CHAPITRE XXIX
Ainsi, l'augmentation du diamètre des petits vaisseaux se traduit par la rougeur des tissus; en d'autres cas, on l'apprécie d'après une élévation de la température ou une augmentation du volume d'un organe. Ces différentes manifestations correspondent à un même phénomène, l'élargissement des vaisseaux qui amène une circulation plus rapide.
Mais cet élargissement des vaisseaux, à quoi tient-il? Les tuniques vasculaires sont-elles relâchées, ou bien la force qui pousse le sang est-elle accrue? La réponse à ces questions ne peut être donnée, en général, que si l'on consulte à la fois plusieurs des phénomènes qui s'observent dans la région dont les vaisseaux sont dilatés. Ainsi, on a une notion complète de la cause d'une dilatation vasculaire si l'on mesure à la fois la pression et la vitesse du sang (g 207), ou bien si l'on mesure la pression du sang et le volume de l'organe. Mais, bien souvent, l'expérimentateur qui s'attend à obtenir certains effets à la suite d'une excitation nerveuse se contente de la première manifestation qui se produit dans le sens qu'il avait prévu. Nous en citerons un exemple d'autant plus remarquable qu'il nous est fourni par un expérimentateur dont personne ne méconnaît l'autorité.
§ 329. — Des prétendus effets croisés des actions vaso-motrices.— Cl. Bernard , après avoir coupé le grand sympathique au cou d'un lapin, vit que l'oreille du côté correspondant à la lésion s'était échauffée, et de plus, que l'oreille opposée s'était refroidie. Pour expliquer ce refroidissement, Cl. Bernard1 admit, du côté refroidi, une influence nerveuse inverse de celle qui avait échauffé l'autre oreille. Or, ces effets croisés semblent être entièrement indépendants du système nerveux : ils paraissent tenir à ' des conditions mécaniques fort simples.
Comme les deux carotides, chez le lapin et chez la plupart des quadrupèdes, naissent de l'aorte par un tronc commun il est clair qu'une grande solidarité existera entre les deux bifurcations de cette artère commune et que, par conséquent, l'augmenta tion de la vitesse du courant dans l'une des branches amènera * une diminution de la vitesse dans l'autre (g 2C9). Ainsi, quand l'une des oreilles s'échauffera p'ar Met d'une circulation plus 1 rapide, on devra voir l'autre oreille se refroidir.
L. 61. Bernard, Leçons sur le système nerveux. 1858, t. II, p. 502. marf.y, Circulation.
Pour justifier celle théorie j'ai fait l'expérience suivante. Appliquant deux thermomètres très sensibles aux deux oreilles d'un lapin, j'ai vu qu'il suffisait de comprimer l'une des carotides pour refroidir l'oreille correspondante et échauffer en même temps l'oreille opposée. La décompression de la carotide avait le double effet de rendre à l'oreille qui était exsangue sa couleur et sa température primitive et en môme temps de refroidir l'oreille opposée1, i^-^ j/f - Il semble que la même théorie doive s'appliquer à certains effets
qu"on a considérés comme des phénomènes réflexes, ainsi, à certaines variations croisées de la température des membres inférieurs.
g 330, — L'emploi du manomètre, si précieux dans les expériences physiologiques,. a presque toujours besoin d'être contrôlé par d'autres moyens d'observation. J'ai longuement insisté dans le chapitre xx sur la nécessité de connaître à la fois la vitesse et la pression du sang dans une artère avant de décider si une élévation du manomètre tient à un accroissement de la force impulsive du cœur, ou à une diminution de la perméabilité des petits vaisseaux. Et pourtant, combien de fois n'a-t-on pas admis, d'après l'élévation du manomètre tout seul, que les vaisseaux se contractaient quand on voyait s'élever la colonne de mercure, ou qu'il se produisait un réflexe vaso-dilatateur quand on voyait cette colonne s'abaisser?
Il est vrai que le manomètre inscripteur, en même temps qu'il signale un abaissement ou une élévation de la pression artérielle, permet aussi de reconnaître l'augmentation ou la diminution de fréquence des mouvements du cœur, ce qui donne une présomption, tout au moins, relativement à la cause du changement de la pression. Mais, quand on s'attend à constater un réflexe dilatateur des vaisseaux, il est bien difficile de ne pas l'accepter dès qu'on voit baisser le manomètre. Et si cette chute de pression s'accompagne de ralentissement du rythme cardiaque, on en est quitte pour] admettre que ce ralentissement est secondaire et que c'est la chute de pression qui l'a provoqué.
a 331 — Les changements de volume des organes constituent encore une indication précieuse, mais peuvent tenir à différentes