‹ La Circulation MonétaireChapitre 5 sur 64 · AA LEUR · texte numérisé non relu

AA LEUR

Mais pour connaître les problèmes actuels de circulation des richesses nous indiquerons quels sont en 1922 les facteurs des échanges intérieurs. Nous en distinguons trois d'importance et d'activité très différentes : les européens, les indigènes des plateaux, les indigènes de la côte. | LS

La masse des populations indigènes de la côte,

exception faite de quelques centres de colonisation

-européenne, reste à un niveau économique très pri-

milif; pour les peuplades du Sud la description de Flacourt reste encore à peu près exacte. Près de 2 millions d'habitants limitent encore leur travail à la cueillette des produits naturels et à de rares cultures, en vue de satisfaire simplement à leurs besoins immédiats ; ils pratiquent quelques industries familiales pour le tissage du raphia et la préparation des poteries.

Mais déjà au contact des traitants et fonctionnaires hovas, des commerçants chinois et indiens dont le nombre croît sans cesse, des fonctionnaires, colons et commerçants européens, ces indigènes très imitateurs ressentent des besoins nouveaux. Ils désirent surtout des cotonnades, de la bimbeloterie et, avant les mesures efficaces prises récemment contre l’alcoo-

lisme, des rhums de traite. Pour effectuer ces achats

et, pour une part importante comme nous le verrons plus loin, pour satisfaire au paiement de l'impôt, ils vendent des produits de leurs troupeaux jusque-là inemployés (bétail, peaux) et intensifient leur cueillette de caoutchoue, de cire, de raphia. Enfin, poussés par l'Administration locale, ils s’astreignent à cultiver du riz, du manioc, des pois du cap dans’ ‘le but de les vendre, notion qui leur était restée longtemps étrangère. Peu à peu, ils arrivent à vaincre leur répugnance à travailler pour autrui et s’emploient en

nombre croissant, à raison de quelques jours par semaine, sur les plantations européennes, sur les chantiers administratifs et sur les concessions minières. Avant la conquête les travailleurs étaient payés

12 fr. 50 par mois, plus deux\mesures de riz (20 kilos

environ); ils sont actuellement payés 40 à 50 francs

en moyenne, plus la nourriture. Plus encore que*la

hausse des salaires, la pression paternelle de l'Administration intervient pour augmenter le nombre de ces engagés qui, s'ils arrivent à atténuer leur paresse native, évoluent assez rapidement au contact des européens.

On constate même des mouvements réculiers de migration de main-d'œuvre portant les éléments pauvres et jadis guerriers de la région très peuplée de de Farafangana vers les riches exploitations de la côte Est et de Nossy-Bé, chaque année 7 ou 800 travailleurs vont s'engager pour 2 ou 3 ans à 500 et 800 kilomètres de leur pays; ils y réalisent des pécules importants qu’ils rapportent ensuite en argent ou en troupeaux.

Cependant quel que soit le développement de ces éléments de progrès, les populations de la Côte, dont

l’indolence est difficile à vaincre, resteront très long- > 1

temps un groupement économique beaucoup moins actif que celui des plateaux. Il dispose du reste de peu de moyens de communication moderne ; si les voies fluviales et les pangalanes portent de nombreuses pirogues de charge, par contre dans la plus grande partie du pays le transport se fait encore à dos d'hommes. La situation est toute différente sur les plateaux : le recensement de 1921 y compte 911.13 hovas et 477.864 betsileo qui, avant notre arrivée, avaient une civilisation propre. Ils sont groupés surtout dans les

cinq provinces de Tananarive, Miarinarivo, Antsirabe

Ambositra et Fianarantsoa en un bloc assez homogène ‘ de 1.200.000 habitants réunissant le tiers de ia popu-.

lation de Madagascar sur le 1/10° de sa superficie totale. En outre, ces races essaiment de plus en plus dans le reste de l'Ile et fournissent des fonctionnaires. descourtiers, des commerçants et même des agriculteurs intelligents et actifs.

Sur les plateaux, l'agriculture constitue la plus grosse ressource, les produits de cueillette sont rares,

l'élevage est fait avec soin et donne des bœufs, des:

pores et des volailles de plus en plus sélectionnés. La culture intensive du riz, qui est la base de l'alimentation indigène, a été développée et améliorée. Sous l’impulsion très énergique de l'Administration les cul-

tures vivrières et industrielles (manioc, maïs) laissent

disponibles des excédents notables de production.

Les industries familiales anciennes ont une activité : intéressante : elles portent sur le tissage de la soie,

des nattes et tissus grossiers, la fabrication des poteries usuelles et de l’angady (pelle malgache qui constiltue l'unique instrument aratoire). Les industries introduites par les européens au cours du xix° siècle (préparation du sucre roux, du savon noir, des bougies) ont trouvé d'habiles artisans et se sont répandues partout. :

Tous ces produits s'échangent dans des grandes foires périodiques et dans des marchés hebdomadaires, généralement établis hors des anciens villages et qui deviennent, au jour dont ils portent le nom, des centres de vie commerciale intense. Les acheteurs.européens ou leurs représentants viennent là se mettre en relation avec les indigènes des campagnes et grâce à l'esprit éveillé et accomodant de ces populations les

RC TEN ee 2 | Conf 20

Page 1