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Nous avons vu qu'un arrêté en date du 45 septembre 1916, avait déjà établi des sanctions efficaces contre les indigènes qui feraient une différence entre le billet et les piastres. |
Ainsi consaerée législativement, comme à regret,
la circulation du billet s'étendit en faitavec une faci-
lité remarquable. Parmi les éléments européens et
indigènes des villes les billets avec leurs petites cou-
pures cireulèrent intensément: le billet de 5 francs correspondant à la piastre était accepté sans difficulté, mais était remis presque immédiatement en circulation. C'est surtout dans les transactions sur les bœufs, si importantes à raison de la fabrication des conserves, que la piastre resta longtemps indispensable. Les
indigénes de l'Ouest et du Nord-Ouest, de mœurs
pastorales et primitives, éloignés de tout centre civi-
lisé, maintinrent longtemps en fait des prix différents selon qu'ils étaient payés en écus ou en papier.
À partir de 1916, les fonctionnaires furent pavés de préférence en billets. De même, dès 1917, on constata la diffusion générale de la monnaie fiduciaire par ce fait que l'impôt fut presque uniquement payé en papier. Dans les transactions privées des 1918, le billet était seul pratiqué, et ce n’est qu'en 1922 que les piastres reparaissent, les indigènes n’ayant plus de billets en réserve.
Il est difficile de suivre très exactement dans la comptabilité de guerre, le chiffre des envois de billets faits par le Ministère des Finances. Les dépenses militaires se sont élevés à 10 millions en 1915, 14 millions en 1916, 19 millions en 1917, pour fléchir ensuite et atteindre leur maximum en 1920 avec le chiffre de 25 millions. En outre, les caisses publiques assuraient Je paiement de très importants achats de matières
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premières (graphite, viande, peaux) pour le éompte des divers ministères (ravitaillement, armement et fabrications de guerre). Toutes ces sorties de numéraire sans aucune entrée de ressources en compensation étaient alimentées par des envois de billets de là métropole.
Le total des billets ainsi envoyés au Trésorier: Payeur, s’élève à 66 millions pour la période de 1916 à 1919 et 7 millions seulement de 1920 à 1922.
Pendant cette dernière période, les dépenses du budget local en France ont, en effet, créé un mouvement Compensant en partie les dépenses de l'Etat, grâce à la passation d'importantes commandes. En outre, les versements aux emprunts de la métropole sont venus renforcer l'encaisse du Trésor.
On peut donc considérer que soixante-dix millions ont été introduits par le budget colonial. En sens. inverse, le Trésor n'a jamais rapatrié de billets en France, sauf pour cause de détérioration (1.500.000 fr.).
Les mouvements effectués par les particuliers et les banques restent plus indéterminés. Ils sont directement en fonction des besoins du commerce. Or, la balance commerciale a eu pendant la guerre des oscillations considérables accusant, par exemple, un excédent d’importations de 50 millions en 1917, contre un excédent d'exportation de 78 millions en 1919. Le Trésor qui peut se charger uniquement des fonds qui correspondent à ses besoins, ne pouvait consentir des virements de celte importance avec la caisse centrale de France. En même temps, des installations perfectionnées d'usines frigorifiques ou’ de conserves, et d'exploitations de graphite provoquaient l'importation de capitaux importants,
En sens inverse les exportations de valeurs et de numéraire étaient diminuées ; les bénéfices n'étaient guère transférés sur France, vu l'incertitude des temps et élaient consacrés de préférence sur place à de nouvelles entreprises ou immobilisations. Les fonctionnaires et les colons prolongeaient leurs séjours et conservaient à la Colonie leurs économies accrues par l'absence du congé habituel.
Les évaluations des billets en circulation données
par le service du Trésor et par les hauts commerçants, notamment lors des congrès économiques de 1919 et 1920, ont varié de 80 à 120 millions de francs. Il semble qu’en 1920, ce dernier chiffre était très près de Ja vérité. Mais la balance défavorable de.1921, la diminution des dépenses militaires, l’augmentation des achats de matériel dans la métropole, la reprise des envois de bénéfices et d'économies en France, ont “entrainé une diminution tres sensible de ce stock. Les - banques et Jes particuliers ont rapatrié des sommes considérables en billets. I] paraît donc logique d’adopter pour 1922, le chiffre de 80 millions comme un maximum. une Ilest intéressant de noter deux particularités locales de la circulation des billets de banque. En raison de l'éloignement de l'établissement émetteur les billets peuvent difficilement être échangés entre eux, soit lorsqu'ils sont usagés (et ec fait se produit encore plus vite qu'en France, à raison des manipulations par les indigènes), soit lorsque leurs coupures trop élevées ou trop faibles ne correspondent pas à l'importance des règlements à effectuer.
