ANALYSE DES TRACÉS CARDIOGRAPHIQUES
Influence de la présence du sang sur l'action musculaire des ventricules. — Analyse des tracés cardiographiques recueillis sur les grands animaux. — Contradiction apparente entre les renseignements fournis par l'inspection du cœur et ceux que donnent les méthodes cardiographiques. — Identité de nature de la pulsation du cœur chez la grenouille et chez les mammifères. — Détermination graphique de la succession des mouvements des oreillettes et des ventricules chez l'homme.
L'examen des tracés cardiographiques montre que la pression du sang dans les différentes cavités du cœur passe par des phases très compliquées ; on est tout d'abord tenté de s'en étonner quand on se rappelle l'extrême simplicité de la courbe myographique du mouvement des oreillettes ou des ventricules, § 14. Dans les tracés de la pression du sang dans le cœur, il n'y a plus rien de ces courbes arrondies que donnait le muscle cardiaque isolé et travaillant à vide. Les différences de forme que présentent les tracés, suivant qu'on les recueille sur un cœur vide ou sur un cœur plein, tiennent à-ce que la présence du sang modifie beaucoup la nature des mouvements ventriculaires. D'une part, en effet, le ventricule subit un certain gonflement quand il reçoit du sang de l'oreillette §43 ; d'autre part, l'effort ventriculaire change à chaque instant, suivant les résistances qu'il rencontre pour pousser le sang dans les artères g 47.
Influence de la présence du sang sur l'action musculaire des
ventricules.
§ 59. — Nous avons déjà dit que tout muscle proportionne son effort aux résistances qu'il doit surmonter; le cœur agit à cet
égard comme tous les autres organes musculaires. Polissons un objet qui glisse sur un plan bien uni : l'effort développé par nos muscles sera régulier, mais si le corps que nous poussons doit être déplacé sur un sol raboteux, le mouvement se fera par saccades et nos muscles prendront, sous l'influence de conditions extérieures, une tension irrégulière; leur effort croîtra et décroîtra avec les résistances placées au-devant d'eux. Ainsi agit le cœur : si la force musculaire de ses cavités développe des efforts incessamment variés, c'est que les résistances qu'il éprouve sont incessamment variables. On a vu que, placé sous le levier d'un myographe (fig. 8). le ventricule d'une grenouille donnait des courbes très
Fig. 38. Tracé fourni par le myographe du cœur appuyé sur le ventricule d'une grenouille vivante.
simples à contours arrondis. En effet, la résistance que le muscle avait à vaincre était constante , c'était le poids du levier; il n'y avait donc, dans le mouvement, d'autres variations que celles qui tenaient aux phases de l'acte musculaire lui-même. Plaçons le même myographe sur le ventricule d'une grenouille vivante, nous obtiendrons une courbe d'un tout autre aspect (fig. 38), parce que ce ventricule agit sur du sang qu'il reçoit et expulse tour à tour, et que, d'une part, l'admission de ce sang se fait d'une manière saccadée, et d'autre part son expulsion rencontre des résistances irrégulières. L'expérience suivante fera bien ressortir la différence d'action du cœur, suivant qu'il est vide ou rempli de sang.
g 60. — Ne considérons, pour le moment, que ce qui se passe dans les ventricules de la grenouille, et pour bien mettre en ^ évidence le rôle du sang, supprimons-en l'abord par une compression des gros troncs veineux en amont des oreillettes. Bientôt le cœur se sera vidé et il présentera la courbe myographique simple que nous connaissons déjà (fig. 39, ligne ponctuée). Laissons maintenant rentrer le sang dans le cœur; aussitôt nous verrons chan-
CHAPITRE VII. 95 ger la forme des courbes. D'une part la réplétion du ventricule se ' traduira par une courbe ascendante r o qui se substituera à la pente descendante du relâchement musculaire; d'autre part, la fin de cette période présentera l'ondulation o qui dépend delà systole de l'oreillette et de l'arrivée d'une certaine quantité de sang dans le ventricule déjà rempli. La systole S du ventricule ne sera pas moins modifiée : nous y verrons la pression s'élever soudaine --
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39. Différence d'aspect des mouvements du , cœur de la grenouille suivant qu'il est vide de
sang (ligne ponctuée) ou que la circulation s'y 'yv^-**' effectue normalement (ligne pleine). S, durée de ^ tyv~-c-~{-<
la systole; r, réplétion diastolique du ventricule; , l^f***
o, systole de l'oreillette. rww ^
ment à un certain maximum où elle restera sensiblement station- ^ . naire jusqu'au retour de la phase de relâchement. Cette période 7^ de brusque élévation de la pression correspond au moment où "O^j les parois ventriculaires prennent leur point d'appui sur le sang qu'elles contiennent, et le compriment jusqu'à ce que le sang ail acquis une pression capable de soulever les valvules sigmoïdes • et de pénétrer dans l'aorte. A ce moment, comme dans une chau- ' dière à vapeur dont la soupape de sûreté se soulève, la pression / - ^~ cesse de monter dans le ventricule et même, en général, la courbe 1 s'abaisse du commencement à la fin de la période systolique, parce que le ventricule se vide et diminue considérablement de £. volume. Puis arrive le relâchement ventriculaire : la pression' tombe brusquement et la réplétion recommence. yufJ- Les effets de la présence du sang sur la forme du tracé ven-^~ triculaire sont très simples dans le cœur de la grenouille, où ce h • liquide se meut avec assez de lenteur, mais dans le cœur des grands animaux le phénomène se complique, ainsi qu'on le verra bientôt par l'analyse d'un tracé recueilli sur le cheval.
