CHAPITRE XXIII
les vaisseaux de cette région ont été relâchés par la chaleur. Refroidissons, au voisinage de zéro, le corps qui sera appliqué sur les téguments, une tache blanche occupant la surface refroidie révélera qu'il s'y est produit un resserrement vasculaire. L'action de la chaleur et du froid agit sans cesse pour modifier le cours du sang dans les petits vaisseaux, nous en montrerons plus loin les effets.
§ 250. — Effets d'excitations trawnatiques plus ou moins fortes sur la contractilité des vaisseaux capillaires1.
1° Une excitation modérée, portée sur un point des téguments, fW, y produit la contraction des vaisseaux.
Expérience. — Si l'on opère sur le dos de la main, par exemple, et qu'on frotte un corps mousse sur la peau, au bout de vingt ou trente secondes, d'ordinaire, apparaît une ligne pâle sur le trajet de l'instrument. Cette ligne est due à la contraction des vaisseaux touchés qui, devenus moins perméables au sang, rendent la coloration des téguments plus pâle; elle persiste pendant un certain temps. Le retard de l'apparition de ce phénomène, sa persistance après que l'excitation a cessé, justifient l'opinion de Henle et le rattachent aux autres effets de la contractilité qui dépend du grand sympathique : à la contraction de l'intestin, par exemple.
2° Une excitation trop forte épuise la contractilité des vaisseaux et en amène le relâchement.
Expérience. — Dans les mêmes conditions que tout à l'heure, si l'instrument contondant a été appuyé avec plus de force, au lieu d'une ligne pâle, apparaît une ligne rouge qui semble due à la paralysie des vaisseaux; ceux-ci, ayant été trop excités, se laissent distendre par la pression du sang. Sur les côtés de la ligne rouge se voient deux lisérés blancs correspondant aux parties qui, situées en dehors du maximum d'action de l'instrument, n'ont été excitées que juste assez pour qu'elles puissent, réagir. Ces faits confirment encore l'opinion de Henle et semblent démontrer l'épuisement de la contractilité par une sorte de fatigue des muscles vasculaires.
J:^T?\yMéTire ^ la ôoHtraotili® vasculaire. (Ami. des sciences nat. 4« série, t. IX, cahier 2, 1858.) '
3° L'accoutumance aux excitations rend la contractilité vasculaire plus difficile à épuiser.
Tout muscle habitué à un travail considérable acquiert une énergie plus grande. L'analogie conduit donc à supposer que, pour les vaisseaux aussi, la force contractile s'accroîtra si elle est souvent mise en jeu et que leur tissu contractile, devenu plus puissant, résistera davantage aux excitants et s'épuisera moins ...<.. vite. On peut s'en convaincre en répétant comparativement les expériences précédentes sur deux tissus, dont l'un est soumis d'une manière habituelle aux agents traumatiques et dont l'autre est abrité contre ces agents.
Expérience. — Si l'on opère comparativement sur deux points des téguments, dont l'un (comme l'épigastre) est abrité par les vêtements contre les contacts extérieurs, et l'autre (comme la main) y est souvent exposé, on voit qu'en frottant dans les deux cas avec la même force, on obtient, à l'épigastre la ligne rouge, signe d'épuisement de la contractilité, et à la main la ligne pâle, c'est-à-dire la contraction mise en jeu. Cette différence d'effets prouve l'existence de l'accoutumance aux excitations traumatiques.
Cette interprétation s'applique à beaucoup d'autres faits du même genre. Ainsi, on peut expliquer par une plus grande puissance de la contractilité vasculaire, que le pied s'accoutume aux marches forcées, la main au maniement de durs outils, etc., tandis que ces organes, aux premières marches ou aux premiers travaux, se gonflaient, rougissaient et devenaient brûlants, signes évidents d'une circulation rapide liée au relâchement de leurs vaisseaux.
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Tout changement provoqué du diamètre des vaisseaux crée une tendance au changement inverse.
g 251. — Quand on provoque un resserrement des vaisseaux et que la cause de ce resserrement cesse d'agir, il se produit un relâchement vasculaire, et à la pâleur succède une rougeur du tissu. Le phénomène inverse s'observe également, quoique à un degré moindre, quand c'est la dilatation des vaisseaux qui s'est produite la première. Ces faits étaient déjà connus de J. Hunter qui avait trouvé que les vaisseaux dilatés sont plus sensibles que les autres aux agents de contraction.
