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ainsi immobilisée pour la Colonie aura une utilité
aussi grande et une efficacité plus générale au point de vue du développement des transactions que si elle était dépensée à la construction de 40 kilomètres de routes ou de 4 kilomètres de voies ferrées ; elle servirait non plus comme les anciens prêts accordés aux colons pendant la guerre, à quelques individus favorisés, mais à des groupements nombreux et extensibles qui se créeraient des ressources propres. Au
début, ces groupements devraient préférer les prêts à
court terme aux immobilisations de plusieurs années.
Ainsi les capitaux engagés serviraient trois ou quatre
fois dans l’année, et ces avances donneraient une. viguecr nouvelle à la moyenne colonisation qui est particulièrement l’œuvre des Réunionnais, et qui tra- : verse actuellement une crise de lassitude et de torpeur.
Donc, d’une part les petits colons auront par ces caisses les moyens d'étendre leurs plantations et d'entreprendre de nouveaux défrichements dans les immenses étendues de terres riches, qui sur la côte en particulier demeurent inutilisables, d'autre part, les grandes entreprises trouveront dans la législation des prêts sur cession de récolte le moyen d'obtenir des avances à un taux raisonnable.
S 4. — Crédit aux Indigènes
Les indigènes, gros propriélaires et commerçants pourront évidemment recourir aux. institutions de crédit prévues pour la colonisation européenne et que nons venons d'examiner ; l’immatriculation de leurs maisons et de leurs terres, l'existerce d’un état civil assez précis donneront toute garantie aux prêts etils est cer'ain que l'élite indigène saura vite calquer les associations de crédit mutuel des européens.
Pour la masse des indigènes des villes, nous avons vu que la création de monts-de-piété et l'application du décret du 20 juillet 1895 sur le gage mobilier spécial au Sénégal serait un palliatif heureux ‘aux mé-
faits de l’usure. Mais aucun projet dans ce sens n'est
actuellement à l'étude. Pour les indigènes des campagnes qui sont encore peu évolués et qui cultivent des terrains dont le morcellement est infini, il faut trouver un système spécial de crédit pour permettre l’achat de semences, d'instruments aratoires, d'engrais même, et pour donner après une mauvaise récolte, les moyens d'attendre la récolte suivante.
Ce système existe depuis 1859 en Algérie où des Sociétés indigènes de prévoyance et de crédit ont rendu de grands services d'abord en temps de disette, puis pour les perfectionnements de l’agriculture. Reconnus d'utilité publique par une loi du 14 avril 1893 ces établissements se sont constamment développés. En 1920 ils ont contribué très efficacement à conjurer une crise agricole aiguë. Au nombre de 219, groupant 580 mille adhérents et un actif de 41 millions, ils ont, en 1920, avancé 8 millions de francs en argent et 10 millions en grains. L'organisation a été étendue à la Tunisie et à l’Indo-Chine. .
En Afrique Occidentale un décret du 29 juin 1910, a permis la création de sociètés analogues. Les décrets des 8 janvier 1915 et 4 juillet 1919 les ont remaniées et ont indiqué que les agriculteurs en font obligatoirement partie et que les cotisations sont perçues comme des impôts Les résultats se sont traduits par une amélioration du bien-être des indigènes et par une augmentation notable de la production des arachides el du miel.
en
Un projet de décret s'inspirant de ces exemples heureux a été préparé en 1921 par l'Administration de ia Colonie qui désire vivement diminuer l'action néfaste des usuriers et améliorer les méthodes culturales primitives des indigènes par la substitution de la charrue à la bèche et par la sélection des semences. Le plan projeté tend à former autant de sociétés qu'il y a de distriet dans la Colonie (soit environ, 80), l’action de chaque société étant limitée à ce territoire administratif. Les sociétés pourraient comprendre des sections distinctes pour chaque fokon’olona (village). Elles auront pour but : 1° d'acheter pour les sociétaires les instruments agricoles et les semences destinés à développer et à améliorer leurs cultures et de leur en faire l'avance à titre de prêt ; -
2 De venir en aide, encas de nécessité, à leurs adhérents atteints'par la maladie ou les accidents ;
3° De les prémunir contre:les conséquences de la sécheresse, des inondations, des épizooties et autres fléaux naturels ;
4° De leur procurer, par des prêts à court terme, les soinmes dontils peuvent avoir besoin pour étendre ou améliorer leurs cultures el pour les aider à traverser une période critique.
