‹ La cité de Carcassonne (Aude) (volume 2)Chapitre 21 sur 26 · FAMILLE DE DURFORT · texte numérisé non relu

FAMILLE DE DURFORT

Marguerite — 20® seigneur.

Marguerite de Montgommery épousa en 1603 Jacques de Durfort^ marquis de Duras, comte de Rozan, né en 1547, mort en 1626. Elle même décéda le 26 septembre 1606, laissant à son fils Guy-Aldonce^ à peine âgé d'un an, la seigneurie de Bazouges (2).

Guy-Aldonce. — 21« seigneur,

Vendit Bazouges, en 1634, vers l'époque de sa majorité, se maria deux fois et laissa derrière lui douze enfants, souches de plusieurs branches de cette illustre famille.

(1) n habitait le Languedoc.

(2) Pendant la durée du XVI* siècle, les assises de la seigneurie de Bazouges furent tenues très régulièrement et presque toujours dans quelque maison du bourg.

Outre les affaires ordinaires, telles que réceptions d'aveux, de foi et hommage, ou de cens et devoirs, exhibitions de contrats, jugements pour refus, dissimulations ou délits, nous avons remarqué la condamnation, en 1532, d'Antoine Morineau, sergent de la seigneurie de la Barbée, à 10 livres d'amende, pour avoir fait une exécution mobilière en une maison sise au lieu de la Bàste et située hors l'étendue de la mouvance de la seigneurie de la Barbée — et l'exhibition, en 1573, d'une permission pour faire Técoie, accordée par le sire de Champagne, à Jean Hamelin.

Philippe de la Vairie. — 22« seigneur.

Philippe de la Vairie^ ou de Warie (1), chevalier, gentilhomme ordinaire de la chambre da roi, baron de Fougère, de Gré, de la Tranchandière et de la Blottière, devenu seigneur de Bazouges par acquisition du 5 septembre 1634, était protestant, comme Montgommery et Durfort. Sa femme, Suzanne Letaule, étant morte, il épousa en secondes noces, Suzanne Poitevin.

Le nouveau seigneur fit planter, en 4644, « dans le bourg » de Bazouges, dans le carroy (carefour) nommé l'Hom- » meau » à l'exemple de ses prédécesseurs, un poteau sur lequel étaient peintes ses armoiries et où pendait un carcan, signe de sa haute justice.

11 mourut en 4667 (2). Deux ans plus tard, nous trouvons sa veuve remariée à Gédéon Lenfant.

Gédéon Lenfent. — 23« seigneur.

Gédéon Lenfant, seigneur de Boismoreau^ descendait d'une race de zélés protestants, qui avaient soutenu pour la défense de leur cause maints sièges réguliers, derrière leurs murailles de Boismoreau (3).

Le 2 juillet 4669, il rendit aveu avec son épouse au loi Louis XIV c à cause de son château et baronnie de la Flèche,

(1) La sœur de son quatrième aïeul, Renée de Warie ( ou de la Vairie ), avait épousé Brandelis de Champagne, seigneur de Basouges, à la fin du XV* siècle.

(3) Archives du château de la Motte.

(?) Boismoreau est situé sur le territoire de Durtal, tout-â-fait à l'extrémité du département de Maine-et-Loire. Il reste encore, de ce château, tout un corps de logis entouré de douves et précédé d'une cour où Ton accède par un vaste porche. Les propriétaires ont récemment démoli la chapeUe, renversé les murailles du nord et démantelé Tune des tours, dans le but de fournir des matériaux â la construction de plusieurs bâtiments agricoles. Il est â regretter que l'ensemble de ce curieux édifice n*ait pas été maintenu dans son intégrité.

» dépendant de son duché de Beaumont, pour raison de la » terre, fief et seigneurie de Bazouges à laquelle ont été » annexés et réunis les fiefs de Launay, du Ponceau, de la » Gaignerie, de TEcheneau et des Péchardières (4) >.

La foi religieuse de Gédéon Lenfant, peut-être atteinte déjà par les exhortations de M. Le Royer, curé de Bazouges, ne résista pas à 1* épreuve matérielle que la révocation de Tédit de Nantes lui imposait. Sans hésitation^ onze jours après Tédit de Louis XIV, le 29 octobre 4685, il fit abjuration de son erreur.

