CHAPITRE XXXVI
fouir les ivrognes dans du l'umier, afin de les empêcher de se refroidir. C'est qu'en effet l'alcool accélère beaucoup la circulation, et abaisse ainsi la température centrale.1 Beaucoup d'expériences faites sur les animaux ont montré que l'alcool produit un abaissement de la température centrale.
11 est probable que, si les médecins appliquent à différents états morbides la double détermination des températures, ils en trouveront un certain nombre où la circulation rapide et réchauffement de la superficie du corps s'accompagnent d'un abaissement de la température profonde.
En résumé, toute maladie dans laquelle un changement de la circulation modifie la déperdition de chaleur devra se caractériser \ par une variation inverse des températures superficielle et profonde.. :Tl°i'.~rC
Des maladies qui s'accompagnent d un changement dans la production de chaleur.
§ 417. — L'inanition, qu'elle soit produite par l'impossibilité d'ingérer les aliments, par leur quantité insuffisante, ou par un défaut d'absorption, produit constamment, mais à des degrés différents, l'abaissement de la température centrale.
Les expériences de Chossat 2, confirmées par un grand nombre de physiologistes, ont rendu ce fait évident. Les cliniciens ont ; r/^^~ souvent nolé l'abaissement de la température centrale, soit chez des sujets dont un cancer du pylore empêchait l'alimentation r', soit sur des aliénés qui refusaient toute nourriture. Mais c'est r, 3^ surtout chez lès enfants qu'on observe le refroidissement par ' alimentation insuffisante. Tantôt il se produit un simple dépérissement que Parrot a nommé alhrepsie, tantôt l'état désigné
1. Une observation curieuse due à Bourneville se rapporte à un cas d'ivresse comateuse à la suite d'ingestion d'alcool : la température centrale était tombée à 36°. (Voir Radouan, de l'Algidité centrale. Thèse., Paris, 1873, p. 78.)
2. Chossat, Recherches expérimentales sur l'inanition [Journ. de Magendie de 1828), a montré que la température centrale s'abaisse graduellement chez les animaux privés de nourriture, puis, qu'elle baisse plus brusquement aux approches de la mort. A ce moment, la température rectale descend parfois jusqu'à 16°. En même temps, la température superficielle s'abaisse également ; tous les auteurs ont signalé ce fait. De sorte que l'inanition, qui diminue la production de chaleur, agit dans le même sens sur les températures centrale et périphérique.
3. Joffroy {Comptes rendus de la Soc. de Diol., 3 juillet 1869) a vu la température du rectum tomber à 34" chez une femme qui succombait à un cancer de l'estomac.
sous le nom de sclérème infantile. La température centrale s'abaisse beaucoup, elle tombe à 35° environ, aux approches de la mort; Parrot l'a vue descendre à 21° dans le rectum d'un enfant atteint de sclérème.
Dans certains empoisonnements, dans l'urémie, après la morsure des serpents venimeux, dans ces étals encore mal définis qu'on nomme adynamiques, on a observé un abaissement considérable de la température centrale. La température super- ^ , / . - ficielle s'abaisse parallèlement dans les différentes circonstances
que nous venons d'énumérer.
§ 418. — La production de chaleur semble augmenter, au contraire, dans les fièvres infectieuses, les fièvres éruptives, la pneumonie, les érysipèles, etc. Dans ces différents états, non seulement la peau du malade est chaude, mais le thermomètre accuse une élévation de la température profonde. De sorte que, malgré l'accélération du cours du sang et la déperdition plus grande de la chaleur, l'excès de la production se traduit par un échauffe] ment général du corps.
Ainsi, les maladies dans lesquelles la production de chaleur est changée se traduisent par la variation dans le même sens des températures superficielle et profonde.
