CHAPITRE IV
trique était un nerf excitateur du cœur et que l'arrêt ne se produit que sous l'influence de courants trop forts qui épuisent l'action du nerf1. A l'appui de cette opinion, ils citent des cas où l'excitation faible du pneumogastrique a accéléré le rythme cardiaque. Cela pourrait tenir à ce que le pneumogastrique renferme effectivement des filets excitateurs dont l'action, masquée par l'influence antagoniste des filets d'arrêt, se manifesterait quand celte dernière est supprimée.
Or, certaines influences éteignent dans le pneumogastrique la propriété d'arrêt. Certains poisons, comme le curare, l'atropine, la nicotine, suppriment l'action d'arrêt du cœur par le pneumogastrique. Les anesthésiques, éther, chloroforme, chloral; d'autre part, la morphine et certains narcotiques, diminuent notablement et suppriment l'action d'arrêt, quand l'anesthésie a été poussée assez loin : c'est ce qui, d'après François-Franck, pourrait expliquer la suppression des accidents cardiaques, quand on irrite les nerfs sensibles chez les animaux soumis à une anesthésie préalable suffisante.
Origine des nerfs d'arrêt du cœur.
§ 38. — Si l'on cherche l'origine réelle de ces filets d'arrêt qui cheminent dans le tronc du pneumogastrique, on constate, comme l'a signalé Waller en 1856, qu'ils proviennent de la branche que ce nerf reçoit du spinal. En effet, après l'arrachement du spinal, le nerf pneumogastrique perd, au bout de quelques jours , sa
1. Cette théorie, présentée par Schiff, peu de temps après la découverte des frères Weber et de Budge, paraît avoir été acceptée par ce dernier auteur lui-même ; elle fut ardemment défendue par Moleschott, Lister, etc.
On a beaucoup protesté contre la théorie de Schiff et de Moleschott. Sans rappeler les objections qui lui ont été faites, l'argument principal qui ait été donné contre elle est le suivant : Quand on excite le bout périphérique du pneumogastrique et qu'on provoque l'arrêt du cœur, au bout de quelques secondes, les battements reparaissent, bien qu'on prolonge l'excitation. Si le nerf était, comme le veulent Schiff et Moleschott, épuisé par l'excitation qu'on lui applique, il est évident qu'il le serait d'autant plus que cette excitation est plus longtemps maintenue. Dès lors, comment cxphquer la réapparition des battements à la suite de l'arrêt initial, si l'excitation est continuée ?
On admet plutôt que le nerf pneumogastrique rentre dans la catégorie des nerfs (ïarrêl et se rapproche, par son mode d'action, des splanchniqucs dont l'excitation produit l'arrêt des mouvements de l'intestin et des nerfs vaso-dilatateurs qui, comme la corde du tympan, font dilater les vaisseaux.
propriété d'arrêter le cœur. Cela coïncide avec la dégénérescence d'un certain nombre de fibres qui entrent dans la composition du cordon du nerf vague.
C'est par sa branche interne que le spinal fournit au pneumogastrique son action modératrice du cœur. Or, comme cette branche interne vient elle-même des racines bulbaires du nerf, on considère le bulbe comme renfermant les centres modérateurs du cœur.
Détails de l'action du pneumogastrique sur le cœur.
g 39, si on analyse avec un peu plus de détails les effets produits sur le cœur par l'excitation du bout périphérique de ses nerfs modérateurs, on se trouve en présence d'un certain nombre de faits de la plus grande importance sur lesquels il est nécessaire d'insister quelque peu.
L'influence modératrice des nerfs pneumogastriques semble s'exercer sur le cœur d'une manière continue : si en effet on vient à couper les deux pneumogastriques, on observe une accélération qui élève le nombre des battements au moins au double de leur fréquence normale.
L'action du pneumogastrique d'un seul côté s'étend aux deux moitiés du cœur : le ralentissement ou l'arrêt s'observent aussi bien dans le cœur droit, si on excite le pneumogastrique gauche, que dans le cœur du côté correspondant. L'action bilatérale de chacun des pneumogastriques a été attribuée a l'association intracardiaque des deux nerfs au moyen des plexus ganglionnaires du cœur1.
Le ralentissement ou l'arrêt du cœur est total, c'est-à-dire que les oreillettes, tout aussi bien que les ventricules, subissent l'influence modératrice. Quand la reprise des battements se produit après l'arrêt momentané, on voit apparaître la succession physiologique des battements des oreillettes et des ventricules. Les oreillettes donnent la première pulsation.
1 On a signalé, entre les deux pneumogastriques, une différence d'activité au profit du pneumogastrique droit. Arloing et Tripier, Masouin, ont constaté ce fait à la même époque (1872) chez les mammifères. Antérieurement, B. Mayer l'ava.t observé chez la tortue (1869). Depuis quelques années, plusieurs physiologistes, comme Langcndorff (de Konigsbcrg), ont nié la prédominance constante de l'action du pneumogastrique droU.