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de 5 à 6 millions de dépôts la Caisse pourra sans danger mettre à la disposition des institutions locales de crédit une somme d’au moins 2 millions qui serait pour la production locale un stimulant précieux.
S 4. — Mutualité et Coopération
L'esprit de prévoyance peut se manifester en dehors de l'épargne individuelle par la mutualité et la coopération. À Madagascar, nous voyons ces sentiments d'aide collective très développés chez les indigènes, mais les organisations officielles et précises dans le sens de nos lois françaises sont à l’état embryonnaire. |
Chez les Européens, malgré la dispersion des éléments colons ou fonctionnaires, des groupements réguliers existent, mais leur actiou, nous le verrons, est surtout amicale et n’a une répercussion économique sensible que par eee coopératives de consommation.
Chez les indigènes, le sentiment égoïste est peu développé. Jusqu'à notre arrivée, la famiile, le clan, la tribu enserraient étroitement les individus et dans ces groupes naturels l'entraide était de régle. La construction de maisons, l’édification des tombeaux et surtout les grosses dépenses résultant des funérailles étaient des frais supportés en commun. L'institution du fokonolona développée par les monarques hovas dans toute la zone des plateaux constituait dans chaque village des collectivités étroitement unies et assurant en commun la garde des habitations et des troupeaux, l'entretien des digues, la mise en culture des rizières. |
L’ordonnance royale du 9 mars 1896 est la dernière charte d'organisation purement malgache de ces foko-
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nolona ; mais l'institution a été maintenve par les autorités françaises. Un décret du 9 mars 1902, détermiuait exactement les attributions, les droits de ces
i à L Se groupements, les conventions qu'ils peuvent passer et
leur responsabilité collective. Un décret du 30 septembre 1904 donnait au Gouverneur Général le droit d'étendre à toutes les parties de Madagascar les dispositions de ce décret. Une série de textes administratifs sont venus étendre ces fokonolona à toute l'Ile eton a essayé d’agir par ces collectivités pour éveiller chez les Malgaches, qu'il était difficile de faire évoluer individuellement, des besoins économiques et le désir d’intensifier la mise en valeur des terres. Mais il faut reconnaître que devant tant d'obligations correspondant à peu de droits, l’action des fokonolona s’est lentement anémiée sur les plateaux et est restée pratiquement nulle ailleurs.
Actuellement la mutualité s'exerce surtout en fait par la famille qui absorbe encore ici, en une masse aux parts mal déterminées, les biens et ressources de tous ses membres. Néanmoins, pour suivre les suggestions des autorités françaises, les malgaches ont formé quelques associations suivant notre législation etconformément au décret de 1902 sur les fokonolona. Avant la guerre, la plupart des société mutuelles indigènes officiellement constituées avaient pour but les secours funéraires. Leursstatuls lear donnent pour but : 1° de verser aux membres participants une indemnité mensuelle pendant la durée de l'incapacité absolue de travail provenant de maladie ;
2 De pourvoir aux fuñérailles des adhérents dans la limite d’une dépense de 50 à 100 fr. par décès ;
3° De distribuer des secours aux indigents et assurer l’inhumation des indigents et des étrangers.
ÆEn 1914, dans le seul district de ‘Fananarive, on comptait 18 Sociétés de ce genre groupant 20.000 adhérents et avant réparti 22.000 francs de secours après 352 décès. La distribution des secours restait très modique. Du reste, l’indigent est ici peu demandeur et la mendicité n'existe pour ainsi dire pas à Madagascar. Ces mutuelles, fortement soutenues par les Administrateurs dans certaines provinces, donnèrent de bons résultats : elles participèrent activement aux souscriptions ouvertes pour les ambulances coloniales et les œuvres de guerre. Mais l'Administration ayant. cessé de les protéger efficacement à la suite de certaines agitations parmi les sociétés indigènes, l’activilé de ces mutuelles, qui existent encore théoriquement, est en fait éteinte.
