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rare
-mum de 200 fr. par personne contre des billets ou des écus. La possibilité de limiter cet échange aux écus avait été envisagée, mais écartée, de façon à éviter toute idée de prime avec les billets. Ces échanges étaient réservés aux commerçants européens ou indigènes patentés, aux exploitants agricoles, industriels ou miniers et aux européens pour leurs besoins domestiques. Des circulaires appelaient l'attention des corps constitués sur l'opportunité de n'’utiliser le numéraire ainsi donné que comme monnaie d'appoint et non comme moyen de paiement et de n’immobiliser aucune quantité de monnaie divisionnaire. En vue de faciliter les petites transactions dans les marchés et foires et supprimer tout prétexte à immobilisation ou accaparement de monnaie divisionnaire, des bureaux de change étaient organisés sur les principaux marchés; les petits commerçants recevaient au maximum 95 fr. de monnaie, et en fin de journée devaient reverser ce qu'ils avaient reçu en excédent de leurs besoins immédiats sous peine de l'application des peinesde l’indigénat (arrêté du 15 septembre 1916).
Néanmoins ces efforts de l’administration restèrent inefficaces. Par décision du 12 septembre 1916, fut adoptée une mesure à la fois simple et hardie qui permettait de résoudre la crise de petite monnaie, et qui actuellement encore assure des échanges faciles dans toute l’île. Cette décision autorisait les caisses des receveurs des postes de la Colonie à mettre en circulation des timbres-postes collés sur du carton en remplacement de monnaie divisionnaire.
Les bureaux furent rapidement en mesure de délivrer au public, contre des coupures de la Banque de France ou des écus de 5 fr., des timbres-postes de 2 fr, O fr. 50, 0 fr. 25 et 0 fr, 10. La mesure était
étendue. par décision du 4 décembre 1916 aux timbres de 1 fr., etle9 mars 1917 aux timbres à 0,05. Ces timbres étaient collés par les soins de l’Imprimerie Officielle sur un carton fort portant une vignette qui fat d’abord un chien, puis un zébu. Les Malgaches épris de désignations concrèles el imagées appellent cette monnaie vola alika (argent chien). La mesure fut accueillie avec empressement par tous et permit aux opérations commerciales et surtout aux achats quotidiens de s’exécuter sans ces discussions el ces difficultés dont le publie métropolitain gardera longtemps le souvenir. En fin décembre 1916, la cireulation s'élevait à 180.000 fr. environ. |
Mais elle atteignit vite des chiffres plus considérables. le reste de la monnaie divisionnaire ou de billon étant chassé par cette monnaie de carton. Le 18 décembre 1919, une décision portait à 2.500.000 fr. le chiffre d'émission des timbres-monnaie. Cette somme constitue sensiblement le maximum de la circulation de ces timbres-monnaie, car depuis lors la Métropole a envoyé de fortes quantités de billon et de nickel. Mais cette bonne monnaie est chassée aussi par la mauvaise, eten 1922 les timbres continuent à former la base de la petite circulation dans la capitale. Dès le début, le principe a êté posé que les timbres étaient remboursables par valeurs globales d’au moins 5 fr. dans les caisses des receveurs qui les émettaient. Pratiquement cette clause ne s'applique que pour des timbres usagés, le public ayant tout intérêt à garder cette petite monnaie qui n’est ni lourde ni encombrante.
Par contre, elle présente un inconvénient plus grave pour le public, c’est la malpropreté. Dès le début de la mise en circulation, on remarqua que ces
timbres se recouvraient rapidement d’une crasse tenace. Le Directeur du laboratoire de chimie a eu l’idée de faire l'analyse de lots neuf et de lots ayant une quinzaine de jours de circulation publique. Les . matières grasses, représentées par 1,2°/, dans les timbres neufs, pour éncre d'imprimerie ou colle, atteignent 6,1 °/, dans les timbres usagés ; des matières solubles formant près de 6 °/, du poids total s'étaient ajoutées aux vignettes et, dans ces matières, le chimiste pouvait découvrir les produits les plus com-plexes et les plus bizarres dont près de 2°/, de sucre! Une analyse bactériologique menée parallèlement aurait sans doute donné des résultats plus inquiétants encore. L’Administration essaya de remédier à ces inconvénients en eénduisant timbre et carton d’un enduit luisant, translucide et imperméable, mais cette préparation qui était trés satisfaisante exigeait de longs délais et de coûteuses manipulations. On y a renoncé devant la masse de timbres à fabriquer et à . renouveler. L'usure est, en effet, très rapide et le mouvement de fabrication incessant.
Au point de vue du Trésor local l'opération se présente comme assez simple. Des craintes avaient été exprimées sur les facilités àe fraude que permettait cette monnaie, mais le faible nombre d’imprimeries existant à Madagascar rend leur surveillance facile et empêche toute fabrication notable. Les quelques fraudes possibles avec des timbres usagés sont amplement compensées par les pertes et détériorations. Quoi qu'aucune donnée. n’ait pu être recueillie sur le résultat financier de l'opération, il est à prévoir qu’elle laissera un sérieux bénéfice au Trésor local, qui, du reste, a déposé au Trésor en représentation des timbres en circulation, une garantie en titres de rente.
Ce système paraît devoir durer au moins jusqu’à l’arrivée d'un stock équivalent de billon ou de nickel. La circulation de ces espèces devra, en effet, atteindre au moins 4 à 5 millions ie que les timbres puissent être retirés sans gêne pour les transactions.
LE initiative prise ainsi par Madagascar a été, nous le croyons du moins, originale et quelques colonies françaises l'ont imité. Elle est louable surtout par la rapidité avec laquelle elle s'est nantes et par le succès qu’elle a rencontré.