Comme l'intérêt véritable de la thermométric clinique est de suivre les variations de la température en deux régions différentes, il est important de représenter sous forme de courbes la marche de ces deux températures. Nous allons donner quelques spécimens de ces courbes thermométriques, afin de montrer quelle clarté elles jetlent sur la marche et sur le pronostic des maladies.
p 1 \ Lv Courbes simultanées des températures centrale et périphérique
. dans les maladies.
Lorain1 avait adopté l'emploi des courbes pour représenter
d'une manière saisissante les changements qu'il constatait chaque jour dans l'observation de ses malades; il avait étendu cette ^^^^^p^ méthode, non seulement aux variations des températures centrale
1. Lorain, le Choléra observé à V hôpital Sainl-Anloine, Paris, 18G8, et de la Température humaine. Œuvre poslhume publiée par P. Brouardel, 1877.
CHAPITRE XXXVI. 593 et périphérique, mais à celles du chiffre du pouls et de la respiration, aux changements du poids des malades, à la quantité de l'urine excrétée, etc. Brouardel a recouru également à cette manière de représenter la marche de différentes maladies avec les crises intercurrentes. C'est aux publications de Lorain que nous empruntons les courbes ci-contre.
§ 419. — Courbes des variations des températures dans le choléra. — Dans la figure 287, la courbe supérieure ponctuée correspond
Fig. 287. Courbes des températures dans le choléra.
à la température centrale prise dans le rectum; la courbe inférieure, formée d'un trait plein, représente la température de la bouche qui, dans cette observation, correspond à la température périphérique1.
1. Le rectum étant moins soumis que la bouche aux causes de déperdition de chaleur la température variera, dans ces deux points, suivant les rapports indiqués entre les
mauf.v. Circulation. oo
Le malade entre à l'hôpital en 6tat d'algidité, la bouche est plus froide qu'à l'état normal, le rectum plus chaud d'un degré et demi que chez, un sujet sain. Une réaction incomplète se produisit pendant les quatre jours qui suivirent : les courbes convergèrent, la température centrale s'abaissant, et la température périphérique s'élevant. Enfin les accidents algides reparurent : les deux courbes divergèrent de nouveau et la mort vint le cinquième jour. A ce moment la température centrale s'était élevée à 39°, celle de la bouche était tombée à 34°.
L'inspection de ces courbes montre que, chez ce malade, l'élément dominant consistait en un trouble de la circulation, avec changements dans la répartition et dans la déperdition de la chaleur. Mais quelles erreurs n'eûl-on pas commises si l'on se fût borné à suivre la marche de la température en un point unique, dans la bouche par exemple. A la date du 12, en voyant la température buccale s'abaisser, on eût pu croire à une diminution dans la production de chaleur; cette supposition est exclue par l'élévation de la température profonde à cette même date. D'autre
part, en voyant la bouche se réchauffer, les 13, 14 et 15 septem- T C /^bre, on eût pu croire que la production de chaleur augmentait, *ru^ si l'on n'eût eu, pour rectifier cette erreur, l'abaissement de la
température rectale
On remarque dans la figure ci-dessus que la divergence des combes correspond à l'algiditê, leur convergence à la réaction fébrile. Ajoutons que la divergence finale qui s'observe dans ces courbes est un pronostic des plus graves ; elle annonce une récidive d'algidité; celle-ci, dans les observations de Lorain, a toujours été suivie de mort.
§ 420. — Courbes des températures dans le choléra à forme adynamique. — La figure 288 diffère notablement de celle que nous venons de voir, elle correspond à une autre l'orme très grave du choléra. Le malade présente à son entrée à l'hôpital l'état d'algidité : on le reconnaît à la divergence des deux courbes. Le lendemain, el pendant les quatre jours suivants, les deux courbes ont convergé; il v avait une réaction franche.
températures superficielle et profonde ; seulement la valeur des écarts observes sera beaucoup moindre que si l'on prenait, comme lieu d'observation de la température periphérique, une région plus exposée que la bouche aux causes de déperdition de cha- < f h Vd leur, la main par exemple.