Sur le premier point les banques privées ne peuvent sans courtage supporter les frais de rapatriement de billets détériorés, et il y a intérêt à ce que le cré-
dit qui s'attache à ces valeurs ne puisse être atteint par des refus difficilement explicables aux indigènes. Une décision du Gouverneur Général en date du 10 mars 1920 à prescrit que les billets usagés seront reçus par les caisses du Trésor quel que soit leur état, exception faite pour les billets faux, frauduleusement altérés ou dont le numéro de série aurait été enlevé. Elle prévoit que les coupures qui ne seraient pas acceptées au remboursement par la Banque de France par suite de leur état trop défectueux resteront à la charge du budget local. En 1920, le Trésor renvoyait en France, 1.055.000 fr. de billets détériorés. Le total des rapatriements de billets ainsi effectués ne dépassait pas 1.500.000 fr. en juillet 1922. Mais il doit s'accentuer du fait de l'usure rapide des billets de 5 fr. qui dominent nettement dans la circulation. — Quelle est actuellement la proportion des différentes coupures en circulation ? — On a remarqué très vite une aversion irréductible des malgaches pour les billets de 10 et 20fr. Aussi le billet de 5 fr. a été importé de préférence alors que les grosses coupures, employées pour les chargements, disparaissent de Madagascar. Les rapatriements de fonds importants ne peuvent, en effet, s'effectuer que très lentement par mandatspostes, leur maximum étant de 500 francs. Les lettres chargées, au contraire, peuvent être envoyées jusqu’à 10.000 francs. Aussi, voit-on la circulation entièrement salurée de billets de 5 fr. maniés en liasse et des paiements de centaines de mille francs effectués par sacs de petites coupures. Alors qu'en 1920, l’encaisse du Trésor avait une proportion normale de 1/3 en grosses coupures, 2/3 en billets de 5 fr., en 1921, la proportion était de 1/20° en grosses coupures, 19/20° en coupures de » fr. Les Banques ont été ihvitées à
restreindre tout envoi de grosses coupures sur France. Mais le vrai remède consisterait dans l'élévation à 10.000 fr. du maximum des mandats postaux et télégraphiques, instomment demandée par ies commerçants et l'Administration locale : on diminuerait ainsi les envois par lettres chargées. |
S 3. — Les Billets locaux
Madagascar a ignoré jusqu’à ce jour l'émission des bons de caisse dont les anciennes colonies ont fait le plus grand usage pendant les périodes de crise et dont les colonies d'A. O. F. ont fait de grosses émissions depuis la guerre.
Ces bons de caisse, Soit en papier, soit métalliques, sont employés en temps de déséquilibre commercial pour ‘empêcher la sortie du numéraire en circulation et préserver l’encaisse métallique des banques coloniales. Ils représentent généralement des valeurs minimes, 0,50 et 1 fr. et leur émission est réglée par arrêté du Gouverneur. Avant toujours cours forcé, ils n’ont cependant pas à craindre de dépréciation, car ils sont représentés par une somme égale en numéraire mise en réserve dans la caisse du trésorierpayeur. Ils sont admis dans les caisses des Banques d'émission comme du numéraire et servent à rembourser les billets, si le cours de ceux-ci n'est pas forcé. Le numéraire argent reste caché, soit à la Banque, soit au Trésor, et n'est remis en circulation qu’après la crise. Ainsi, on a une sorte de monnaie intérieure s’adaptant aisément aux besoins locaux, soustraite aux influences du change et, seules, les Banques et le Trésor publie peuvent, en pratique, effectuer sur l'étranger des transactions en métal
précieux.
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Le déséquilibre des transactions se corrige dans ce système par la modification du taux des remises de France aux colonies et par l'élévation du change de mandats-postes ou des traites sur le Trésor. Il est certain que du jour où Madagascar aura un billet de banque particulier, elle sera obligée en temps de crise, de recourir à ce système, qui, du reste, a été anciennement appliqué dans le territoire de Nossi-Bé depuis le décret du 27 août 1883 jusqu'à celui du 28 janvier 1896, rattachant toutes les dépendances au territoire de la Grande Ile.
Cependant, nous avons à signaler, à défaut de bons de caisse, une situation bien rare: celle d’une caisse publique autorisée à émettre du papier-monnaie et qui dédaigne cette facile ressource. En effet, par décret du 17 septembre 1914, qui n’a jamais été abrogé, la Colonie a été autorisée à émettre 7 millions de bons de 5 fr., 2 millions de 10 fr., 1 million de 20 fr., soit au total, 10 millions de francs. Ces billets devaient parer aux retraits de numéraire et leur émission était garantie par les fonds de la caisse de réserve spécialement affectés et comprenant alors 8.585.374 francs en titre et 1.414.525 fr. 40 en numéraire. Mais la crise ne fut pas aussi rapide qu’on le craignait et la cireulation des billets français déjà abondante avant le: décret de 1916, rendait inutile cette double circulation qui eut peut-être inquiété les indigènes. Aussi, voyôons-nous que le texte de 1914 autorisant ces bons, a été promulgué seulement le 29 mars 1917, M. Merlin étant gouverneur général. Un arrêté du 30 mars suivant dispensait le Trésor de rembourser ces bons. Toute cette législation reste en vigueur. mais son application est nulle; les billets sont fabriqués, mais les collectionneurs même ne peuvent en avoir, car
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