CHAPITRE XXXVJI
Ainsi, le traumatisme, l'action de la chaleur, celle des substances chimiques, peuvent, suivant l'intensité de leur action, provoquer la congestion simple ou l'inflammation. D'autre part, les moyens ^ j thérapeutiques dont l'effet est de diminuer la congestion sont précisément ceux que la médecine emploie pour combattre l'in- Ilammation. Si l'on pouvait régler a son gré l'action des substances ou des agents physiques qui font resserrer les vaisseaux, on aurait probablement, comme le pensait .1. Hunter, le véritable spécifique de l'inflammation1.
C'est en détournant peu à peu le mot inflammation de son sens primitif qu'on est arrivé à désigner comme inflammatoires des altérations d'organes où l'on ne découvre pas de vaisseaux. Celte généralisation abusive nous a dotés d'une pathologie dans laquelle tout organe malade serait enflammé, toute lésion cadavérique serait le résultat d'une inflammation aiguë ou chronique. Heureusement, la plupart des médecins ont résisté à ce courant; ils admettent que. dans une série de phases successives qui s'en. chaînent comme le font la congestion simple, les stases vasculaires, les exsudations, la diapédèse des globules, les altérations cellulaires etc., il y a fusion de chacun de ces étals avec le suivant, sans transition brusque, de sorte que toute limite tranchée serait artificielle. Mais le phénomène primitif, celui qui domine tous les autres, c'est le trouble circulatoire dont la cause réside dans un relâchement vasculaire.
Explication' des principaux phénomènes de l'inflammation par 1 état «le relâchement des vaisseaux.
§ 431. — Outre les caractères objectifs de l'inflammation, rougeur, chaleur et gonflement des tissus, qui s'expliquent d'eux- ftw^ n lûmes, un signe très important est la douleur qu'on observe
1. La thérapeutique des inllammalions emploie deux méthodes opposées : l'une consiste à exagérer temporairement les effets congestifs, pour profiter ensuite de la réaction opposée qui se produira du côté des vaisseaux et dont les efl'ets semblent très durables; l'autre combat directement l'hypérémie par une influence anémiante. C'est de celle seconde manière qu'agit l'élévation de la main dans le traitement du panaris; cette méthode donne l'avantage d'un soulagement immédiat, mais prolonge ordinairement la durée de la maladie. En outre, si l'on cesse un instant l'action anémiante, on expose la région malade à un surcroît de congestion. La réfrigération locale et la compression agissent aussi de la même façon.
marey, Circulation. 30
presque partout où l'inflammation existe. Cette douleur est si bien liée à l'état circulatoire qu'elle affecte, en général, le caractère pulsatile et redouble à chaque fois qu'une ondée sanguine, envoyée par le cœur, élève la pression artérielle. C'est qu'alors le gonflement des vaisseaux tiraille et comprime les extrémités nerveuses. La douleur pulsatile s'observe surtout dans les organes comprimés par une gaine aponévrotique ou par la peau violemment tendue; on a vu, § 308, comment une pression extérieure ç {Vv~- fait naître des pulsations exagérées des artères. La douleur est
diminuée par les influences qui diminuent l'arrivée du sang artériel, telle que l'élévation du membre, la compression de l'artère afférente, l'action du froid, une saignée locale, etc.
« /JLl-1^ § ^32. — V étranglement des parties enflammées est la consé-
i(S]^v/.;quence de l'inextensibilité de l'enveloppe qui les renferme : que ^uw-f | ^^.^ gaine aponévrotique, ou un appareil contentif trop
serré, le gonflement des vaisseaux artériels comprime nécessaif^jj^ rement les vaisseaux veineux où la pression est très faible, et ferme au sang la voie du retour. L'arrêt de la circulation peut amener la gangrène. Cette interprétation toute mécanique de l'étranglement inflammatoire est justifiée par la nature des moyens thérapeutiques les plus efficaces pour le combattre, c'est-à-dire l'incision de la gaine aponévrotique trop étroite, ou l'enlèvement de l'appareil trop serré qui produisait les accidents.
§ 433. — La tendance des phlegmons à se propager en se P*" ij7 • frayant un chemin à travers les tissus les plus. Lâches, à fuser entre les vaisseaux, les tendons ou les nerfs, dans les mailles du <£*^ *M*V^\ tissu conjonctif et à s'ouvrir enfin à l'extérieur; tout cela s'ex- ^ fi yvm~~^ J) plique par la moindre résistance que les vaisseaux éprouvent, ^ - dans certaines directions, à se dilater sous la pression du sang.
Pour expliquer la tendance des abcès à s'ouvrir à l'extérieur, on n'hésitait pas, -autrefois, à créer une force spéciale attirant l'inflammation vers la surface du corps, comme la plumule des végétaux est attirée vers la terre. En quoi avait-on rendu le phénomène plus intelligible? Mais quand on considère la congestion et l'inflammation comme produites sous l'influence de la pression excentrique du sang qui dilate des vaisseaux relâchés, on comprend que la contre-pression plus ou moins forte exercée par les tissus environnants influe beaucoup sur l'intensité de'