CHAPITRE VII
Contradiction apparente entre les renseignements fournis par l'inspection du cœnr et ceux que donnent les méthodes cartliograp biques.
§ 71. — La vue ne nous renseigne que sur les changements de volume, que présente chacune des cavités du cœur, suivant qu'elle se vide ou se remplit. Les tracés cardiographiques, au contraire, nous révèlent l'état de systole de chacune des cavités du cœur, d'après l'augmenlalion de la pression que le sang y éprouve sous l'effort systolique; l'état de diastole, par la diminution de la pression du sang dans la cavité explorée'.
Il y a donc alternance complète entre les augmentations de la pression et celles du volume des cavités du cœur. Or, si l'on examine le ventricule d'une grenouille, on sera frappé de l'importance que présente à la vue le gonflement énorme de ce ventricule en relâchement, tandis que l'effort énergique de la systole ventriculaire passera presque inaperçu. C'est le brusque gonflement du ventricule du cœur qui a paru aux observateurs constituer l'acte important de la révolution cardiaque, et c'est à ce gonflement qu'ils ont rapporté la pulsation du cœur de la grenouille. De telle sorte que les partisans môme de la théorie d'Harvey ont pu croire
1. Si l'on ne considérait que l'action ou le repos de chacune des cavités du cœur, en faisant abstraction des influences réciproques de l'oreillette sur le ventricule et du ventricule sur l'oreillette, on arriverait à celte conclusion, que les augmentations de pres- •s.on coïncident toujours avec les diminutions de volume et les diminutions de pression avec les augmentations de volume. En effet, toute cavité du cœur se vide pendant la systole et s'emplit pendant la diastole. Mais on a vu que pendant la diastole de l'oreillette, e ventricule se gonfle légèrement par l'abord du sang qu'il reçoit, et que, d'autre part, la systole du ventricule, soulevant à l'intérieur de l'oreillette les valvules auriculo-vcntriculaires, y comprime le sang et produit nécessairement un léger gonflement des oreillettes. °
Il y a donc, pour chaque cavité du cœur, des changements de volume de deux sortes, . les uns dépendant de l'état des parois de ces cavités elles-mêmes, les autres résultant d une influence extérieure : l'action de la cavité voisine.
Or, il est à remarquer que les changements de volume de chacune des cavités du cœur qui correspondent à la systole ou à la diastole de ces cavités sont en discordance avec es changements de la pression : c'est-à-dire que pendant que la pression monte, le volume diminue. Au contraire les changements de volume que les cavités du cœur empruntent à une cause étrangère à leur action propre ne sont point en contradiction avec les changements de pression. Ainsi, le ventricule augmente à la fois de pression
de vo urne par la systole de l'oreillette ; l'oreillette augmen.e également de près „
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que, par une exception singulière, la pulsation du cœur de cet
animal était diaslolique.
Nous avons vu qu'en plaçant le cœur d'une grenouille vivante sous le myographe (fig. 16), ces deux effets, de gonflement et de durcissement du ventricule, se traduisent tous deux, mais avec des valeurs bien différentes : le gonflement du ventricule produit par la systole de l'oreillette, gonflement si important à l'œil, se traduit dans le tracé par la faible ondulation o, tandis que le durcissement systolique du ventricule provoque le grand mouvement du levier qui reste soulevé en S pendant toute la durée de la systole (fig. 38).
Le tracé de la pulsation du cœur de la grenouille contient donc tous les éléments essentiels qu'on observe dans la pulsation du cœur d'un mammifère, et la grenouille n'a pas un mode paradoxal de circulation.
On peut en donner la preuve en inscrivant à la fois, sur le cœur d'une grenouille, la pulsation des ventricules et celle des oreillettes. Les oreillettes ont en effet leur pulsation propre, car elles se durcissent pendant leur effort systolique moins énergiquement que les ventricules, mais d'une façon analogue.
Identité de nature de la pulsation du cœur chez la grenouille
et clieas les mammifères.
3 72 -Appliquant en même temps deux légers leviers, l'un sur l'oreilletted'unegrenouilleetl'autresurleventricule,François-Franc^
1, Les deux leviers 0 et V (fig. 41) reposent l'un sur l'oreillette, l'autre sur le ventri-
.= a. îwilletle et du ventricule sur le cœur d'une Fig. 4L inscription ^^"IZTcl Qgure que le cœur isolé, pour nnieux «outrer , grenouille vivante. (On n a îepiesom.,.
place des deux myographes.)