CHAPITRE III Commerce avec les Pays étrangers
Nous avons déjà établi qu'avant la conquête le commerce extérieur de l’île était en grande partie
entre les mains des étrangers, particulièrement des Anglais, des Américains et des Allemands. L'application du régime douanier métropolitain établit la suprémälie incontestée du commerce français qui bénéficia du régime de la porte ouverte. Aussi le commerce avec l'étranger représentait à peine, d'après le tableau annexe: N° 3, en 1900, aux importions 4 millions sur 40 et aux exportations 3 millions sur 10. En 1910 la proportion restait analogue : pour
les importations, 4 millions sur 33 ; aux exportations les gros achats de l’Allemagne faisaient ressortir.
15 millions pour le commerce étranger sur un total de 45 millions. La guerre ayant éliminé la concurrence allemande a surtout développé la part des pays situés dans l'Océan Indien. En 1920 les étrangers ont importé 65 millions de produits sur un total de 279 millions et Madagascar, qui a exporté en tout 235 millions, leur en a livré pour 45 millions.
Tant que le régime douanier persislera, les proportions resteront à peu près semblables. Le principe de la franchise des échanges franco-malgaches ne parait pas devoir èlre abandonné; la création de droits sur ces échanges, envisagée au Congres Colonaial de Marseille en 1906, n'aurait qu'un intérêt fiscal qui est déjà réalise par la création de taxes de consommation frappant tous les produits importés sans distinction d’origine. La seule modification intéressante et opportune serait,non l'autonomie douaniere, permettant à la Colonie d’élablir ses taxes sur tous les produits, même métropolitains, mais la personnalité douanière, préconisée au Congres de l'Afrique Orientale de 1911 et permettant à la Colonie d’avoir des tarifs particuliers pour le commerce avec les pays
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étrangers, spécialement avec les pays riverains de l'Océan Indien.
Apres une étude étendue du problème, ce Congrès émit le vœu suivant: | | |
« Le Congrès de lAfrique Orientale are pour Madagascar aux principes votés par les Congrès Coloniaux de Marseille 1906, Bordeaux 4907, Paris (Anciennes Colonies) 1909, et qui sont :
a) Etablissement de la personnalité douanière pour chaque colonie ; Ù
b) Revendication par la colonie des mesures
qu’elle juge les plus propres au développement de sa richesse :
c) Octroi de ces mesures par la métropole dans des conditions sauvegardant son droit de souve aineté et ses intérêts ; \
d) Fixation d’une durée de douze années pour le régime ainsi établi. |
« Et, faisant application de ces régimes à Madagascar, il demande:
a) Que la franchise de droit de douane accordée à Madagascar aux produits de la Métropole ait pour conséquence l'entrée en franchise sur le territoire national des produits de Madagascar ; que les taxes frappant à Madagascar les produits étrangers constituent pour la Métropole une situation de faveur n’allant pas jusqu’à la prohibition ;
b) Qu'en raison des voisinages de Madagascar et de la nature de ses produits, il soit tenu tout spécialement compte, dans les négociations de là Métropole avec les pays étrangers, des intérêts de la Grande Ile au point de vue de ses exportalions ;
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4° Que les droits existant sur les produits étrangers à leur entrée en France. par exemple le manioc, soient intégralement maintenus ;
o° Que l'outillage ag D CE industriel soit exemple de tous droits d'entrée. ».
Ce régime paraît répondre aux besoins actuels ; il aurait l'avantage de maintenir la sorte d'union douanière qui existe avec la Métropole et de donner à4a colonie une indépendance nécessaire vis-à-vis de ses clients et de ses voisins. La question qui ne pouvait être agitée pendant la guerre, va être reprise par les Congrès qui doivent se tenir à Tananarive en 1923 à l’occasion de la foire commerciale et auxquels participeront dès représentants des pays étrangers voisins. L'opinion locale est très favorable 4 la personnalité douanière ainsi comprise qui lui permettrait de réaliser une expansion commerciale intéressante dans l'Océan Indien.
