Mosso, loc. cil , p
Influence du liquide céphalo-rachidien sur la circulation cérébrale.
g 378. — Le liquide céphalo-rachidien constitue un. admirable moyen de protection pour la substance délicate du cerveau qui, suspendu et également comprimé en tous sens dans un liquide de densité â peu près égale à la sienne, échappe aux chocs et aux ébranlements qui eussent été pour lui des causes de lésions graves. Il semble en outre que la présence de ce liquide s'oppose à la trop brusque expansion des artères cérébrales , et amortisse les chocs qui pourraient provenir de cette cause intérieure. Mais ce liquide me semble avoir en outre une influence que je n'ai vue signalée nulle part : celle d'atténuer les effets de la pesanteur sur la circulation cérébrale, et de Ta rendre moins inégale dans les différentes attitudes du corps.
Reportons-nous au schéma qui représente théoriquement la disposition du cerveau et du liquide céphalo-rachidien. Supposons que l'appareil soit tenu verticalement, comme le représente la frgure 265; la colonne formée par le poids du liquide céphalo-rachidien renfermé dans l'axe spinal tend à produire, dans la cavité crânienne, un vide qui se manifestera par une rentrée d'air si nous ouvrons le robinet situé en haut de l'appareil. La môme aspiration s'exerce dans le crâne d'un animal que nous placerions dans une attitude verticale. Si nous trépanons la colonne vertébrale, puis le crâne, dans cette attitude, au moment de la trépanation crânienne, nous verrons s'affaisser les méninges cérébrales et se gonfler les méninges rachidiennes, ce qui annonce une descente du liquide sous l'influence de la pesanteur.
Sur les sujets atteints d'une perte de substance du crâne, on constate que, dans l'altitude couchée, la membrane cicatricielle est convexe et molle, tandis que s'ils prennent l'attitude verticale, la cicatrice devient concave et tendue, parfois, au point de supprimer toute pulsation cérébrale.
Dans l'intégrité de la boîte crânienne, cette aspiration existe nécessairement, et si elle ne se traduit pas au dehors, nous devons admettre qu'elle produit, sur le cerveau lui-même , une aspiration analogue à celle d'une ventouse et tend à dilater les vaisseaux du cerveau. Or c'est précisément dans l'attitude verticale que le cours du sang artériel est entravé par la pesanteur, il
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semble donc que cette action défavorable au cours ascendant du sang soit compensée par l'influence aspiratrice dont nous venons de parler. Inversement, dans l'altitude couchée, l'aspiration du liquide céphalo-rachidien devient nulle ; dans la position verticale, la tête en bas, elle doit se transformer en une compression de la surface extérieure du cerveau, sous la charge de la colonne du liquide rachidien qui agit de haut en bas.
Il suit de là que les vaisseaux du cerveau éprouvent probablement, à un moindre degré que ceux de la face, les influences des changements d'attitude qui amènent de si grandes modifications dans la coloration du visage.
Des phénomènes vaso-moteurs qui se produisent dans le cerveau.
§ 379. — Outre les changements de volume qu'éprouvent les vaisseaux du cerveau sous l'influence du cœur, de la respiration et de la pesanteur, il en est d'autres, plus importants encore à connaître, qui dépendent de leur contractilité propre et de l'action des nerfs vaso-moteurs. La fonction cérébrale est liée intimement à l'état de la circulation : le cerveau se congestionne dans la pensée intense, tandis que ses vaisseaux se resserrent et ralentissent le cours du sang dans l'état de repos de l'esprit et en ci~~ l'absence d'émotions.
Donders avait déjà recouru, pour constater la variabilité de la circulation cérébrale, à un ingénieux procédé qui consiste à trépaner le crâne d'un animal, et à protéger, par un disque de verre, le cerveau dénudé ; on observe l'état des vaisseaux à travers cette sorte de fenêtre.
L'inscription des changements de volume du cerveau, chez l'homme affecté de perforation crânienne, fournit un moyen bien plus précis de constater l'état de la circulation cérébrale. C'est par cette méthode que Mosso s'est attaché à déterminer les changements qui se produisent dans la circulation du cerveau sous diverses influences.
Sur différents sujets affectés de plaies du crâne, ce physiologiste a appliqué un appareil explorateur des pulsations relié à un tambour à levier, et il a recueilli des tracés qui démontrent que la circulation du cerveau subit des variations locales qui ne peuvent s'expliquer que par des contractions ou des relâchements des vais-
seaux du cerveau. Nous ne pouvons rapporter complètement ces intéressantes expériences , mais nous en citerons quelques résultats.
Dans le sommeil , le cerveau diminuerait de volume el présenterait des pulsations moins amples , ce qui est d'accord avec l'opinion de Donders qui considère le cerveau comme anémié pendant le sommeil. Au réveil, au contraire, Mosso a vu le cerveau se gonfler notablement et ses pulsations augmenter d'amplitude.
Les mêmes effets se sont produits dans le sommeil naturel et dans le sommeil provoqué par le chloral.
g 380. — La partie la plus curieuse du travail de Mosso est celle où ce physiologiste étudie les influences des émotions et de laj pensée sur la circulation cérébrale. Les expériences furent faites sur un paysan atteint de perte de substance du crâne. Cet homme fut soumis à une double exploration,celle des changements de volume de l'avant-bras et celle desi pulsations cérébrales ; on recueillit alors un double tracé. Or, chaque fois qu'on éveillait l'attention du patient, soit par un bruit, soit en l'appelant par son nom, on constatait des effets inverses au cerveau et à la main; le cerveau augmentait de volume, tandis que les vaisseaux de la main se resserraient. Ce fait a son importance,