CHAPITRE XXXV
tonnera donc pas si nous rapportons au relâchement vasculaire les phénomènes qui révèlent l'existence de la fièvre, et que nous allons rapidement passer en revue, en les partageant en deux groupes:
1° Phénomènes qui se passent du côté des tissus : chaleur, rou-
yeur, gonflement.
2° Phénomènes qui ont pour siège les artères et le cœur : Force plus grande du pouls, modifications de sa forme, accélération des mouvements du cœur.
Chaleur des téguments dans la fièvre.
§ 394. — Lorsqu'on touche la main d'un fébricitant, on la trouve ^ 'u^A
brûlanteet l'on n'hésiterait pas, d'après le témoignage des sens, à déclarer que le malade a beaucoup plus chaud qu'un homme en santé. Mais si, pour plus de rigueur dans l'observation, on emploie le thermomètre pour apprécier l'élévation de la température, l'instrument ne signale ordinairement que dans quelques régions une température au-dessus de la normale. Dans les fièvres les plus intenses, on trouve seulement 3 ou 4 degrés centigrades d'augmentation de la température de la bouche ou du rectum.
Cette discordance entre les renseignements fournis par le toucher et les indications du thermomètre tient, en grande partie, à ce que la main et l'instrument ne sont pas appliqués aux mêmes parties du corps pour y explorer la température. Le toucher s'adresse aux parties superficielles, à la main, aux téguments des membres ou de la face du malade, tandis qu'on applique le thermomètre, tantôt dans l'aisselle, tantôt dans les cavités naturelles où la température est toujours plus élevée.
L'élévation de la température que le toucher constate dans la fièvre consiste bien plutôt en un nivellement de la température j, des différentes parties du corps qu'en un échauffemenl absolu. Il se produit, sous l'influence de la fièvre, un effet analogue à celui qu'on observe dans un organe, après la section du grand sympathique § 258, ou dans le corps tout entier, après la section du bulbe et la division des origines de tous les nerfs vaso-constricteurs.
Mais nous venons de dire que le thermomètre, lorsqu'on le
marey, Circulation. 3g
c'62 LA CIRCULATION DU SANG.
plonge dans les parties profondes, accuse une élévation réelle de température; cet échauffement de l'intérieur du corps dans les lièvres s'accompagnant d'une circulation très rapide exprime nécessairement un accroissement de la production de chaleur, § 362*. Toutefois, on ne l'observe pas toujours. Ainsi, dans le stade de chaleur du choléra, stade qu'on a appelé réaction et qui est franchement fébrile, à en juger par tous les symptômes généraux, la chaleur intérieure est moindre que dans le stade précédent, ou d'algidité, pendant lequel les extrémités du corps étaient froides.
§ 395. — De la rougeur des téguments dans la fièvre. — La coloration rouge des téguments étant due à la plus grande quantité de i^^^- ' lvv^ sang qu'ils renferment, et cette quantité de sang étant sous la dépendance du calibre des petits vaisseaux, il était tout naturel de rattacher au relâchement vasculaire la rougeur de la peau qui accompagne la fièvre. C'est encore, sous une forme généralisée, la coloration rouge des tissus dont on a coupé le grand sympathique.
Toutes les affections fébriles ne présentent cependant pas une rougeur marquée des téguments; il semble que le relâchement vasculaire puisse porter sur les parties profondes sans intéresser la circulation cutanée. L'indépendance des circulations locales permet de comprendre cette inégale répartition du relâchement . vasculaire.
Enfin, la teinte rutilante des téguments dans la fièvre montre bien que la rougeur n'est pas due à une stase du sang, mais à une circulation plus rapide. Dans les veines d'un fébricitant, comme dans celles d'une glande en fonction g 264, le sang n'a pour. ; ainsi dire pas le temps de devenir veineux; aussi, lorsqu'on saigne un de ces malades, trouve-t-on, en général, le sang fort rouge et
1. Dans la Physiologie médicale de la circulation du sang, frappe surtout au phénomène nivellement de la température, je n'ai pas tenu suffisamment compte de l'élément production de chaleur et j'ai attribué au relâchement vasculaire le rôle primitif dans les phénomènes fébriles. Il y a, en réalité, deux sortes de fièvres, ou du moins d'étals fébriles : celui où le trouble vaso-moteur est primitif, et celui ou ce trouble est consécutif à un accroissement de la production r!e chaleur. Du reste, la théorie de la fièvre que j'ai donnée a eu cette mauvaise fortune que ceux qui I ont acceptée l'ont attribuée à Traube, qui l'a reproduite en effet (Die Fieberlekre, Mcd. Centralzeitung, 1863 cl 186'.), tandis que ceux qui l'ont rejetée m'ont vivement reproché d'avoir trop négligé l'accroissement de la production de chaleur.