.

Changements de volume des organes sous l'influence des variations de la circulation capillaire.

g 240. — Les injections anatomiques ont montré que la plus grande partie du parenchyme organique est formée de vaisseaux ; on conçoit donc qu'un changement de calibre, même léger, de chacun des capillaires d'un organe amène un notable changement dans le volume total de celui-ci.

La perfection avec laquelle on mesure les changements de volume de tout organe susceptible d'être introduit dans un appareil à déplacement, g 127, donne une grande rigueur à l'estimation volumétrique des variations de la circulation capillaire. C'est ainsi qu'on apprécie le mieux les resserrements ou les relâchements qui succèdent à l'excitation des vaisseaux ou de leurs nerfs; aussi aurons-nous souvent à parler de l'emploi des appareils à déplacement à propos de la contractilité des capillaires et de l'action des nerfs vaso-moteurs.

C'est à Mosso1 qu'on doit surtout l'emploi de la méthode volumé trique pour étudier l'état des petits vaisseaux. Ce physiologiste a placé dans un vase rempli d'huile des organes isolés, rein foie, etc., qu'il soumettait à la circulation artificielle et a vu l'in-

//^)fluence de la pression du sang, augmentée ou diminuée, produire des augmentations ou des diminutions de volume

des orgànes

^ immergés. Ces changements étaient appréciés par le déversement

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^ de l'huile hors du vase, quand l'organe se gonflait; par la rentrée de l'huile, quand l'organe diminuait de volume. Appliquant à

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Fig. 203. Pléthysmographe de Mosso.

l'homme cette méthode, Mosso a construit, sous le nom d pléthysmographe"1, un instrument assez analogue à ceux de Buisson de Chelius et de Fick, mais dont la destination était de mesure les variations de volume, lentes et très prononcées, qui dé pendent, soit des changements de la pression du sang dans le

1. Sopra alcune nuove proprieta délie pareil dei vasi sanguigni. (Ricerchcd fisiologia e farmacologia sperimenlale.) Torino, 1875.

2. A. Mosso. Sopra un nuovo inetodo per scrivere i movimenti dei vasi sangui neWaomo. (Reale Acad. délie scienze di Torino, vol. XI, 14 nov. 1875.)

CHAPITRE XXII. 367 vaisseaux, soit de l'état de contraction ou de relâchement de leurs parois.

Le pléthysmographe ne donnait pas l'indication des variations brusques de la pression du sang produites par l'action du cœur, mais il traduisait, avec leur valeur absolue, les variations du volume de sang contenu dans le membre immergé1.

C'est avec raison que Mosso a combattu l'opinion de Basch2 qui croyait pouvoir mesurer d'après le volume des organes la pression du sang dans les vaisseaux ; en effet, ce ne sont pas seulement des variations passives qu'éprouvent les vaisseaux -.ils ne changent pas seulement de volume parce que la pression plus ou moins forte du sang les distend plus ou moins, mais ils changent aussi par leur activité propre : par le relâchement ou le resserrement de leurs parois, de sorte que les variations de volume des organes dépendent de ces deux sortes d'influences combinées.

Pouls des organes.

§ 241. — Au moyen de l'appareil imaginé par Buisson, modifié par François-Franck et Mosso, § 127, on inscrit, avons-nous dit, les variations de volume d'un membre sous l'influence de l'action cardiaque ; c'est ce que l'on pourrait appeler le pouls des organes. Or, ces variations renseignent parfois assez bien sur la

1 . Le pléthysmographe de Mosso (fig. 203) est formé d'un manchon de verre où le bras est enfermé, comme dans les appareils précédemment décrits, § 127. L'eau qui est versée dans ce manchon communique avec un tube qui plonge dans une éprouvette de verre suspendue à deux fils réfléchis sur une poulie avec un contrepoids. L'éprouvette, plus lourde que le contrepoids, plonge en partie dans un réservoir de liquide et surnage par sa légèreté spécifique. Suivant que les changements de volume du bras font déverser de l'eau dans l'éprouvette, ou laissent l'eau rentrer dans le manchon, l'éprouvette plonge dans le liquide ou en émerge. Une plume adaptée au contrepoids trace les déplacements, c'est-à-dire les variations du .volume du bras.

En graduant avec soin la densité du liquide dans lequel baigne l'éprouvette, Mosso rendait les indications de l'instrument proportionnelles au volume de l'eau déplacée.

Bowditch (A ncw form of Plelhysmograph. (Procecding oflhe americanAcademy, 14 may 1879.) a proposé une autre disposition dans laquelle l'éprouvette, suspendue par un long ressort-boudin, monterait ou descendrait, suivant le poids du liquide déversé qu'elle renfermerait.

Je crois qu'on pourrait avantageusement adapter au pléthysmographe la disposition que j'ai proposée pour mesurer les quantités de volume déversées. (Méthode graph , p. 219. et Trav lab.,t. IV). •• " '

2. Basch. Die volumelrische Beslimmung des Dluldruck am Menschen. Wien. med. Jahrlx 1876, 4.

manière dont s'effectue la circulation capillaire. Les saccades elles oscillations qu'on observe au microscope dans la circulation capillaire, quand il existe un obstacle au retour du sang veineux, sont traduites par les changements de volume de l'organe immergé.

Supprimons par la compression des veines du bras le retour du sang, nous voyons (figure 204) que le membre augmente

Fig. 204. Inscription des changements saccadés de volume d'un membre après la ligature veineuse,

d'après François-Franck.

d'abord continuellement de volume, mais ce gonflement se fait par saccades, il a des renforcements systoliques, absolument comme le cours du sang dont il traduit fidèlement les phases. Quand on poursuit l'expérience, on voit que les changements de volume deviennent intermittents : ils n'ont lieu que pendant les systoles du cœur, après quoi le tracé présente une ligne horizontale exprimant qu'il ne pénètre plus de sang dans les vaisseaux. A une phase plus avancée, lorsque la main est arrivée à un degré de distension plus considérable, les changements de volume prennent un caractère oscillant; la main se gonfle et se dégonfle alternativement. Or, comme l'issue du sang par les veines est rendue impossible, c'est par les artères que s'écbappe en rétrogradant le sang qui à chaque systole a pénétré dans les vaisseaux. Ce phénomène correspond à la phase où les capillaires présentent au microscope l'oscillation des globules, § 238.

Différences que présente le pouls des organes suivant l'état de la circulation capillaire.

§ 242. — Les tracés du pouls des organes que nous avons représentés ci-dessus (fig. 100, 101, 102) ressemblent à peu près parfaitement au pouls des artères; dans la plupart des cas, il serait

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