L’Administration porte plutôt ses encouragements aux sociétés ayant pour but l'exécution des travaux agricoles : un décret du 3 juin 1913 a réglementé les associations syndicales dont le rôle est de poursuivre les dessèchements, assèchements et d’une façon générale, toutes les améliorations agricoles d'intérêt collectif. Un arrêté du 11 avril 1914 en précisa l'organisation. Deux associations importantes se sont formées. sur ces bases. Les deux opèrent dans la plaine de Tananarive et ont construit des canaux, vannes et barrages pour changer en rizières des terres incultes. Le nombre des membres était en 1918, de 5.300 pour l’association du Betsimitatatra, de 4.600 pour celle d’Alasora. Le:montant des encaissements de l’année atteignait 4.500 fr. L’Administration s'efforce de développer ces associations et d’en créer de nouvelles particulièrement pour l'amélioration des semences, la standarisation des récoltes de riz. Malgré tout, on peut dire que les formes européennes de mutualité
restent encore presque inconnues à Madagascar et que l'usure est encore répandue partout. Nous étudierons avec les améliorations à apporter à la situation actuelle un projet de décret actuellement soumis au Département et qui autoriserait la création de sociétés indigènes de prévoyance, de secours et de prêts mutuels agricoles, dont le fonctionnement rappellerait les sociétés agricoles indigènes qui, depuis 1869 en Algérie, et depuis le décret du 29 juin 1910 en Afrique Occidentale Française, ont obtenu des résultats remarquables. — Quant à la coopération entre les consommateurs indigènes, un seul essai sérieux est à noter. Il a été tenté en 1921 par un groupe de fonctionnaires indigènes qui, à limitation des Européens, ont fondé une coopérative de consommation groupant plus de 200 adhérents etun capital d'environ 10.000 fr. Cette société a fait montre de beaucoup d'activité, essayant même de se procurer par son exploitation directele bois et le charbon de bois pour ses adhérents. Mais la gestion rencontre certaines difficultés.
IL faut espérer que cet essai méritoire se développera. Dans les Indes néerlandaises, dont les populations sont comparables à nos Malgaches. la coopération indigène a obtenu de merveilleux résultats et l'on comptait en 1915 plus de 4.700 Banques de villages, surveillées et aidées par 100 Banques de Département et une caisse centrale ; le total de leurs fonds sociaux atteignait 25 millions de florins. Dans un cadre plus restreint, les Malgaches peuvent participer à un mouvement analogue de coopération et de mutualité.
En ce qui concerne les Européens, la situation est
toute différente. Un grand nombre d'associations se 1l
sont fondéés à Madagascar en ayant surtout pour but de réunir des gens de même origine. Leur situation exacte au point de vue législatif est assez imprécise. La loi de 1884 n'étant pas applicable dans l'île, ces associations se constituent sous le régime de la loi de 1834 et forment des sociétés civiles pour gérer les biens qu’elles acquièrent. Cependant la loi du 4% avril 1898 sur les Sociétés de secours mutuels, a été rendue applicable à Madagascar par décret du 17 janvier 1902 et plusieurs sociétés se sont placées sous ce régime pourtant trop compliqué pour la Colonie.
Le nombre et surlout l’activité des sociétés à base de mutualité existant à Madagascar est difficile à déterminer. Les principaux groupements sont constilués par certaines catégories de fonctionnaires, par les anciens combattants, par les originaires de la Réunion et de certaines régions de France. Elles secourent surtout les indigents el les veuves.
La coopération a, par contre, reçu un développement important, mais seulement depuis la guerre et dans le seul but de faciliter l'achat des denrées de Consommation. Un décret du 23 avril 1920 a même envisagé pour les coopératives coloniales un système d’avances sur les fonds locaux; il est applicable à Madagascar, mais en fait aucune avance de ce geure n’a été consentie. À Tamatave, fonctionne une Coopérative de consommation, à Tananarive, on en trouve deux : l’une pour les militaires, l’autre pour l'élément civil. Les très heureux résultats obtenus par ces deux dernières sociétés qui font plus de 120.000 fr. d'affaires par mois, garantissent le développement de ces sortes d'organismes dans tous les centres européens de la Colonie.
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Mais la coopération ne s’est pas encore attachée ici à résoudre les problèmes de la production et du crédit. Le rôle qu'elle a à jouer pour les agriculteurs, artisans et commerçants malgaches reste considérable. Des projets très complets ont élé adoptés pour constituer el soutenir ces sortes de société. Nous les étudierons en détail à la fin de cet ouvrage.