Analyse des tracés cardiographiques recueillis sur les grands animaux.
g 61. — Dès nos premières expériences, nous avons essayé, Chauveau et moi, d'interpréter les phases accidentées des changements de la pression du sang dans l'oreillette et dans le ventricule, ainsi que les ondulations qui traduisent ces changements
lations, nous avons invoqué l'action des
valvules, l'influence réci-
CHAPITRE VII. 97 proque des oreillettes sur les ventricules et des ventricules sur les oreillettes, l'arrivée brusque d'un flot de sang veineux dans les ventricules en relâchement, etc.
Les interprétations que nous donnions alors ont besoin d'être complétées aujourd'hui, mais il n'y a pas à relever d'erreur importante dans l'analyse qui a été faite des tracés cardiographiques dans la Physiologie médicale de la circulation du sang; ie conserverai donc le même plan pour celte analyse.
La figure 40 représente les tracés de la pression dans l'oreillette et dans le ventricule, ainsi que la pulsation du cœur, pendant quatre révolutions cardiaques successives. A leurs origines ces tracés sont formés de lignes ponctuées; mais ils seront analysés successivement et, à mesure que nous donnerons l'explication de chacune des inflexions des trois courbes, nous substituerons un train plein à la courbe ponctuée qui aura reçu son interprétation : de sorte qu'à la quatrième révolution cardiaque, tous les éléments de la courbe ayant été interprétés, le tracé sera formé par ^ une ligne pleine. F (^•run^
§ 62. Succession des systoles de l'oreillette et du ventricule- synchromsrne de la pulsation du cœur avec la systole ventricule. „ 7 N°,US avons vu PIus haul que le maximum de la pression '
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et nous savons déjà que les soulèvements o et „ correspondent
aux systoles des oreillettes et des ventricules. Ces systo es so Y<
séparées par un certain intervalle exprimé par l'écartement des '
lignes a et 6 qui, d'après l'échelle divisée jointe à ce Te Zurl *~
correspond environ à 2/10 de seconde. Le choc du cœ c^n Me
exactement avec le début de la systole ventnculaiie ca H *fc
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oie d une des cavités du cœur se traduit par une ascension de
courbe graphique , de même le relâchement ou diastole ce te cavité se traduit par une descente de la courbe No mesurerons donc (* révolution du cœur) les durées d s syst
marey, Circulation. .Y -unes
en les représentant par des lignes pleines. Or les phases de ces deux actes sont très diflérentes, la systole de l'oreillette ayant une durée brève, tandis que celle du ventricule présente une période d'état qui se traduit par une ligne horizontale'. Nous ' connaissons la cause de ce phénomène ; il tient, avons-nous dit, à ce que, les valvules sigmoïdes de l'artère pulmonaire étant ouvertes, la pression dans le ventricule droit se trouve limitée par ^vC«a'action de cette espèce de soupape de sûreté.
Quant au battement du cœur (ligne 3) il traduit, de la même ^manière, son début et sa fin par une ascension et une descente plus brusques que tous les autres mouvements représentés sur cette courbe. Le début du battement se trouve, avons-nous dit, sur la même ligne verticale que celui de la systole ventriculaire ; t flU^T *f on V0it d'autre part que la courbe présente un abaissement brus- ^W*~/que au moment de la fin de cette systole: Ce synchronisme prouve bien que le battement cardiaque est intimement lié à la systole *X^>/." des ventricules, car il en a exactement la durée.
On pourrait toutefois s'étonner de voir qu'à partir du point c (summum de la pulsation cardiaque), la courbe descend graduellement, tandis que cela n'arrive pas pour celle de la pression du sang dans le ventricule. Cet abaissement, beaucoup plus lent que celui qui accompagne le relâchement final du ventricule, va trouver-son explication.
g 64 Nature du battement oupulsalion cardiaque et en général des différentes pressions que les ventricules exercent contre les parois thoraciques aux différents instants d'unerévolution du cœur. -Parmi les différents mouvements du cœur.son battementcontrelesparo.s de la poitrine est un de ceux dont la nature a été le plus discutée. Le nom de choc du cœur tend à propager une erreur que Magendie surtout à cherché à soutenir. Cette erreur consiste à croire que le ventricule vient battre contre les parois thoraciques dont il s'éloignerait et se rapprocherait alternativement. La torsion de la nointe du cœur et son impulsion contre la paroi n'expliquent pas mieux cet effort puissant qui, chez les grands mammifères est capable de soulever un poids de plusieurs kilogrammes que 1 on appliquerait sur les ventricules.
,. Nous négligeons, pour le moment, les petites ondulations qui s'observent pendant cette pcriodc d'état.