CHAPITRE XXXV
« pide du cœur irrité par une cause morbifique. » Assurément cette hypothèse est celle qui vient la première à l'esprit, en présence d'un ensemble de symptômes qui annoncent un mouvement plus rapide du sang, mais les expériences sont contraires à cette supposition. N'avons-nous pas vu que, sous l'influence d'une course rapide, on fait naître, chez un animal, tous les phénomènes circulatoires qui se rencontrent dans la fièvre, § 218? Cet échauffement du corps, cette augmentation de force et de fréquence du pouls chez l'animal qui vient de courir ont été également interprétés par un surcroît de l'activité du cœur, et pourtant, le manomètre appliqué aux artères montre que la pression du sang y est plus faible que pendant le repos.
\\ sera curieux cependant de provoquer chez les animaux différentes espèces de fièvres, soit par traumatisme, soit par inoculation de virus sepliques, et de chercher au moyen du manomètre si, dans tous ces cas, la pression est plus faible qu'à l'état normal, ou si, dans quelques-uns, il n'y a pas augmentation de l'action du cœur. La différence des caractères du pouls des fièvres éruptives avec celui des autres fièvres tendrait à faire admettre qu'il peut en être ainsi.
g 399. — De la forme du pouls dans la fièvre. — A défaut de mesures manométriques impossibles à obtenir sur l'homme, on peut,
Fig. 271. Ligne i, pouls dans la fièvre; ligne 2, pouls dans l'apyrexie. — Spliygmogrammes recueillis sur un même malade.
d'après la forme graphique du pouls, conclure à l'état de la tension artérielle dans la fièvre. Cette forme est en général celle de la faible tension § 385 ; elle rappelle celle qu'on obtient après un exercice musculaire violent, c'est-à-dire dans des conditions où l'existence d'une tension faible est démontrée.
La figure 271 montre le pouls d'un malade qui, sous l'influence d'une coxalgie, avait tous les soirs un accès de fièvre avec chaleur.
5bb LA CIRCULATION DU SANG.
La ligne supérieure est le pouls recueilli pendant la fièvre, l'inférieure est le pouls recueilli pendant l'apyrexie. Si l'on rapproche de cette figure celle qui montre la forme du pouls au repos et
Fig. 272. Ligne 1, Pouls d'un individu au repos; ligne 2, pouls du même sujet après un
exercice musculaire.
après un exercice musculaire violent (fig. 272), on voit entre elles des analogies frappantes qui plaident en faveur de l'existence d'une faible tension artérielle dans la fièvre1.
§ 400. — Caractères du pouls dans les différentes espèces de fièvre.— Si l'on quitte le point de vue physiologique pour s'attacher à l'observation clinique des différentes espèces de fièvre, on trouve, dans la forme du pouls, un des éléments les plus importants de la séméiologie ; l'emploi du sphygmographe permet d'apprécier, <à cet égard, des nuances délicates qui échapperaient au toucher.
Pour que cette étude fournisse d'utiles renseignements sur la - marche de la maladie, il faut que, dans chacune des affections
fébriles dont on voudra suivre les phases, le pouls soit recueilli au moins une fois chaque jour. Le tracé se modifie d'une manière très caractéristique suivant que la maladie tend vers la guérison ou vers la mort ; il varie aussi sous l'influence de ces changements dans 1 état général auxquels on a donné le nom de crises; enfin, l'action de la plupart des médicaments se marque, du côté du pouls, par des effets qui souvent peuvent servir à guider la thérapeutique.
Dans mes premières publications, n'ayant pour étudier les modi-
1 . Chez le malade dont il vient d'être question, il n'y avait pas apyrexie complète le malin, mais l'état fébrile était bien moins prononcé que le soir, quoique la fréquence du pouls excédât le chiffre normal. Dans les fièvres intermittentes, l'état d'apyrexie , v/v-semble, au contraire, s'accompagner de tension artérielle plus forte qu'à l'état normal; le pouls est en môme temps plus rare qu'à l'état sain,