CHAPITRE XXXVI
corde avec ce que nous savons du nivellement des températures superficielle et profonde dans une étuve chauffée.
.Mais si nous considérons la courbe A, elle nous montre une singulière variation de la température de l'aisselle. Tant que la lempératurc ambiante a été inférieure à 20°, l'aisselle a été plus chaude que la main; dès que l'air ambiant s'est échauffé au-dessus de 20°, l'aisselle est devenue plus froide que la main. Cette variation inverse ressort du croisement des courbes A et M, croisement qui s'observe à partir du moment où la température de l'air a atteint 22° environ.
Ainsi, à l'inverse des régions profondes qui sont toujours plus chaudes que les régions superficielles, l'aisselle, pour des raisons encore difficiles à saisir, est plus chaude que la main si la température ambiante est basse, plus froide, si la température ambiante est élevée. Il ne faut donc pas chercher en cet endroit la température profonde du corps; la température buccale serait moins défectueuse. Mais c'est dans le rectum, dans le vagin, dans l'urèthre ^ exploré le plus profondément possible, dans le jet d'urine au moment de la miction, qu'on trouvera la température la plus ^ élevée et par conséquent la plus rapprochée de celle des régions profondes.
Lorsqu'on a déterminé la température centrale, il faut, par une seconde opération, mesurer la température superficielle. La bouche étant plus exposée que le rectum au refroidissement peut, dans certains cas, servir à cette seconde détermination; mais la main est préférable, car elle se prête mieux à faire ressortir l'écart entre les deux températures. On doit, préalablement, tenir le bras hors du lit pendant quelques minutes; puis, le patient saisit la boule du thermomètre et la garde dans la main pendant un temps toujours le même.
§ 415. — Étant admis que la température rectale doive être de 37°, 5, à l'état normal, si un malade présente un excès d'un demi-degré dans la température profonde, cela peut tenir, soit à une production de chaleur exagérée, soit à la rétention de la chaleur dans les centres, par suite d'un ralentissement de la circulation qui diminue la déperdition. Dans le premier cas, on devra voir la température centrale et la température périphérique plus élevées toutes deux qu'à l'état normal (Prod. -f-, fig. 285); dans le second, l'élévation de la température centrale coïncidera avec l'abaisse-
ment de la température périphérique [Vr. fig. 285). Les relations directes ou inverses, des deux températures permettront également de distinguer l'algidité profonde, tenant à la moindre production de chaleur, de l'algidité superficielle où la surface du corps est seule refroidie, tandis que l'intérieur est échauffé1.
Des maladies où la déperdition de chaleur est modifiée par un trouble de la circulation.
g 416. — Les expériences de Pécholier sur les effets du tartre stibié et de l'émétine § 349 m'avaient paru prouver que, dans ces deux empoisonnements, c'est un resserrement des vaisseaux qui ^ fait monter la température centrale et baisser la température péri- ^ phérique. Aussi ai-je considéré comme probable que dans l'algidité du choléra, où les vaisseaux superficiels sont exsangues, la chaleur devait s'accumuler dans les régions centrales2. Ces vues yw— Y théoriques ont été vérifiées par les cliniciens : Zimmermannra trouvé dans l'algidité cholérique la température rectale à 39°,2 ; W£ Charcot4 a constaté aussi dans le choléra que l'abaissement de la température superficielle est accompagné d'une notable élévation «de la température rectale; le même antagonisme a été signalé ^dans le stade d'algidité des fièvres pernicieuses. xj^vvJU^ L'éfcat opposé à l'algidité s'observe dans le stade de chaleur du
cjk v\A- choléra, ce qu'on a appelé la réaction; alors les vaisseaux sont . -, . .. relâchés, et la circulation prend une grande vitesse. Dans cet
état, la théorie fait prévoir que réchauffement des parties superficielles du corps amènera un abaissement de la température profonde. Les observations de Charcot ont encore vérifié cette prévision.
Certains agents toxiques, par exemple l'alcool pris à haute yH dose, produisent les mêmes effets5. On connaît cette pratique vulgaire des paysans qui consiste, par les hivers rigoureux, à en-
1. Il faut nécessairement tenir compte de la température ambiante dans l'appréciation des écarts entre les températures superficielle et profonde; mais la valeur absolue de ces écarts importe moins que le sens de la variation qui se produit au cours d'une maladie.
2. Marey, Physiologie pathologique du choléra. {Gaz. hebd., 1865, p. 743 et 763.)