CHAPITRE IV
François-Franck1 a récemment observé que si l'on emploie des excitations très faibles et peu prolongées, on n'arrête que le ventricule ; pendant ce temps, l'oreillette exécute seulement des battements plus rares. Cette localisation de l'influence du pneumogastrique sur les ventricules s'observe dans la figure 25, E. Png.
Le ralentissement et l'arrêt sont des phénomènes essentiellement diastoliques, c'est-à-dire que si l'arrêt est complet, le cœur présente un relâchement général, et que si le ralentissement seul
Fig. 25. Conservalion des mouvements de l'oreillette avec arrêt de ceux du ventricule, lorsque l'excitation du pneumogastrique est très faible.
se produit, c'est à l'augmentation de durée des phases diastoliques qu'il est dû. On peut donc dire que le nerf pneumogastrique est non seulement un nerf d'arrêt, mais encore un nerf de relâchement. Suit-il de là quon doive voir, dans la diastole ainsi produite par l'action d'un nerf, l'expression d'une fonction particulière du muscle cardiaque et la désigner avec certains auteurs sous le nom de diastole active? Nous nous sommes déjà prononcé sur ce point.
Nerfs excitateurs ou accélérateurs du cœur.
§ 40. — On savait depuis les expériences de Legallois, Wilson Philip, Henle, que certaines excitations portées sur les centres nerveux accélèrent le rythme du cœur. Par quelles voies se transmettent les influences nerveuses qui amènent cette accélération? Burdach, Longet, Vierordt, citent des exemples d'accélération du rythme du cœur produite par des excitations de différentes natures portées sur le cordon cervical du grand sympathique.
1. François-Franck. [Comptée rendus de la Soc. de Biologie. Février 1881).
Molescholt a vu qu'une augmentation de 30 à 40 battements par minute succède a une légère excitation du bout inférieur du cordon sympathique cervical; il ajoute môme qu'une excitation plus intense amène un arrêt passager du cœur, comme on le ferait en agissant sur -le pneumogastrique. V. Bezold, Ludwig, les frères Cyon et François- Franck ont étudié avec soin les origines de ces branches du sympathique dont l'action semble être accélératrice; elles se relieraient à la moelle épinière par les quatre ou cinq; dernières paires cervicales et les cinq premières dorsales ; de là, se .portant aux ganglions cervical inférieur et premier thoracique, elles fourniraient au plexus cardiaque1.
l.Wilson Philip et Legallois avaient émis l'opinion, que la moelle exerce une influence motrice sur le coeur. (W. Philip. Bibl. univ. Genève,l819.— Legallois, Œuvres, éd. 1830.)
Des expériences de Bezold sur les effets de l'excitation de la moelle cervicale avaient montré que le cœur s'accélère et que la pression artérielle s'élève dans ces conditions ; l'auteur avait conclu en faveur de deux influences distinctes, simultanément mises en jeu : l'une, agissant directement sur le cœur pour l'accélérer, l'autre sur les vasomoteurs généraux pour produire l'élévation de la pression.
Ludwig et Cyon reprirent ces 'expériences et, obtenant les mêmes résultats, manifestèrent une certaine tendance à subordonner l'accélération du cœur à l'élévation de la pression. Mais E. et M. Cyon, revenant sur ce sujet, établirent (Reichert u. du Bois^ Reijmoniïs Arch. 1867 ) qu'il y a bien, en effet, une influence indépendante de la moelle sur le cœur, influence accélératrice qu'ils poursuivirent dans les branches cardiaques du ganglion cervical inférieur et du premier thoracique.
Ces observations ont été, depuis lors, confirmées par un grand nombre de physiologistes qui se sont surtout attachés à déterminer le trajet des influences accélératrices entre la moelleet lecœur. Signalons particulièrement le travail surtout analomique deSchmiedeberg {Ludwig's Arb., 1870) et les recherches de Albertoni et Bufalini (Lab. de Sienne, Milan, 1876), celles de Stricker et Wagner. [Jahrb. d. Ges. Wien, 1878).
Malgré tout le soin avec lequel cette question a été étudiée, on n'était pas cependant complètement d'accord sur la provenance et le trajet des nerfs accélérateurs du cœur. C'est pour arriver à obtenir quelques notions précises sur ce sujet que François-Franck a fait dans mon laboratoire de nombreuses recherchés sur les origines et le trajet de ces nerfs. Suivant, par des dissections habiles, des filets nerveux dans leur trajet, interrogeant le bout périphérique de chacun d'eux par des excitations soigneusement localisées, inscrivant simultanément le début et la durée des excitations ainsi que les effets qui en résultaient, ce physiologiste croit pouvoir représenter par la figure 26 le trajet des nerfs accélérateurs.
On y voit que la moelle cervicale fournit un premier groupe de filets descendants R c M qui arrivent au premier ganglion thoracique par le nerf vertébral NV; de la moelle dorsale partent les autres rameaux accélérateurs R.d.M qui sont, les uns transversalement dirigés et aboutissent directement au ganglion premier thoracique, les autres ascendants, gagnant d'abord le cordon sympathique pour remonter jusqu'au môme centre ganglionnaire. De ce point de convergence, le premier ganglion thoracique, les nerfs accélérateurs vont, les uns directement aux plexus cardiaques Pl. c, les autres se détachent de Panneau de Vicussens, d'autres enfin émanent du ganghon cervical inférieur qui lui-même les a reçus du premier thoracique.
Quel que soit leur trajet au delà des ganglions du sympathique, ces nerfs ont etc