CHAPITRE XLI
§' 483. — Caractères graphiques du rétrécissement aortique. — On ne rencontre pas fréquemment sur les malades cette l'orme du pouls que la théorie faisait prévoir. En effet, tels rétrécissements de l'aorte qui donnent naissance à un bruit de souffle marqué sont cependant assez peu prononcés; ils le sont beaucoup moins; à coup sûr, que les rétrécissements que l'on crée sur le schéma pour obtenir la forme du pouls caractéristique. Toutefois, on observe sur certains malades une forme à peu près identique à celle que la théorie faisait prévoir.. Ainsi la figure 319 montre les tracés du pouls obtenus dans trois cas de rétrécissement aortique;
Fig. 319. Sphygmogrammis recueillis sur des malades atteints de rétrécissement aortique.
La lenteur du pouls et l'absence de dicrolisme y sont très marquées;
^ un pumo et i ttuocuLc uc uiuiuusiiie y soin ires marquées;
mais, le plus souvent, le pouls, est fort et assez brusque malgré lflf ! rétrécissement de l'aorte; cela tient peut-être à l'existence d'uné j*",.
hypertrophie du ventricule gauche.
l 484. — La pulsation du cœur doit, théoriquement, présenter plus de force qu'à l'état normal, et lapente systolique doit en être moins inclinée. Les occasions m'ont manqué pour vérifier cette supposition; du reste, ces occasions sont rares, car on ne trouve pas souvent à l'autopsie un rétrécissement aortique franchement dé- • pourvu de toute complication.
Keyt (de Cincinnati) a donné comme caractère du rétrécissement aortique la longue durée de la systole ventriculaire. Cette longue durée se remarque en effet dans la figure 320 que nous empruntons au mémoire publié par ce médecin1.
Sur le tracé de Keyt, on voit également que le retard du pouls
1 Keyt, the Sphygmographic Indications ofhcarl disease (The Cincinnati Lancct and CUmr, 19 npril 1879).
n'a rien d'exagéré; enfin, que la systole de l'oreillette a des effets très prononcés dans la pulsation du cœur et retentirait môme légèrement dans le tracé du pouls radial.
Dans quelques expériences faites avecChauveau sur des chevaux, nous avons essayé de reproduire des rétrécissements aortiques, alin d'étudier les caractères que ces lésions imprimeraient au pouls artériel. Mais nous opérions sur des animaux dont la poitrine était ouverte, ce qui altérait la régularité des mouvements du cœur; or on observe chez les malades, que le rétrécissement aortique ne donne pas naissance à des irrégularités du rythme cardiaque. Nous avons également observé que les rétrécissements aortiques provoqués sur un animal ralentissaient en général J<;
Fig. 320. Pulsation du cœur (C) et pouls radial (P. R.) dans un cas de rétrécissement aortique (d'après Keyt)1. — S tracé chronographique de 1/5 de seconde. Le retard R du pouls radial esL de 1/6 de seconde.
rythme du cœur; chez les malades, au contraire, ce ralentissement ne paraît pas exister; cela tient peut-être à l'hypertrophie ventriculaire qui succède au rétrécissement et en compense en partie les effets. L'hypertrophie, en donnant au ventricule gauche un surcroît de force, permet au cœur d'exécuter, malgré les résistances, des systoles plus fréquentes que ne le ferait un cœur ' sain au-devant duquel un rétrécissement semblable serait subite-ment créé2. L'exagération de la force des pulsations du cœur a été donnée par différents auteurs comme un caractère habituel du rétrécissement aortique.
1 La forme un peu insolite des tracés tient à ce que l'auteur emploie un appareil dans lequel la transmission des mouvements du cœur au levier qui les inscrit se fait au moyen d'eau et non pas par des tubes à air.
2. Ce fait doit être rapproché de celui qui a été cité par Graves. Cet auteur a remar-