CHAPITRE XXIIL 379 D'après la théorie de Henle, il est assez naturel d'expliquer par l'épuisement des vaisseaux longtemps resserrés la dilatation secondaire; ainsi, après un bain froid, la rougeur qu'on a appelée réaction peut s'expliquer de cette manière. Mais quand la chaleur a provoqué un relâchement des vaisseaux, comment se produit-il , ^ un resserrement consécutif? Le fait est pourtant bien réel : les verriers, les fondeurs, les cuisiniers, quand ils ne sont plus exposés au rayonnement de leurs fourneaux, sont plus pâles que les autres hommes; les chapeliers qui plongent les bras dans des cuves d'eau très chaude ont ensuite les mains plus décolorées. Enfin, les médecins traitent par des fomentations chaudes certaines rougeurs chroniques de la peau.
g 252. — Ce n'est pas seulement les changements de température qui donnent lieu à des effets consécutifs de sens inverse; les autres excitants se comportent de même, quoique à un degré moins prononcé peut-être. L'observation suivante, due à J. Lister, montre un cas de contraction secondaire des vaisseaux après une dila-
tation par cause traumatique.
Une suture serrée pratiquée sur la peau d'un opéré avait donné naissance à une rougeur qui persistait depuis trois jours ; dès a-w c£ qu'on eut enlevé les épingles, la rougeur fit place à une pâleur de ^jfL ' la peau. "~ < *
Ce fait semble pouvoir s'expliquer de la manière suivante : ■/ .\ les tissus traversés par les épingles et soumis à une cause d'épuisement traumatique de la contractilité des vaisseaux ont acquis, par V accoutumance, une force contractile plus grande qu'à l'état normal ; il en est résulté, au moment où l'influence traumatique a été supprimée, une contraction des vaisseaux plus forte qu'à l'état normal, d'où suivit la pâleur des téguments dans ces points. La cessation brusque de la cause de relâchement vasculaire est venue mettre en évidence l'accroissement de la force contractile des vaisseaux.
g 253.— Si nous chassons le sang d'un organe, au moyen d'une jj ï pression extérieure, cet organe rougira fortement et se gonflera par un afflux considérable de sang dès que la compression aura cessé. Quand on plonge la main dans une cuve à mercure et qu on 1 y maintient pendant quelques minutes, au moment
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on la retire, on la voit rougir et se gonfler d'une manière évidente'.
L'expérience est plus concluante encore lorsqu'on l'exécute au moyen d'un appareil spécial que j'ai fait construire il y a une vingtaine d'années. C'est une caisse vitrée dans laquelle on introduit la main ou l'avant-bras, afin de les soumettre à l'action de l'air comprimé à différents degrés2. A mesure que s'élève la pression de l'air autour du membre, on voit celui-ci pâlir et diminuer de volume. Quand la pression atteint 15 à 20 centimètres de mercure, la main est pâle comme celle d'un cadavre; le patient ^ vvywv# éprouve des fourmillements et des troubles de la sensibilité. Aussitôt que la pression est diminuée, et même avant qu'elle soit
retombée à sa valeur normale, la main rougit subitement et le patient éprouve une forte sensation de chaleur au moment où le sang rentre dans les tissus décomprimés. La rougeur consécutive est d'autant plus intense que la compression a été plus forte et plus prolongée.
Pendant toute la durée de la compression, l'air, pressant élastiquement et dans tous les sens la surface des tissus, ne produisait aucune excitation traumatique. La neutralisation partielle de la pression du sang par une contre-pression extérieure semble la seule cause à invoquer pour expliquer l'affaiblissement de la contractilité vasculaire; celle-ci paraît s'être atténuée comme pour s'adapter à l'affaiblissement de la pression du sang qu'elle avait à soutenir. .
Dans les conditions physiologiques, les vaisseaux des organes sont soumis à une certaine pression extérieure pour laquelle leur force contractile semble réglée. Ouvre-t-on l'abdomen d'un animal, aussitôt le sang atflue dans les vaisseaux de l'intestin, et la pression générale baisse notablement, comme par l'effet d'une ventouse qui détournerait de la circulation générale une grande quantité
1. Il faut, dans les temps froids, chauffer un peu le mercure de la cuve, sans quoi, la conductibilité fort grande de ce métal pour la chaleur amènerait bien vite un refroidissement intolérable, ou tout au moins compliquerait l'expérience des effets du froid sur la contractilité vasculaire.
2. Cette caisse métallique porte, en haut, une glace pour laisser voir ce qui se passe à l'intérieur. Une ouverture latérale laisse passer la main ; elle est munie d'un manchon de caoutchouc doublé de taffetas qui forme une clôture autoclave autour du bras. Un point d'appui solide maintient le coude en arrière. Enfin, on comprime l'air dans la caisse au moyen d'une pompe foulante ou d'une trompe. (Pour les détails de l'instrument, voir Trav. lab., t. II, p. 313.)