‹ La cirrhose hypertrophique avec ictere chroniqueChapitre 26 sur 30 · Jaccoud. Cliniques de la l'itié 1883-1884, p · texte numérisé non relu

Jaccoud. Cliniques de la l'itié 1883-1884, p

CIRRHOSE IIYPERTROPIIIQUE.

deux physionomies bien diiïérentes. Tantôt c'est l'ictère qui est le phénomène le plus saillant, tantôt ce sont les phénomènes hydropiques. Lorsque c'est l'ictère qui prédomine, la maladie présente les caractères suivants, qui ont été bien indiqués par Friedreich : ictère se développant lentement, sans avoir été précédé de fièvre ni d'autres prodromes bien nets, persistant avec opiniâtreté et arrivant finalement à un haut degré d'intensité; tuméfaction progressive du foie et de la rate avec ou sans ascite. A ces caractères, Nieraeyer propose d'ajouter l'état de distension peu considérable de la vésicule biliaire, comme indiquant la perméabilité du canal cholédoque, circonstance qui, d'après lui, se présenterait rarement avec un ictère intense et la décoloration des matières fécales, en dehors de l'hydatide alvéolaire. Ajoutons à cela les résultats fournis par l'examen physique du foie, la longue durée de la maladie avec troubles digestifs peu marqués, la perte graduelle des forces et l'amaigrissement considérable; nous aurons alors un ensemble de symptômes qui nous permettra d'arriver à un certain degré de perméabilité.

Ce qui est certain, c'est qu'on n'aura pour ainsi dire jamais l'occasion de différencier cette affection de la cirrhose hypertrophique avec ictère. Ce diagnostic pourrait être difficile, bien que dans la tumeur hydatique alvéolaire on n'observe pas les poussées aiguës qui ont été décrites plus haut; le foie n'y atteindra généralement pas le volume con-

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sidérable qu'il a dans la cirrhose hypertrophiquc, et souvent il présentera à sa surface des irrégularités suffisanunent caractéristiques.

Dans son intéressante monographie, M. Biicquoy ^Jcjc.yar^obiu sionale quelques observations d'ulcère rond du ^.n^, duodénum, où la cicatrisation amena le rétrécis- cholédoque, sèment, puis l'oblitération lente de l'embouchure du canal cholédoque. Userait fort embarrassant de reconnaître la cause de l'ictère chronique qui en est la conséquence, si l'on n'avait pour se guider les antécédents du malade, les crises douloureuses, les vomissements, les mœlena. Mais dans ces cas il manquera toujours la coloration des selles et surtout l'énorme hypertrophie du foie et de la rate, tous signes caractéristiques de la cirrhose hypertrophiquc

avec ictère chronique.

La cirrhose hypertrophiquc graisseuse alcoo- ci^rhof lyperlique a une évolution chnique tellement caracie-

seuso alcoolique.

ristique qu'elle ne fera pas longtemps hésiter le diagnostic. En voici les éléments : 1° Symptômes non douteux d'alcoolisme : crampes, fourmillements, rêves spéciaux, délire, tremblement, pituile, etc. ; 2" conservation de l'embonpoint malgré les troubles digestifs pendant toute la première période de la maladie, qui peut durer plusieurs mois ; 5» hypertrophie régulière du foie qui n'est pas très considérable d'ordinaire ; 4° ascite rare et peu abondante ; 5» apparition de l'ictère qui marque en général le début de la deuxième période et qui est bientôt accompagné d'hémorrhagies et de

CIRRHOSE IIYPERTROI'IIIQUE.

lliîpaliti' tuberculeuse graisseuse hypertropliique ,

Ictère catarrhal prolongé.

troubles nerveux ataxo-adynamiques au milieu desquels le malade succombe. Comme on le voit, cet ensemble symplomatique ne rappelle en rien la cirrhose hyperlrophique avec ictère chronique.

L'hépatile tuberculeuse graisseuse hyperlrophique, présentant, à peu de chose près, les mêmes signes et la même évolution que l'affection précédente, sera éliminée pour les mêmes raisons. Dans ce cas la tuberculose va de pair avec l'alcoolisme ou le remplace.

