DES TROUBLES LOCAUX DE LA CIRCULATION DANS LES MALADIES
Modifications de la circulation dans les parties paralysées. — De la congestion ou hypérémie. — De l'anémie locale. — De l'inflammation. — Explication des principaux phénomènes de l'inflammation par l'état de relâchement des vaisseaux. — De l'œdème.
Dans un grand nombre de maladies, on observe des troubles locaux de la circulation. Parfois la cause de ces troubles réside dans une influence mécanique facile à saisir; ainsi quand un obstacle empêche le sang artériel de pénétrer dans un organe ou • W^-y retient le sang veineux, il se produit des anémies ou des hypérémies passives, c'est-à-dire à la production desquelles les vaissaux de l'organe malade n'ont aucune part directe.
D'autres fois la cause des troubles vasculaires est une altération de la force contractile des vaisseaux qui, resserrés ou relâchés outre mesure, produisent dans le premier cas l'algidité ou anémie locale, dans le second, l'hypérémie ou l'inflammation. On appelle actives ces modifications de l'état circulatoire qui dépendent d'un relâchement ou d'un resserrement des vaisseaux. Ces troubles fonctionnels peuvent être classés en deux séries divergentes qui, VOv^A» v " toutes deux, aboutissent à l'altération des tissus. Le resserrement vasculaire excessif et trop prolongé peut amener la gangrène ou mortification des tissus; le relâchement vasculaire, quand il a dépassé l'état congestif, donne naissance à une inflammation qui amène des exsudations interstitielles, des formations de tissus nouveaux, en un mol, des altérations très variées des organes qui en sont atteints.
Nous avons vu précédemment que les anciens auteurs supposaient, pour expliquer les changements locaux de la circulation, des forces imaginaires en vertu desquelles le sang se portait vers les
CHAPITRE XXXVII. 603 organes ou y était appelé, tandis que d'autres ois il abandonnait ces organes ou en était repoussé.
Il n'y a qu'à transporter à la médecine les notions données par l'expérimenlalion physiologique rclalivementàlacontractilitê vasculaire et au rôle des nerfs vaso-moteurs; ces notions rendront compte de la plupart des troubles de la circulation qui s'observent dans les maladies. Je n'entreprendrai donc pas d'énumérer les applications que l'on peut faire de la physiologie a la médecine; le lecteur les fera de lui-même.
A une époque où ces idées étaient neuves et où la plupart des médecins s'y montraient rebelles, j'ai longuement insisté sur le rôle de la contractilité vasculaire dans les congestions et les inflammations *; j'ai môme combattu la théorie de l'accroissement de force locale dans les parties congestionnées ou enflammées avec une ardeur qui n'est plus nécessaire aujourd'hui. Car les découvertes de Cl. Bernard et de ses successeurs, soumises à vingt années de contrôle, rectifiées dans leur interprétation, complétées par d'importantes acquisitions de la physiologie, sont acceptées par la plupart des médecins avec confiance, par quelques-uns avec hardiesse.
Modifications de la circulation dans les parties paralysées.
g 427. — Du temps où régnait la théorie qui attribue à un excès de force la rougeur et la chaleur des organes, on ne doutait pas que les régions paralysées ne fussent le siège d'un refroidissement ; on professait même, sur la foi des doctrines, qu'il en était ainsi. Il paraît du reste que le refroidissement s'observe dans certains cas. Mais depuis que l'emploi du thermomètre s'est beaucoup répandu en médecine, on a comparé, sur un grand nombre de sujets présentant des hémiplégies, la température du côté sain à celle du côté paralysé, et l'on a vu que le plus souvent dans les hémiplégies de cause cérébrale ou spinale, la température est plus élevée du côté paralysé. La théorie physiologique d'un accroisse- £ ment local de la température, sous l'influence d'une circulation plus rapide, trouve son application dans ces cas pathologiques.
1. Marey, Recherches sur la circulation du sang à Vèlat physiologique cl dans les maladies; thèse, Taris, 1859, et Physiologie médicale de la circulation du sana Paris, 1863.
Une région paralysée est assimilable à un organe dont on a coupé les nerfs vaso-moteurs. La similitude est tellement complète que, dans les parties paralysées, comme dans celles dont le grand sympathique a été coupé, réchauffement s'observe surtout dans les régions exposées aux causes de refroidissement. Ain m. quand on compare les températures des deux mains d'un hémiplégique, on trouve un écart de 3° ou 4°, mais l'écart est nul ou à peine sensible entre les températures des deux aisselles. Follet1 a rassemblé de nombreuses observations qui montrent que certaines paralysies présentent manifestement l'ensemble des I symptômes qui suivent la section du grand sympathique. Quand les paralysies sont anciennes, les changements de la température semblent diminuer, comme cela s'observe sur les animaux dont le sympathique est coupé depuis longtemps.
Mais à côté de ces cas, il en est d'autres où le côté paralysé pre-J sente un abaissement de température; ces derniers sont beaucoup plus rares et, d'après les cliniciens qui les ont observés, paraissent correspondre à la phase atrophique qui succède à la paralysie. D'autres fois, quand la paralysie tient à une lésion des nerfs, on observe également un refroidissement du côté paralysé.
Peut-être les effets inverses que produit une lésion des vasomoteurs, suivant le point où elle existe, § 265, rendront-ils compte de ces différences, mais il serait prématuré de proposer dèsl maintenant cette explication.
De la congestion on hypérémie.
§ 428. — Un relâchement vasculaire explique tous les phénoj mènes qui caractérisent l'hypérémie ou congestion sanguine. Ces caractères en effet ne sont autres que la rougeur, la chaleur etj l'augmentation de volume des régions hypérémiées. Les artères afférentes battent ordinairement avec plus de force; ce phénomène, qui avait attiré l'attention des plus anciens observateurs, leur semblait impliquer l'existence d'un accroissement des forces locales dans les parties congestionnées. Mais nous avons vu, g 182, que ces battements plus forts sont une conséquence naturelle du
1. Follet, Élude sur la température des parties paralysées (Gaz. hebd. de méd. et de chirurg. Paris, 1867).