S I —, Pays d'Europe
Quels sont actuellement les courants d'échange de la Grande Ile d’une part avec les pays européens et d'autre part ave les pays qui l’avoisinent. |
L'Angieterre a eu longtemps la prééminence dans le commerce de Madagascar. Ceci s'explique : 4° par l'action politique très énergique qu'elle a suivi dans l’île dès 1825, particulièéremont sous la direction de Sir Farquhar, gouverneur de Maurice; et 2° par l'action connexe des missions protestantes et anglicanes protégées officiellement par la monarchie hova. Aussi avant la conquête l'Angleterre effectuait plus de la moitiè du commerec del'ile: les importations de cotonnades lui revenaient du reste normalement du fait de sa production bon marché; elle partageait
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néanmoins ce trafic avec les Etats-Unis dont la production de toile écrue dite Cabot correspondait aux préférences des indigènes.
Après 1895, le commerce britannique proprement dit (sans tenir compte des colonies anglaises), n’a assuré qu'un faible courant d'importation, un trentième du chiffre total en 1900, un quarantième en 1910, un vingtième en 1920 (10 millions). A cette date on note parmi les articles importés à peine une centaine de tonnes de houille et de ciments ; 350 torines de métaux ouvrés ou machines,.et surtout 240 tonnes de tissus comprenant principalement des cotonnades teintes et imprimées et des sacs de jute.
Les exportations directes sur l'Angleterre, presque nulles en 1900, ont au contraire suivi un accroissement régulier, 3 millions en 1910, 20 millions en 4920. En 1920 les éléments de ce commerce croissant sont les peaux (1.600 tonnes), les viandes et graisses (500 tonnes), le manioc (8.000 tonnes), et surtout les pois du Cap (7.000 tonnes) sortes de gros haricots, tres | recherchés en Angleterre, et qui au contraire trouvent assez difficilement preneur en France. Enfin Ja Grande-Bretagne achète près de 1.000 tonnes d’écorces tannifères jadis drainées entièrement par lPAllemagne ; elle reste, malgré les exploitations de Ceylan un des meilleurs clients des graphites malgaehes (4.500 tonnes). DDR
Mais si le commerce anglais ne représente qu'un total de 30 millions en 1920, les relations avec la place de Londres sont beaucoup plus importantes en réalité car une grosse partie des transactions avec les colonies anglaises (transactions atteignant près de 65 millions) se règle par la Métropole. En outre la colonie britannique de Madagascar comprend 132 anglais
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métropolitains et 1492 anglais des colonies abstraction faite des indiens: il est vrai que ces chiffres comprennent au moins 1000 mauriciens qui sont français de cœur. Néanmoins ce groupement britannique, qui a
formé une Chambre de Commerce active, a une grosse influence à Madagascar, surtout par l’action des missions religicuses qui, à défaut d’hostilité politi-
que, entretiennent une rivalité confessionnelle active. Les Etats-Unis d'Amérique, depuis la guerre, viennent au troisième rang dans les statistiques commerciales, abstraction faite des pays situés dans l'Océan Indien. Les relations directes avec l'Amérique sont d'extension récente : le placement des toiles écrues d'Amérique dites cabot avait été en effet provoqué par les importateurs anglais qui ne produisaient pas cette catégorie de cotonnade à des prix aussi avantageux. La création d’une mission protestante américaine, disposant de grandes ressources, et l'installation d’un consulat américain à Tananarive, ont entrainé le développement des importations américaines de 300.000 francs en 1910, à 9 millions en 1920, et ces relations sont encore susceptibles d’accrois-: sement malgré l'éloignement ‘de ce marché. Les Etats-Unis en 1920 ont vendu principalement dn pétrole et des essences (950 tonnes), des IÉtAUX, machines et articles de ménage (230 tonnes), pour une valeur totale de 5.898.000 francs. Ils ont acheté pour 3.096.000 francs de produits notamment 2.000 tonnes de pois du cap, autant de graphite.
