‹ La circulation du sang à l'état physiologique et dans les maladies [electronic resource]Chapitre 327 sur 431 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

la glace ou un mélange réfrigérant dans lequel on plonge un doigt le mettent dans un état semblable, et quand l'impression du froid a cessé, la circulation se rétablit avec une intensité exagérée: le doigt devient chaud, rouge, gonflé; il est le siège d'une sensation de fourmillement brûlant et douloureux que tout le monde connaît, c'est l'onglée.

La moindre impression du froid produit sur les sujets qui j sont prédisposés ce resserrement vasculaire que Ton appelle vulgairement les doigts morts; cet état dure un certain temps et fait place, comme dans l'onglée, à un gonflement douloureux et à une vive chaleur du doigt. Il semble que cette affection ne dépende / parfois que d'une sensibilité exagérée des vaisseaux au froid. Chez d'autres sujets, cet état succède à une contusion d'un nerf; ailleurs il parait lié à une infection paludéenne, mais dans tous les cas la série des phénomènes est la môme, sauf des différences d'intensité et de durée. Enfin, au degré le plus grave de ce trouble vasculaire, on voit arriver une gangrène qui est la conséquence naturelle de l'arrêt prolongé de la circulation. Cette anémie locale, et la gangrène qui lui succède, frappent souvent des parties symétriques, un ou plusieurs doigts de chaque main, un ou plusieurs orteils de chaque pied.

Il serait assez embarrassant de définir plus complètement les deux étals vasculaires opposés dont nous venons de parler, chacun d'eux pouvant tenir au trouble fonctionnel de deux sortes de nerfs : une congestion, par exemple, peut dépendre de la paralysie des vaso-constricteurs ou de l'excès d'action des vaso-dilatateurs.

Pour combattre chacun de ces troubles circulatoires, la thérapeutique peut s'inspirer d'une loi physiologique dont nous avons parlé précédemment, à savoir,, que si l'on provoque un certain état des vaisseaux, soit la contraction, soit le relâchement, on prédispose ces vaisseaux à l'état opposé, § 251.

Ainsi, l'exposition habituelle des tissus à une forte chaleur qui les congeslionne agit de deux façons : d'une part, elle habitue ces tissus à l'impression du chaud et les y rend moins sensibles; d'autre part, elle les prédispose au resserrement, de manière que l'anémie locale se produit dès que l'action de la chaleur a cessé. Inversement, des parties habituellement soumises au froid y acquièrent une résistance plus grande et ont une circulation plus rapide quand l'action du froid a disparu. C'est donc ici le cas d'appliquer l'axiome similia similibus curantur qui, ridiculement

B /*w<. 'H~v.- t*^£~x * ii

travesti par rhomœopathic, n'en est pas moins appliqué, dans certains cas, par les praticiens les plus éclairés. Les ophtalmologistes emploient avec grand succès les fomentations chaudes contre les congestions oculaires ; les rougeurs chroniques de la peau cèdent souvent a la même méthode de traitement. L'hydrothérapie, en produisant sur les tissus une impression de froid, forte mais de courte durée, leur fait acquérir une plus grande résistance aux influences du refroidissement.

De l'inflammation.

§ 430. — Le nom d'inflammation a été créé sous l'empire des idées dont nous avons parlé précédemment et qui consistaient à admettre, dans certaines affections, une vitalité en excès et une production exagérée de chaleur. Ce nom, aujourd'hui suranné, mais qui restera longtemps encore dans le langage médical, désigne un état complexe qu'il ne faut pas confondre avec l'hypérémie ou congestion. L'inflammation est un état congestif avec quelque chose de plus : la coagulation du sang, la stase de ce liquide dans certains vaisseaux de la région malade, l'exsudation de produits plastiques en dehors des vaisseaux, la migration des globules blancs, etc.

Les recherches histologiques modernes ont attiré spécialement l'attention sur les altérations que subissent les tissus enflammés. Virchow 1 a représenté l'inflammation comme essentiellement produite par une altération des cellules qui constituent la trame organique, et a relégué au second plan les troubles de la circulation. Cependant, si l'on se reporte aux anciennes définitions, on voit que les changements de la circulation avaient été considérés par les médecins d'autrefois comme le phénomène important dans l'inflammation. Les caractères objectifs attribués à cet état morbide étaient la rougeur, la chaleur et le gonflement, c'est-à-dire ce qui caractérise l'état congestif. Il nous paraît aussi qu'on doit conserver à l'état circulatoire le rôle prédominant dans l'inflammation. Cette manière de voir semble ressortir naturellement de la nature des influences qui causent l'inflammation ou la favorisent, ainsi que des moyens qui servent à la combattre.

Page 1