Elles peuvent contracter des assurances mutuelles mais il leur est interdit de s'associer.
Les sociétaires pourront recevoir pour six mois au maximum des avances en espèces sur les fonds sociaux en fournissant en garantie : a) des titres de rente française, b) une première hypothèque sur propriété immatriculée, c) les produits du sol déposés dans les greniers de la société, d) les récoltes pendantes suivant le système adopté par les banques des. vieilles colonies,
Ce projetoffre en outre un sérieux avantage de réalisation, celui de n’exiger aucune disponibilité nouvelle de capitaux. Le capital social serait en effet formé : 1° par une subvention de la Colonie fixée
comme en À. O.F. au taux modique de 400 fr. par
société ; 2° par les cotisations annuelles dés sociétaires, membrés honoraires ou participants.
Mais ces sociétés disposeraient surtout pour leurs besoins de la majeure partie des ressources des caisses de rachat de prestations, qui ont actuellement plus d'un million de francs liquides. Ces caisses sont constituées par le versement du montant des prestations que les indigènes ne désirent pas effectuer en nature; ces prestations qui s'élèvent à 10 jours par an sont destinées aux besoins des fokon'olona (travaux de village, d'aménagement des terres, d'entretien des
routes d'intérêt local, etc.). Les fonds ainsi obtenus
en échange de travail effectif appartiennent aux fokon'olona et constituent dans chaque district des caisses contenant des sommes très élevées dont une partie est versée au Trésor en compte courant sans
intérêt. Le total des fonds ainsi déposés atteignait le
31 décembre 1920, 915.256 fr. et celui des fonds en numéraires dans les districts 265.058 fr. Plus d'un million de disponibilités ainsi constituées avec l'ar-
gent des collectivités indigènes pourrait donc être
prêté aux caisses de prévoyance. Le taux envisagé de o °/, permettrait de constituer un fonds de garantie et
serait cependant minime pour les sociétés débitrices qui, en tenant compte de leurs frais de fonctionne-
ment, pourront prêter aux particuliers à 7 ou 8 °/..
L'adoption rapide de ce projet ne se heurte donc à aucune ditficulté grâce à l'utilisation des fonds de
prestation qui équitablement doivent profiter aux.
Me qui les ont constitué. qe caisses souten ues et surveillées par l'Administration auront certaine- 2 ment une action efficace dans les milieux. indigènes.
On peut former une seule critique contre cette “organisation. c'est qu'elle est encore trop. timide ; elle exige des garanties très précises et la constitution
. d’hypothèques ou degages sur récoltes dont la procédure est assez longue et assez coûteuse, par contre la durée des prêts est très courte (6 mois renouvelables | une seule fois) et ne permeltra peut être pas un amortissement normal de l'achat des charrues ét de moyens Ne. ‘attelages. Elle ne pourra guère venir en aide ‘aux - petits propriétaires et aux métayers qui n ont pas de terres immatriculées et qui ne peuvent. entamer la long ue procédure des prêts sur récolte. En outre, il serait nécessaire que les sociétés puissent utiliser ellesnêmes une partie de leurs capilaux à la construction de greniers, de décortiqueries, à l’achat de trieurs de grains, de reproducteurs sélectionnés et même à la production des semences ou des plans à repiquer (le riz est en effet cultivé d'abord en semis puis repiqué). Néanmoins pour la période d’essais on peut s'en lenir à la gestion très prudente envisagée dans le. décret soumis au Département ; elle permettra l’accli- matement de l'institution parmi les agriculteurs.aisés qui trouveront notamment la facilité d'utiliser comme garantie leurs souscriptions aux emprunts de l'État.
L'Administration fournissant elle-même des charrues à très bon prix et des moniteurs pour le dressage des bœufs, un grand nombre d’indigènes pourront, avec les avances de ces caisses, améliorer notablement leurs procédés culturaux.