‹ La circulation du sang à l'état physiologique et dans les maladies [electronic resource]Chapitre 329 sur 431 · CHAPITRE XXXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVII

l'inflammation. Celle-ci se développera donc plus facilement du côté où la pression extérieure sera la moins forte. Dans un membre, par exemple, les tissus sous-cutanés ne sont comprimés que par l'élasticité de la peau; les tissus plus profondément situés sont soumis, en outre, à la compression des couches aponévrotiques ; plus profondément encore, à ces causes de compression s'ajoute celle qui dépend des masses musculaires. Lors donc qu'un foyer phlegmoneux occupera l'épaisseur d'un membre, comme c'est du côté de la surface cutanée que la résistance est la moindre, c'est de ce côté que les vaisseaux céderont le plus aisément à la pression intérieure du sang.

La môme cause explique pourquoi les corps étrangers, les balles par exemple, en cheminant dans nos tissus, n'y produisent d'inflammation vive qu'en arrivant près de la surface cutanée, c'est-à-dire dans des points où la pression excentrique du sang n'est plus contre-balancée par celle de nombreuses couches de tissus environnants.

§ 434. — 11 n'y a pas à revenir sur les particularités que présente l'inflammation au point de vue de la chaleur qu'elle provoque dans les différentes régions du corps. Nous avons vu, § 435, que l'inflammation et la congestion n'échauffent que les parties susceptibles de se refroidir, tandis qu'elle ne modifie pas la température de celles qui ont la chaleur du sang. Dans le rectum ou dans le vagin, le toucher ne révélera donc pas l'existence d'une inflammation par une élévation de la température. Mais la loi que nous avons indiquée à cet égard fournit une application fort simple pour déceler l'inflammation dans ces régions ; il suffit de chercher à les refroidir d'une manière artificielle pour rendre apparent réchauffement qui dépend d'une cir-

culation plus rapide. Qu'on cherche à refroidir, au moyen d'une injection par exemple, la cavité du vagin; on y réussira à un certain degré sur une femme saine; mais si l'utérus ou le vagin sont envahis par une inflammation violente, ils résisteront plus ou moins complètement aux effets de l'eau froide et seront presque aussi chauds après qu'avant l'injection.

§ 435. — La tendance des inflammations à se terminer par résolution ou délitescence est encore explicable par les propriétés physiologiques des vaisseaux. Nous avons vu en effet, § 251, que

la prolongation d'un certain 6lat de la circulation crée une tendance des vaisseaux à prendre l'état opposé. Cet effet se rapproche beaucoup de ceux qui ont été désignés précédemment sous les noms d'accoutumance, § 254, ou d'adaptation, '£ 250, des tissus à une influence extérieure. Les vaisseaux finissent par acquérir une résistance plus grande aux agents qui leur sont appliqués, et bientôt ils n'en sont plus affectés.

Assurément on n'explique pas encore comment se produisent l'accoutumance et l'adaptation des vaisseaux aux différentes influences qui tendent à les faire relâcher ou resserrer, mais si l'on montre l'extrême analogie de cette propriété physiologique avec celle qui tend à produire la résolution spontanée des inflammations, on diminue le nombre des hypothèses, et l'on resserre plus étroitement les liens qui attachent les phénomènes pathologiques aux lois de la physiologie.

§ 436. — Depuis quelques années, la question de l'inflammation a pris un caractère tout nouveau. Il semble certain que, dans les opérations chirurgicales, rinflammation et la suppuration sontdes accidents qui peuvent être évités, si l'on met la plaie à l'abri des causes variées de contamination qui peuvent l'infecter.

On doit revenir à l'opinion de J. Hunier au sujet de la réunion des plaies par première intention, et dire avec cet illustre chirurgien, que pour que cette réunion se produise « il faut que l'inflammation ne survienne pas ». Mais, si les progrès de la chirurgie semblent nous ramener en arrière en nous imposant une formule déjà vieille d'un siècle, ces progrès en réalité nous ont fait faire un grand pas, car nous avons la connaissance des causes dont J. Hunier n'avait fait que constater empiriquement les effets. Nous savons que les poussières atmosphériques contiennent les germes d'un nombre énorme de maladies infectieuses, dont la pourriture d'hôpital, l'érysipèle, la gangrène, la septicémie, etc., sont des manifestations redoutables.

Ce serait sortir de mon sujet, que d'aborder celte théorie nouvelle des inflammations septiques qui explique à peu près toutes les complications graves des blessures, et relègue dans les erreurs du passé les théories de la phlébite et de la résorption purulente.

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