CHAPITRE XXXIV
rents, d'intensités inégales, engendre une variété extrême de troubles dans la circulation cardio-vasculaire.
On se perdrait dans cette complication, si l'on n'avait de précieux moyens d'analyser la signification des tracés pathologiques du cœur ou des vaisseaux. Ces moyens consistent, d'une part dans les expériences de pathologie, au moyen desquelles on crée sur un animal telle ou telle lésion du cœur ou des artères; d'autre part, dans l'emploi de l'appareil artificiel ou schéma de la circulation. Sur cet appareil, ainsi que nous l'avons déjà dit, on gouverne à son gré la force impulsive du cœur, le volume des systoles, la réplétion des cavités et la résistance des petits vaisseaux ; on change l'élasticité de l'aorte ou des artères; on rétrécit les orifices du cœur ; on en rend les valvules insuffisantes ; enfin on pratique des rétrécissements des artères, ou bien on adapte à ces vaisseaux des poches élastiques, imitant les différentes sortes d'anévrysmes.
Depuis que l'inscription des pulsations du cœur est devenue applicable à la clinique, elle a apporté de nombreux renseignements sur la nature des lésions du cœur ou des vaisseaux. D'autre part, cette inscription combinée à celle du pouls ou de la respiration fait saisir d'importantes relations qui échapperaient le plus souvent à nos sens.
Les cardiogrammes et les sphygmogrammes recueillis simulta- , nément donnent la mesure du temps qui s'écoule entre la pulsation JÂ > du cœur et celle d'une artère. Cette mesure, que l'emploi du chro- j ' * nographe permet d'obtenir avec une exactitude extrême, traduit le plus ou moins de facilité que le cœur éprouve à se vider, car les valvules sigmoïdes de l'aorte se soulèvent plus ou moins tôt, suivant la charge exercée sur elles par la pression du sang (§ 79).
Mais c'est surtout pour apprécier le retard différent du pouls de deux artères que l'inscription simultanée des deux pulsations a de l'importance. On peut ainsi mesurer avec exactitude le défaut de synchronisme des pulsations dans deux artères homologues, 5 phénomène que les médecins connaissent sous le nom de pouls / différent, et auquel ils attachent, avec raison, une grande impor- ^ tance pour le diagnostic du siège des anévrysmes. Or, le défaut de synchronisme du pouls de deux artères homologues n'est perceptible au toucher que dans des cas fort rares, lorsque l'intervalle entre les deux battements est très grand; dans les tracés, au contraire, on apprécie facilement un défaut de
synchronisme d'un vingtième ou d'un trentième de seconde.
Quand le pouls est irrégulier, il est indispensable d'inscrire à la Ibis les pulsations du cœur et celles des artères, si l'on veut connaître la véritable nature du rythme anormal des pulsations. Il existe, en effet, des types variés d'irrégularités du pouls. Parfois le nombre des battements du cœur excède celui des pulsations artérielles, parce que certaines systoles ventriculaires sont trop faibles pour soulever les valvules sigmoïdes et pour faire pénétrer w^juJ- le sang dans les artères. Cela se produit quelquefois par suite d'inégalités dans la force des systoles, mais plus souvent encore par suite d'un reflux du sang à travers la valvule mitrale insuffisante. Or ces reflux s'accompagnent de caractères particuliers de la pulsation du cœur inscrite au cardiographe.
Importance de la précision du diagnostic dans les maladies du
cœur.
'§ 389. — Le concours de tous les éléments dont on dispose aujourd'hui donne une précision très grande au diagnostic des lésions cardiaques. On a fait, il est vrai, à notre école organicienne le reproche de pousser déjà trop loin cette précision. Cela ne conduit, disait-on, qu'à la constatation de désordres tellement graves qu'ils sont au-dessus des ressources de la thérapeutique. Lorsque Bouillaud a affirmé que le diagnostic d'une maladie du cœur était devenu, grâce à l'auscultation, aussi certain que celui de n'importe quelle maladie chirurgicale, à côté de ses admirateurs il s'est trouvé des indifférents qui considéraient toute cette perfection comme stérile et rappelaient la célèbre épigraphe que Corvisart écrivit en tête de son livre sur les maladies du cœur : Iiseret lateri lethalis arundo.
Dût-on admettre l'exactitude de l'assertion de Corvisart et considérer les lésions du cœur comme incurables, il n'en est pas moins vrai que ces maladies peuvent persister pendant bien des années sans compromettre la vie. Souvent ces lésions ne causent la mort qu'indirectement, quand elles se compliquent de maladies pulmonaires ou d'accidents cérébraux. Mais l'incurabilité des lésions organiques du cœur n'est rien moins que démontrée ; chez, les jeunes sujets principalement, on constate souvent la disparition de tous les signes d'une lésion valvulaire ; on est alors en