IIaxot et CuACTFAKD. Kcvue de médecine, 1882, p. 3So
CIRRHOSE IIYPERTROI'IIIQUE.
maladie que j'ai décrite; à y regarder de près, il s'agit la plupart du temps de cirrhose hypertrophique graisseuse. Mais est-il légitime de mettre sur tout gros foie scléreux l'étiquette de « première phase de cirrhose atrophique ? »
La plupart des médecins ont vu chez des buveurs le volume du foie augmenter à la suite des excès, puis redevenir normal sous l'influence d'un traitement rationnel et surtout de la privation de l'alcool. Ce sont là phénomènes de congestion hépatique; pas n'est besoin d'y insister. Bien peu ont vu comme Strickert à la clinique de Traube la matité hépatique tomber en un mois de 24 à il centimètres et ont trouvé à l'aulopsie un organe atrophié et granuleux. Ce fait, tout exceptionnel qu'il soit, nous prouve que la glande hépatique, éminemment vasculaire, se prête encore, quand elle est profondément altérée, aux poussées congestives les plus violentes ; car je ne suppose pas qu'on veuille mettre sur le compte de la propriété rétractile du tissu fibreux une telle diminution de volume en un mois. Est-ce à dire que je nie l'hypertrophie préatrophique de la cirrhose alcoolique? Ainsi que je l'ai déjà dit ailleurs, il n'est pas improbable qu'au début le foie augmente un peu de volume sous l'inlluence combinée de la congestion et de la prolifération conjonctive naissante pour diminuer plus tard avec la disparition des phénomènes congestifs et l'organisation de la sclérose. Mais je ne puis admettre que la propriété rétractile du tissu fibreux
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soit capable de transformer une cirrhose hypertrophique dûment organisée en une cirrhose atrophique, en une cirrhose de Laënnec. C'est également l'avis des professeurs Cornil et Ranvier : « Dans l'état actuel de la science, sans nier la propriété rétractile du tissu fibreux, on ne peut pas admettre sans conteste la transformation d'une variété de cirrhose dans une autre, et en particulier le passage de la cirrhose hypertrophique à la cirrhose atrophique. » Et je répéterai ici ce que M. Gilbert et moi avons dit il y a deux ans : Lorsque chez des alcooliques accusés de cirrhose nous avons trouvé le foie plus volumineux qu'à l'état normal, nous avons toujours assisté à l'une des évolutions suivantes : ou bien l'organe se rétractait peu à peu sans toutefois rétrocéder jamais en deçà de ses limites physiologiques, ou bien il conservait ses dimensions exagérées, soit en permettant la survie, soit en occasionnant, par les lésions dont il était le siège, quelque accident mortel.
C'est précisément sur les faits de cet ordre que la Société médicale des hôpitaux appela l'attention en discutant la « curabilité de l'ascite et de la cirrhose du foie ». Les deux tiers des exemples qui furent fournis d'amélioration ou de guérison appartiennent à cette modalité pathologique. Tels sont les cas de MM. Troisier, Dujardin-Beaumetz, Bouchard, Proust, Leclerc, Bouveret, Glénard, Mayet, Damaschino, Rendu, Gaucher, André Petit, Millard, Lancereaux, etc. Telles sont aussi certaines
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observations de Surrc, de Guiter et bon nombre d'observations allemandes, rangées les unes sous l'épithèle de cirrhose mixte, les autres sous celle de cirrhose à la période pré-atrophique. Cette forme particulière de cirrhose des buveurs, que M. Gilbert et moi avons qualifiée du nom de cirrhose alcoolique hypertrophique', ne mérite nullement la désignation de ciri'hose mixte au point de vue pathogénique ; elle n'est pas plus une hybritlité qu'une espèce particulière. Pour nous, les types extrêmes de la cirrhose alcoolique hypertrophique et de la cirrhose alcoolique atrophique sont reliés par une série de cas intermédiaires qui démontrent l'importance secondaire qu'il faut attacher au volume du foie. En voilà assez pour faire comprendre la nécessité de séparer cette sclérose à gros foie des alcooliques des autres variétés similaires, mais non identiques.
C'est ainsi que peu à peu, grâce à une étude clinique plus approfondie, à des examens microscopiques plus soignés, la cirrhose hypertrophique primitive, telle qu'on l'entendait naguère en 1846 et même en 1871, se démembra en une série de formes ayant chacune sa symptomatologie propre, son individualité : telles la cirrhose impaludique, la cirrhose syphilitique et la cirrhose biliaire par
1. IIanot et GiLDERT. Dulletiiis de la Sociélé médicale des hôpitaux, 1890, p. 492. (Séance du 25 mai.)
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rélenlion à gros foie, la cirrhose hypertropliique avec ictère chronique, la cirrhose hypertropliique graisseuse alcoolique, l'hépatite hypertrophique tuberculeuse, la cirrhose alcoolique hypertrophique. Maintenant que la plupart des faits sont classés, il est facile de mesurer le chemin parcouru depuis le jour où Requin présenta sa première observation, depuis bientôt cinquante ans.
Ces quelques pages d'histoire de la pathologie hépatique, instructives peut-être quoique forcément écourtées, ont eu pour but de montrer comment les différents types de cirrhose hypertrophique avaient pris naissance et de rappeler les discussions qu'ils avaient soulevées. J'ai pensé que c'était le meilleur moyen de dissiper les incertitudes et de mettre un peu de clarté là où la confusion n'avait que trop duré : car il n'y a pour aiiisi dire pas une seule de ces formes qui n'ait été prise pour la maladie dont je vais aborder l'étude.