Je passe sans m'y arrêler sur l'ictère calarrhal prolongé durant 40, 60 jours et davantage, ictère sur lequel M. le professeur Dieulafoy a appelé l'attention : car ici les selles sont décolorées, et la légère tuméfaction du foie et de la i-ate qu'on observe n'est en aucune façon comparable à l'hvpermégalie hépato-splénique de la cirrhose hypertrophique même à son début.

11 n'est vraiment point nécessaire de parler d'un diagnostic avec la congestion simple du foie ou la cirrhose hyperlrophique, fussent-elles accompagnées d'ictère, que peuvent déterminer les altérations chroniques du cœur ou du poumon. En dehors , de la filiation des phénomènes, toujours facile à saisir, l'hypertrophie du foie, l'ictère, n'atteindront jamais le degré qu'ils préseiitent dans la sclérose hyperlrophique avec ictère ; et puis, dans les deux cas, l'évolution morbide diffère autant que possible.

Foie leucémique. J'en dirai autant de l'hypertrophie du foie, sou-

Foie cardiaque avec icti're.

CiaUllOSE UYPERTROPIIIQIIE. 125

vent assez considérable, (lui s'observe dans la leucémie, et qui peut s'accompagner aussi d'ictère, si les gros canaux biliaires sont comprimés par la tuméfaction des ganglions lymphatiques qui siègent au niveau du bile. L'aspect clinique, si spécial de la leucémie, l'examen du sang, ne permettront pas l'erreur.

Le diabète sucré produi l quelquefois une certaine cirrhoso hypcr-

. p , j ■ 1 Irophiqne pig-

lumèfaclion du foie; mais, saut le cas de cirrnosc

mentaire dans le

hypertrophique pigmenlaire qui s'accompagne de diabèie sucré, inélanémie, de coloration bronzée des téguments et non d'ictère, jamais cet organe n'atteint, en pareille circonstance, un volume considérable, une dureté bien accusée ; l'iclèrè fera défaut ou à peu près, et l'on ne trouvera dans le reste de l'histoire des deux affections aucun point de contact.

La même remarque s'applique à l'hypertrophie Foie amyiowe. du foie amyloïde qui constitue, comme on le sait, une des lésions secondaires les plus fréquentes de la syphilis, de la tuberculose, des suppurations osseuses.

L'état général, les conditions cliniques concomitantes suffisent pour éclairer la situation.

Pronostic.

Ici je n'ai qu'un mot à dire. Dans toutes les observations, la maladie s'est toujours terminée par la

CIRRHOSE IIYI'ERTROI'IIIQUE.

mort, Il y a toutefois quel(|ue chose de relativement favorable dans la marche de cette affection, qui peut durer plusieurs années sans altérer profondément la santé. Sous ce rapport, la différence l'st des plus tranchées avec la cirrhose alrophique, qui, malgré les faits de curahilité indiscutable signalés dans ces dernières années, comporte en général un pronostic grave à brève échéance. Elle se rapproche bien plus du type hypertrophique de la cirrhose alcoolique, qui donne, au point de vue de la guérison, le plus grand nombre de succès. Dans les deux cas, l'intégrité de la cellule est la caractéristique anatomique : c'est ce qui explique la longue durée de la maladie. Mais qu'on soumette les malades au même traitement, suppression de boissons alcooliques, régime lacté, iodure de potassium, quelle différence dans le résultat final! S'il cesse à temps ses excès, l'alcoolique verra souvent tous les accidents disparaître, il conservera un foie gros, mais pourra longtemps encore vivre de la vie commune. Le malade atteint de cirrhose hypertrophique biliaire, au contraire, finira par s'amaigrir, perdre ses forces et succomber après cinq ans, sept ans ou davantage. Et je passe sur les maladies accidentelles en général mal supportées.

C'est là une preuve de l'effet funeste, quelque lent qu'il soit, exercé par la. rétention bihaire sur la cellule hépatique et les éléments intimes de nos tissus; les matières biliaires dont ils sont sa-

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turés les rend impropres à défendre l'organisme non seulement contre les auto-intoxications, mais aussi contre les infections et les intoxications étrangères.

