CHAPITRE XXXVIII
TROUBLES DE LA. CIRCULATION ARTÉRIELLE ; ALTÉRATION SÉNILE ET OBLITÉRATION DES ARTÈRES.
Altération sénile des artères. — L'altération sénile des artères amène l'hypertrophie du ventricule gauche du cœur. — L'altération sénile des artères s'accompagne de dilatation de ces vaisseaux. — Troubles fonctionnels produits par l'altération sénile des artères. — Diagnostic de l'altération sénile des artères d'après les caractères du p0Uls, — Caractères de la pulsation du cœur dans l'altération sénile des artères. — Oblitération des artères. — Dilatation des collatérales après l'oblitération d'une artère. — Influences qui déterminent la direction nouvelle du courant sanguin après la ligature d'une artère. — Des modifications qu'éprouve le pouls au-dessous d'une oblitération artérielle.
Altération sénile des artères.
§ 439. — Les artères des vieillards sont normalement peu élasti- ques et incrustées parfois de dépôts calcaires qui les transforment J^. , 1 r presque en des tubes rigides. Celte altération qu'on a appelée artérite, arlério-sclérose, etc., produit des troubles de la circulation. Elle amène l'hypertrophie du cœur et expose à des maladies graves, à l'embolie, àl'hémorrhagieet au ramollissement cérébral. L'enchaînement par lequel l'altération des artères se relie aux , maladies qui viennent d'être énumérées s'explique très bien par les lois de la physiologie; nous allons essayer de. le montrer.
Cette altération, facile à reconnaître dans les cas extrêmes,
quand les artères superficielles donnent au doigt la sensation d'un cordon dur et incompressible, était au contraire extrêmement difficile à diagnostiquer en l'absence de ce signe. Or, grâce aux caractères spéciaux qu'elle imprime au tracé du pouls, il est très facile aujourd'hui de reconnaître la perte d'élasticité des artères. On la diagnostique parfois aussi chez de jeunes sujets, et l'on peut prédire chez eux l'imminence des maladies que nous ve-
nons d'énumérer et qui ne sont des causes ordinaires de mort que chez les vieillards.
L'altération sentie «les artères amène l'hypertrophie «lu ventricule
«lu cœur.
g 440. — On a vu, § 103, que l'élasticité des artères favorise l'action du cœur en diminuant les résistances que cet, organe doit surmonter. Or, comme l'altération sénile des artères consiste surtout en une perte d'élasticité de ces vaisseaux, il est naturel de conclure que la perte plus ou moins complète de l'élasticité des artères crée un obstacle au-devant du cœur et en rend les systoles plus pénibles.
En vertu d'une loi pathogénique bien connue, le cœur devra s'hyperlrophier quand les artères seront indurées, absolument comme il s'hypertrophie chez les sujets qui présentent un rétrécissement aortique. Aussi, presque tous les vieillards ont-ils leventricule gauche hypertrophié. La coïncidence de l'hypertrophie du cœur avec l'ossification artérielle avait déjà été constatée par quelques auteurs, mais on ne saisissait aucun lien de cause à effet entre ces deux états du cœur et des artères. Andral1, en signalant cette coïncidence, laisse sans la résoudre la question de savoir si c'est l'hypertrophie du cœur qui a fait dégénérer le& artères, ou si c'est l'altération des artères qui a entraîné l'hypertrophie du cœur. Herpin2 admet que l'ossification artérielle est primitive, et cherche à l'expliquer en disant que « l'élasticité arté- « rielle, cause d'impulsion du sang, étant supprimée, le cœur doit « y suppléer, et cela, en vertu d'une solidarité entre les différente « points du système circulatoire. «Ainsi, Herpin comprenaitqu'uneliaison existe entre les deux lésions, mais en interprétait mal l'enchaînement.
J'ai expliqué l'hypertrophie du cœur par la résistance que la perled'élasticilé des artères oppose au mouvement du sang; cette explication découlait naturellement des expériences que j'avais faitessur le rôle de l'élasticité artérielle et qui ont été exposées dans le chapitre xi3.