‹ La circulation du sang à l'état physiologique et dans les maladies [electronic resource]Chapitre 224 sur 431 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

quelle le sang artériel s'élève dans un tube; Barry fit voir qu'en adaptant à la veine jugulaire un siphon dont l'extrémité inférieure plongeait dans un vase plein d'eau, l'eau s'élevait dans le tube qui pouvait humer, en quelque sorte, le contenu du vase. L'ascension du liquide du côté de la veine était plus grande dans les phases d'inspiration, moindre dans celles d'expiration. Mais si cette . aspiration thoracique peut se transmettre à longue distance à travers un tube à parois rigides, il n'en saurait être de même si l'on employait un tube à parois flasques comme celles d'une veine. Ces parois s'appliqueraient l'une contre l'autre, sous l'influence de la pression atmosphérique , et leur accolement fermerait le vaisseau. Aussi, l'aspiration thoracique ne se propaget-elle pas indéfiniment dans le système veineux.

Toutefois, certaines veines voisines du thorax et entourées, comme l'a fait remarquer P. Bérard1, d'aponévroses qui les maintiennent béantes, sont le siège d'une aspiration qui fait entrer l'air dans ces vaisseaux quand on vient imprudemment à les ouvrir sans exercer une compression en aval du point incisé. Les chirurgiens ont bien étudié l'étendue de cette zone dangereuse où l'introduction de l'air dans les veines est à redouter. C'est en etfet un des accidents les plus graves qui puissent survenir dans une opération, car il provoque souvent la mort presque instantanément'2.

La zone dangereuse s'étend en dehors de la région du cou ; les chirurgiens ont signalé des cas d'introduction de l'air dans les veines à la suite de blessure de l'axillaire et même de la faciale près de l'angle de la mâchoire s.

1. P. Bérard, Mémoire sur un point d'anatomie et de physiologie du système veineux (Arch. de méd., 1830, t. XXIII, p. 169).

2. Mercier (Gaz. méd., 1839) donna l'explication véritable de la mort à la suite de l'introduction de l'air dans les veines; il l'attribua à ce que le sang, mêlé à l'air et devenu spumeux, s'engageait dans les capillaires pulmonaires et les obstruait. Les physiciens savent, en effet, qu'un tube capillaire qui laisse aisément passer un courant d'air ou d'eau présente une résistance très grande pour un mélange d'air et d'eau; celuici produit une série de bulles séparées par de petits diaphragmes de liquide. Poiseuille (Gaz. méd., 1839) a démontré, par une série d'expériences, que telle est, en effet, la cause de la mort, quand l'air mêlé au sang a oblitéré les capillaires du poumon; le cœur droit reste gorgé et ne peut plus se vider.

3. L'aspiration thoracique peut se faire sentir jusque dans les sinus veineux et dans les canaux des os du crâne. On a observé aussi la pénétration de l'air dans les canaux veineux du rachis. Cl. Bernard a souvent parlé de la production de ces accidents pendant les vivisections.

Jde l'aspiration que limètres de mercure

Un effet semblable se produit du côté de l'abdomen, à l'endroit où la veine cave traverse le diaphragme, et à l'embouchure des veines sus-hépatiques. En ces points, le sang comprimé par la pression positive qui existe toujours dans l'abdomen, trouve au-devant de lui la pression négative de la cavité thoracique et est aspiré vers --cette cavité. L'introduction de l'air dans les veines serait donc également à craindre dans cette région si .les opérations chirurgicales y étaient pratiquées. Méry1 a vu, sur un chien, se produire l'introduction de l'air dans la veine cave inférieure qu'il avait piquée.

, . ^ (Cette aspiration des veines situées dans le voisinage du thorax lient à la pression négative que l'élasticité pulmonaire produit dans cette cavité. On sait que si l'on perfore les parois Ihoraciques, l'air s'introduit en sifflant dans la cavité de la plèvre, et que le poumon s'affaisse. C'est cette même force qui s'exerce sur le sang des vaisseaux et l'aspire du côté du thorax. Carson2 et Donders5 ont donné la mesure de la force élastique du poumon, c'est-à-dire cette force exerce; elle est d'environ 6 à 8 millimètres de mercure pendant l'expiration, et s'élève à 30 ou 40 mil- )v-fik4imètres quand le poumon est déployé par une inspiration profonde. 11 suit de là que, pendant les phases alternatives de la respiration , la force aspiratrice qui s'exerce sur le sang change de c/*-~*'u valeur; elle a ses maxima dans l'inspiration, ses minima dans

l'expiration. Dans les expériences cardiographiques nous avons vu que, pendant les phases diastoliques , la pression est négative dans l'oreillette droite, § 75 ; or, sous l'influence des mouvements respiratoires, les variations de cette pression négative produisent cUv~^ des ondulations de la ligne d'ensemble du tracé.

§ 277. — Un effort, c'est-à-dire une tentative d'expiration forcée tandis que la glotte est fermée, non seulement supprime l'aspiration thoracique, mais, en comprimant l'air contenu dans le poumon, donne une valeur positive à la pression dans le thorax; yjuX^ r^^aussi, pendant l'effort, le sang veineux serait-il refoulé dans les vaisseaux extra-thoraciques s'il ne trouvait un obstacle dans les valvules situées à leur origine. En tout cas, pendant toute la durée de l'effort, le sang est arrêté aux abords du thorax où il ne peut

1. Méry, Questions de physique (Me'm. de l'Acad. des sciences, 1707, p. 167). r -- IL-t-*"*^ 2. Carson, Philos. Transact,,AS20, vol. I, p. 42.

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