D'autre part, en supprimant l'alcool dans le cas de cirrhose hyperlrophique alcoolique, on supprime la cause même de l'affection. Tandis qu'en ce qui concerne la cirrhose hyperlrophique avec ictère chronique on est réduit de ce côté à l'impuissance, puisqu'on ignore la véritable étiologie de la maladie.

Telles sont, à mon avis, les raisons pour lesquelles ces deux cirrhoses ont une issue si différente après avoir présenté une certaine analogie.

Trakemcnt.

11 est impossible de donner des indications bien précises.

Les révulsifs, les cautères à la pâte de Vienneappliqués sur la région de l'hypochondre droit m'ont paru, en cas de poussée péritonitique, avoir une lieureuse influence. Us diminuaient la douleur et semblaient abréger la durée et amoindrir l'intensité des crises. On pourrait alterner les cautères avec les applications d'onguent mercuriel sur la

CIRRHOSE HYPERTROPHIQUE.

région hépatique, que l'on recouvrira de cataplasmes chauds.

Les purgalifs salins ou drastiques seront employés en temps opportun soit pour combattre la constipation, soit pour produire une action dérivalive peut-être utile sur la muqueuse intestinale.

Le bicarbonate do soude Sera donné par intervalles, à condition de surveiller ses effets.

Quanta l'iodure de sodium, son usage devra être continué longtemps à faible dose; toutefois il ne faut pas se faire grande illusion sur son efficacité en pareil cas.

On aura soin de supprimer les boissons alcooliques, d'entretenir l'activité des fonctions digestives et de soumettre le malade au régime lacté partiel ou intégral, suivant les circonstances.

Je n'ai pas besoin -d'insister sur les avantages du lait comme aliment et comme diurétique: j'ajoute qu'en réduisant au minimum les fermentations et les putréfactions intestinales, qu'en diminuant la toxicité urinaire, il rend encore les plus précieux services.

C'est pour agir dans le même sens qu'on aura recours aux antiseptiques intestinaux : salol, saKcylate de bismuth et de naphtol, calomel. Le calomel, qui agit en outre comme hydragogue, sera prescrit à la dose de 2 à 5 centigranunes pendant plusieurs mois, avec des temps de repos.

CIRRHOSE IIYI'ERTROPIIIQUE.

Dans un travail récent, le professeur Sacharjin • (de Moscou) vante les bons effets du calomel dans le traitement de la cirrhose liyperlrophique. Un homme de 25 ans, qui avait bu pendant quatre ans force bouteilles de madère, vint le consulter. 11 avait, sur les conseils d'un autre médecin, cessé depuis peu ses mauvaises habitudes cl pris sans succès de l'eau de Carlsbad naturelle chauffée et de la digitale. Sacharjin lui prescrivit au début six prises de calomel d'un grain chaque fois; plus tard il diminua la dose quotidienne et finit par lui donner le calomel à de longs intervalles. Au bout de dix mois tous les phénomènes avaient disparu et le malade, qui s'était soumis à une hygiène alimentaire sévère et qui avait fait entre temps une saison à Ems, put être considéré comme guéri.

C'est sur cette donnée consolante que je termine ce court chapitre consacré au traitement. Toutefois, je ferai remarquer qu'il s'agit, dans le cas du prfoesseur Sacharjin, non de cirrhose hyperlrophique, mais de cirrhose alcoolique hypertrophicfue, accompagnée d'ictère et d'ascite. La curabilité des accidents occasionnés par cette cirrhose ne fait de doute pour personne en France; elle a été obtenue par de nombreux médecins grâce à la simple suppression de l'alcool et à l'usage prolongé du lait.

1. SAciiAnjix. Das Calomel bel der Behaiidlung dei- hyper- U'ophischen Lebcrcii-rliose und in der iiUernen Thérapie in AUgemeinen. (Zeilschrifl f. Kl. Med. Berlin. 1885. n 501- 521.)

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