Avant la guerre le commerce de l'Allemagne était beaucoup plus important que celui de FAngleterre et des Etats-Unis. Grâce à une organisation méthodique de factoreries puissantes et de bonnes lignes de navigations, dont les navires étaient munis d’un matériel
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de batelage pour opérer jusque dans les petits ports de la côte, l'emprise allemande devenait inquiétante à Madagascar tout comme sur la Côte Occidentale d'Afrique. En 1900, l’ensemble des opérations avec l'Allemagne élait d'environ 2 millions, en 1910 i, atteignait 10.393.000 d’exportalions contre des impor tations presque nulles 536.000 ‘rancs, Il faut avouer que les grosses exportations de manioc, d'écorces tannifères, de guano, faites sur l'Allemagne, ne portaient nul préjudice au commerce local. Mais les trois grandes sôciétés Soost et Brandon, Oswald, Deutch Ost Africa, s'installaient solidement, possédaient des plantations et réalisaient de gros bénéfices sur les ventes de produits anglais ou français. Elles auraient certainement développé peu à peu leurs importations nationales. Toutes ces maisons ont été séquestrées et le commerce allemand ne figurait aux statistiques de 1920 que pour 116.000 francs. Mais en 1921 il atteint déjà 940.000 francs. Il est à prévoir que nos ennemis reprendront au moins leurs achats de produits bruts et ces opérations seront difficilement entravées.
Il faut du reste rapprocher de ce commerce aliemand celui de la Suède, de la Norvège et de la Suisse. Les deux premières nations sont en relations régulières avec Madagascar par les bateaux de la Compagnie Scandinave de Navigation ; les norvégiens ont installé dans le centre et le sud de l’île des missions protestantes actives et riches. Il y avait dans la colonie, en 1921, 154 norvégiens dont 51 dans la Province de Fort Dauphin. Leur commerce qui ne dépasse pas 400.000 francs en 1920 paraît devoir se développer. À la même date le commerce suisse en progres rapide s’'inscrivait avec 425.000 francs d’importations et 308.000 francs d’exportations.
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Nous noterons encore, en dehors des chiffres donnés par le tableau N°3, les liens commerciaux cxistant entre la Grèce et Madagascar. Ils résultent moins des produits envoyés que du mouvement d'émigra- tion portant des commerçants grecs dans la Grande Ile. Celle-ci constitue le terminus sud de cette importante colonisation commerciale hellénique qui.a son centre sur toute les rives de la Méditerranée etqui s'étend sur la côte occidentale Gt orientale d'Afrique. On compté actuellement 313 sujels helléniques pres-
que tous épiciers ou marchands d'alcool. Leur sobriété et leur sens commercial leur permettent presque de rivaliser avec lesindiens et {es chinois. Mais ils gardent moins que ces derniers le désir de se retirer
dans la mère patrie et lout en conservant des attaches
en Grèce la plupart tendent à se fixer à Madagascar et à demander leur naturalisation française.
= Nous devons considérer de même ici en dehors dé la zone de l'Océan Indien; les échanges entre Madagascar et l'Algérie, qui peuvent sc faire directement par certains vapeurs Ge la Havraise Péninsulaire. L'Afrique du Nord a expédié, en 1920, 40 tonnes’ de tabac et prés de 600 hectos de vins; ce trafic paraît devoir se développer. Madagascar pourrait fournir directement à l'Algérie et à la Syrie où relâchent parfois des navires venant dans la Grande Ile, des viandes, du riz, du manioc pour le bétail et des légumes secs. L'existence de relations maritimes doit créer un mouvement commercial.
S I. — Développement des échanges dans l'Océan Indien
L'ensemble de ces relations de Madagascar avec les pays européens paraît devoir rester stationnaire et bien inférieur à celui effectué avec la métropole; il
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