Richet, Traité (V anatomie chirurgicale
2. Pour figurer ce rôle du canal vertébral, Salathé a construit un petit appareil qui reproduit d'une manière fort simple les déplacements du liquide céphalo-rachidien. Soit (fig. 265) un ballon de caoutchouc C représentant le cerveau relié, par un tube a, à une ampoule de caoutchouc V qui répond au ventricule du cœur. Des compressions intermittentes de l'ampoule V produisent des gonflements intermittents de l'ampoule C. Or celte ampoule C est renfermée dans un ballon de verre B, plein d'eau, de même que le cerveau est renfermé dans la boîte crânienne remplie de liquide céphalo-rachidien. Le ballon B communique avec un tube R terminé lui-même par une ampoule de caoutchouc L. Ce tube, et cette ampoule, représentent le canal vertébral avec son élasticité; enfin, en haut du ballon, une large tubulure imite, lorsqu'elle est ouverte, les conditions d'une trépanation du crâne. Nous supposons cette tubulure fermée par un bouchon.
Si l'on exerce des compressions intermittentes sur la boule V, il se produit des changements de volume de l'ampoule cérébrale, visibles à travers les parois du ballon de verre ; en même temps, on constate que l'ampoule L qui termine le tube rachidien se gonfle par le déplacement du liquide céphalo-rachidien. Vient-on à comprimer le tube R, l'ampoule cérébrale devient absolument inextensible.
Fig. 265. Schéma de la disposition du cerveau et du rôle du liquide céphalorachidien.
î>36 LA CIRCULATION DU SANG.
dans celle du rachis, et réciproquement. Ce mouvement existe-t-il sur les animaux vivants?
Assurément, le passage est libre et suffisant pour permettre au liquide de passer aisément d'une cavité dans l'autre, mais les expériences instituées jusqu'ici pour montrer l'existence de ce mouvement ne sont pas concluantes. Il est possible que les changements de volume du cerveau s'opèrent en déplaçant le sang des veines cérébrales par un mécanisme semblable à celui que Richet a indiqué pour les veines du rachis.
Mosso a démontré, en effet, que chaque systole du cœur produit une expulsion saccadée du sang des veines du cerveau, et que des pulsations veineuses s'observent quand on introduit un manomètre dans les sinus du crâne, et même dans les veines jugulaires
Fig. 266. Tracés simultanés de la pression dans le sinus longitudinal supérieur 3 V, et de la pression carotidienne C.
La figure 266 montre les pulsations du sinus sagittal d'un chien, inscrites en même temps que les changements de la pression du sang dans la carotide. On constate le synchronisme de ces deux sortes de pulsations, el l'on voit, dans les deux tracés, les influences de la respiration sur la pression du sang. Le déplacement du sang des sinus est sans doute exagéré par la trépanation nécessaire pour l'application du manomètre, mais on ne peut douter que, dans les conditions physiologiques, la pénétration du sang artériel dans le cerveau ne s'accompagne d'une sortie
1. Le déplacement du sang veineux par l'abord du sang dans le cerveau avait été vu et compris par plusieurs auteurs anciens, notamment par Carson (1819); plus tard, Berthold, rapprochant les modifications circulatoires intra-ciàniennes de certains phénomènes analogues qui se produisent dans la circulation oculaire et dont nous parlerons tout à l'heure, a interprété dans le même sens les pulsations du bout céphalique des jugulaires (Centralblatt, 1869). — Pour l'historique de cette question, voyez un article de François-Franck sur la circulation cérébrale (Gaz. hebdomadaire, juillet 1881).