CHAPITRE XXXV
distinguer de celui qui dépend d'un spasme vasculaire. Sur un
animal soumis à d'abondantes pertes de sang, l'abaissement de la
tension artérielle, l'accroissement de la fréquence du pouls, mon- '
treraient qu'il ne s'agit pas d'un obstacle produit primitivement '
par le resserrement des petits vaisseaux. Sur l'homme, en fab-
sence d'un moyen direct de mesurer la tension artérielle, on
sera renseigné par la fréquence du pouls qui est augmentée
après une hémorrhagie, tandis qu'elle est diminuée dans l'algi- 11 * ^
dite provenant d un resserrement vasculaire, comme celle du
mal de mer ou de quelques empoisonnements.
Dans certaines maladies, l'algidité semble avoir une cause com- ~ plexe. Ainsi, dans le choléra, l'existence d'un spasme vasculaire paraît incontestable, mais il s'y joint une notable diminution de k. la masse du sang. C'est avec raison qu'on a appelé hémorrhagie séreuse la perte considérable de liquide par les déjections intestinales des cholériques. La diminution de la masse du sang qui en résulte doit compenser les effets du resserrement vasculaire, et maintenir une pression assez basse dans les artères1. On s'explique ainsi que le pouls garde souvent une assez grande fréquence dans la période algide du choléra.
Enfin, il est encore une autre cause qui tend à ralentir la circulation générale, c'est l'existence d'un obstacle à la circulation pulmonaire. On a vu § 290 que si l'on oblitère les vaisseaux du poumon, ût> soit par l'introduction de matières pulvérulentes dans les artères pulmonaires, soit par l'injection de certaines substances comme l'ergotine, soit par l'augmentation de la pression de l'air à l'intérieur du poumon § 289, le cours du sang se ralentit dans la petite circulation, et le cœur gauche, ne recevant plus qu'une quantité trop faible de sang, n'envoie dans les artères que des ondées insuffisantes.
Dans bien des cas, un obstacle à la circulation pulmonaire s'ajoute aux autres influences qui produisent l'algidité, de telle sorte que les causes de cet état sont extrêmement complexes, et qu'il est difficile de faire la part de chacune d'elles. Le choléra, par exemple, présente parfois, à un haut degré, cette gêne de la circulation pulmonaire. Outre la constatation qu'on a faite maintes fois, à l'autopsie des cholériques morts en algidité, d'une réplétion
1. Cel abaissement de la pression du sang dans les artères a été du reste constaté directement par Magendie sur un cholérique.
énorme des cavités droites du cœur et des artères pulmonaires .certains signes, déçélaient, pendant la vie, que le sang traversait insuffisamment le poumon : ainsi, la dyspnée accusée par les malades, la cyanose et le refroidissement de l'haleine. (Ce dernier phénomène paraît tenir à ce que l'air ne rencontre pas dans les vaisseaux du poumon un sang suffisamment renouvelé )
Beaucoup d'autres élats algides, ceux des fièvres pernicieuses en particulier, sont visiblement accompagnés d'une gêne de la circulation pulmonaire. Les troubles de la circulation générale sont donc insuffisants pour indiquer avec certitude la cause principale d'un étatalgide. On verra, dans le chapitre prochain, comment la comparaison des températures superficielle et profonde renseigne sur la cause principale de l'algidité.
Ordre de succession des deux stades dans les maladies qui présentent l'algidité et la fièvre.
vt^^w-^ lA^41 1 ' ~~ C'est une des Iois Physiologiques les mieux établies, qu'un
resserrement excessif des petits vaisseaux est suivi d'un relâchement exagéré. On a vu des exemples nombreux de ces alternances, lorsqu'il a été question de la contractilité vasculaire. Mais on ne saurait admettre que la réciproque se produise au môme degré, et qu'un relâchement vasculaire soit suivi d'un resserrement. S'il est vrai que cet effet existe dans un grand nombre de cas, il est
^ plus lent à se produire, et beaucoup moins prononcé que le relâ-
chement après la contraction. Or, dans les maladies à deux stades, on voit apparaître d'abord le resserrement des vaisseaux, tandis que la dilatation ne vient qu'en second lieu. Le stade de froid précède donc celui de chaleur.
Cet ordre constant montre bien que, dans les maladies, il n'y a pas renversement des lois physiologiques; il tend aussi à modifier la manière dont on doit concevoir la nature des différents états morbides. On donnait autrefois le nom de sthénique à l'état fébrile; on le considérait en effet comme produit par un excès de force ;
jjTvJrt-j inversement on appelait asthénique, l'état d'algidité. , v Ces désignations ne sauraient être conservées, car, du moment
ou 1 on admet que c'est le calibre des vaisseaux qui règle le cours ^<atO>'* (Lu san&> il fau'; conclure que l'excès de force contractile de ces vaisseaux correspond justement à l'état algide, et leur atonie à la