CHAPITRE XI
l'excursion du mercure, en faisant que le mouvement se passe presque tout entier dans une seule des branches. Cet appareil est représenté sous le numéro 2, figure 81. D'un large flacon plein de mercure se détache une colonne manométrique verticale; la pression est amenée, par un tube afférent, à l'intérieur du flacon où elle agit sur le mercure. Grâce à l'étendue considérable de la surface du mercure contenu dans le flacon, le déplacement est négligeable de ce côté et se produit presque exclusivement dans la branche ascendante. Les choses se passent comme pour un baromètre muni d'un réservoir à large surface1.
Fig. 81. Différentes espèces de manomètres. 1. Manomètre de Poiseuille ; - 2. Manomètre de Guettet; - 3. Manomètre compensateur.
Manomètre compensateur. — Les oscillations du mercure des manomètres ne traduisent pas fidèlement les variations de la tension artérielle ; elles en accroissent ou en diminuent l'amplitude, suivant que la période des variations de la teasion artérielle est ou non en rapport avec celle des oscillations propres du manomètre. Il ne faut donc pas compter sur la valeur absolue des indications manométriques, mais plutôt sur leur valeur moyenne ; on peut obtenir celle-ci avec une grande exactitude au moyen de l'instrument suivant.
Le n° 3, figure 81, représente un manomètre à large réservoir, comme celui de Guettet, mais dont la colonne présente, à son
1. C'est ce manomètre qu'a employé Magendie el qu'on désigne souvent sous le nom de cardiometrç de Magendie.
origine, un rétrécissement qui ne permet pas au mercure d'exécuter des mouvements rapides. La colonne de l'instrument reste presque immobile entre les maxima et les minima des oscillations; elle en prend exactement la moyenne. Cet instrument (fig.82), que j'ai appelé manomètre compensateur, est d'un emploi assez commode,
surtout à titre de contrôle des manomètres inscripteurs, dont nous parrons bientôt.
L'avantage du manomètre à mercure est qu'il rapporte à une unité commune la pression observée dans des circonstances différentes et permet d'intéressantes comparaisons.
Ainsi, en mesurant la tension dans les artères d'animaux de différentes espèces, Poiseuille et ses successeurs ont trouvé des valeurs assez peu éloignées les unes des autres, malgré des différences énormes dans la taille des animaux en expérience. D'après ces auteurs, il faut admettre que les grands animaux, tels que le cheval, n'ont pas une pression artérielle très supérieure à celles des petits comme le lapin, le coq, le pigeon ; la même valeur appartiendrait également à la pression du sang chez les animaux d'une taille intermédiaire entre ces extrêmes '. Cela n'a rien qui choque la raison, car on peut supposer que pour faire circuler le sang dans des réseaux capillaires d'étroitesse à peu près pareille il est besoin, quelle que soit la taille de l'animal, d'une force à peu près égale. Mais, d'après tous les auteurs, ce qui varie beaucoup, c'est la valeur de la pression sur un même animal lorsqu'on fait varier les conditions de la circulation du sang.
Fig. 82. Manomètre à double colonne: l'une oscillante, à gauche; l'autre compensatrice, à droite.
1. Kries, Ueber die Bcsiimmung des Mitteldruckes dwrch dos Quecksilbermanometer. {Aus der pliysiologischen Anslall au Leipzig).
Dans un récent travail (Cours de médecine expérimentale, De la tension artérielle chez les vertébrés. Bordeaux, 1880) Jolycl. a donné des mesures comparatives de la
CHAPITRE XI. 171 Nous insisterons, dans le chapitre XII, sur les causes et le mécanisme de ces variations.
Décroissance «le la tension «les artères à mesure qu'elles sont plus «-loignées du cœur.
I 107. — Il est difficile d'évaluer avec précision la hauteur du manomètre appliqué aux artères; aussi, de légères différences dans la valeur moyenne de la pression échappent-elles facilement à l'observateur. C'est ce qui est arrivé à Poiseuille qui a cru que la tension moyenne était la même pour toutes les artères du corps. Une telle égalité serait incompalible avec la progression du sang qui, en se portant du cœur vers la périphérie, prouve bien que la pression est plus faible dans les parties éloignées du cœur. Du reste, d'autres physiologistes ont prouvé expérimentalement cette décroissance de la pression ; Cl Bernard a même imaginé, pour en démontrer l'existence, un instrument qu'il appelle manomètre différentiel : c'est un manomètre en U sur chacune des branches duquel on fait agir la pression d'une des artères que l'on veut comparer entre elles. Si les pressions sont inégales, le mercure se porte du côté de la pression la plus faible.
L'erreur de Poiseuille est, du reste, facile à expliquer; s'il a pu croire que la pression ne décroît pas du commencement à la fin du système artériel, c'est qu'elle décroît, en effet, très peu dans ce trajet. La raison en est dans l'importance prédominante des résistances que le sang éprouve dans les capillaires, c'est-à-dire en aval des artères auxquelles le manomètre a été appliqué. On a vu, § 8, comment agit un obstacle placé sur le trajet d'un conduit pour élever la pression derrière lui et en diminuer la décroissance.
tension artérielle chez des animaux de classes différentes. Nous rassemblons, dans le tableau ci-dessous, le relevé des chiffres obtenus par cet expérimentateur :
Poisson, anguille Qm1Qbb
Grenouille 0m 030
Tortue. 0m,030
Couleuvre à collier •*'... 0°" 070
Canard et autres oiseaux 0m 140
Jeune chien 0mJ120
Cobaye O^OQO
Cheval , 0m,109
Lapin 0m,09o
liât 0ra,092
DE LA CONTRACTILITE DES ARTERES.
£ 108. — La conlractilité des artères avait été entrevue par les , médecins des siècles derniers, mais la plupart d'entre eux en , avaient mal compris les effets et n'en avaient pas démontré l'existence. C'est à J. Huntcr1 qu'est due la première démonstration de la contractilité artérielle. L'illustre chirurgien anglais mesura même le degré de contractilité des artères dans les différents points du corps et arriva, par l'expérimentation directe, à montrer I que toutes les artères ne sont pas pourvues au môme degré de la contractilité.
J. Hunter remarque d'abord que si l'on prend une artère d'un animal qui vient d'être tué par hémorrhagie brusque, on trouve que ce vaisseau est d'un très petit calibre. Si l'on coupe cette artère en tronçons, et si l'on soumet chacun d'eux à une distension forcée, ils ne reviennent plus à leur calibre primitif, mais restent élargis. J. Hunter conclut qu'en dilatant les artères on supprime] les effets de la contraction de ces vaisseaux et que ceux-ci! prennent, en vertu de leur élasticité même, un calibre moyen\ pour lequel cette élasticité est au repos.
Considérant comme un effet de la contractilité le resserrement des artères au-dessous du calibre moyen, J. Hunter reconnut, par des expériences comparatives , que cette contractilité est très faible dans les gros troncs artériels, mais devient de plus en plus prononcée à mesure qu'on observe des vaisseaux plus éloignés du cœur.
a 109. Distribution de la conlractilité dans le système artériel. — Une répartition inégale de la contractilité dans les différents points du système artériel s'accorde parfaitement avec ce qu'onl va voir de la fonction des différents ordres de vaisseaux.
Les premières parties du systèmes artériel ne possèdent guère que l'élasticité ; aussi ne font-elles que régulariser le cours du sang, en atténuant plus ou moins les saccades produites pari l'action intermittente du cœur. Mais les branches terminales du] système artériel ont une autre fonction, celle de régler la quanj
\. J. Hunter, Traité du sang et de l'inflammation, trad. de Richelot. chap il.