Voici dans quels termes ce fait nous est rapporté par la relation qui en fut faite, séance tenante, sur les registres paroissiaux :

» Aujourd'hui 29« jour d'octobre 4685, sur les 40 h. du » matin, en présence de nous Joseph Le Royer, prêtre, » docteur en droit canon , curé de Bazouges , messire » Gédéon Lenfant, écuyer, seigneur de Bazouges et de » Boismoreau, s'étant transporté dans féglise dudit lieu, a :» fait abjuration de Thérésie de Calvin, de laquelle il faisait » profession jusqu'à présent, et a fait profession de la foi » catholique , apostolique et Romaine , suivant la formule » prescrite par le sacré concile de Trente et en vertu du » pouvoir à nous donné par Mgr Tévêque d'Angers, nous » lui avons donné l'absolution de l'excommunication par lui » encourue à cause de sadite hérésie, en présence de » messire J. Lherbette, vicaire ; Vincent Motreuil, sacriste ; » P. Guilon, grand chapelain ; et Charles Fournier, chape- » lain, tous prêtres habitués en cette église, de M« Florent ^ Deshayes, notaire royal et autres notables ».

Cet exemple fut suivi par plusieurs personnes, notamment, le 9 août 4686, par Marie Prunier, veuve de messire Daniel de Laupinière (2), et, le 6 mars 4688 , par Hélène Perrineau servante de M. de Boismoreau (3).

Gédéon Lenfant mourut à Bazouges, le 26 août 4689, étant âgé de cinquante-cinq ans (4).

(1) Archives de Bazouges.

^2) (3) (4) Archives de l'Eut civil de Bazouges.

Il laissait deux filles : Marie-GabrieUe^ qui avait épousé le 23 décembre 1688, Paul Le Noir, habitant Saumur, écuyer, sieur de Pas de Loup, âgé de trente deux ans, veuf en premières noces de Marthe Chai (1) ; et Suzanne^ qui épousa vers 4716 Joachim d*Arnac.

Suzanne Poitevin, veuve de Gédéon Len&nt décéda vers 1710(2).

Marie-Gabrielle Len&nt et Suzanne Lenfant

24® seigneur.

Ses deux filles restèrent plusieurs années dans l'indivision, probablement jusqu'en 1715, époque du mariage de Suzanne avec Joachim d'Arnac, chevaher de Tordre militaire de Saint - Louis , premier capitaine au régiment de Navarre (3).

Suzanne Lanfant. — 25« seigneur.

Les jeunes époux prirent les fiefs de Boismoreau et de fiazouges ; mais ils n'en restèrent pas longtemps propriétaires, car ayant résolu de quitter le pays, ils les vendirent, le 9 mars 1720, à Damien Fontaine (4)

(1) Archives de TEtat civil de Bazouges.

(2) Pendant la durée du XVII* siècle, les assises de la seigneurie de Bazouges furent tenues une fois, au Palais-Boyal de la Flèche (10S7)et les autres fois, tantôt au château de Bazouges, tantôt dans une maison quelconque du bourg, le plus souvent dans ceUe de dorent Deshayes, procureur fiscal de la terre.

(3) U était fils de Pierre d'Arnac seigneur de la Melaudière et de la Tessonnière (paroisse de Poligny, près Le Blanc, en Berry) et de Marie Gilbert (archives de Bazouges).

(4)Suzanne Lenfant et Pierre d'Arnac, d'ailleurs, n'eurent pas d'enfants (archives de Bazouges).

Damien Fontaine. — 26« seigneur.

Le nouvel acquéreur était de la famille des Fontaine de Biré, Fontaine de Mervé, Fontaine de Mordoit et il appartenait à une branche, qui portait le nom de la Crochinière, fief acheté vers le milieu du XVI« siècle, à Françoise de Laval, comtesse de la Suze, par N.... Fontaine (4). Damien Fontaine était conseiller du roi, receveur des tailles de l'élection de la Flèche. Son épouse se nommait Marie Orceau ; elle mourut jeune. Lui môme disparut avant 1735, car à cette époque, les assises de la seigneurie sont tenues à la requête et par devant ses enfants mineurs émancipés, l» Marie Fontaine épouse de Louis Baudard écuyer conseiller du roi, receveur des tailles de l'élection de la Flèche.

2» Claude-Auguste Fontaine, plus tard de la Tousche,

lieutenant au régiment de la Couronne infanterie. 3® Louis - Damien - Jacques Fontaine , plus tard de

Bazouges.

4° Joseph-Philbert Fontaine, plus tard de Boismoreau,

27«« seigneurs indivis.

Louis - Damien - Jacques Fontaine. — 28« seigneur Les partages furent effectués peu de temps après ; Louis-

(1) Celui-ci était père de Jacques Fontaine qui vivait en 1592.

Nous connaissons encore de la même famille :

Christophe ForUainey sieur de la Crochinière, conseiller du roi, grenetier au grenier à sel de la Flèche^ époux de noble demoiselle Le Devin (reg. de TE. C. de la Flèche).

Jacques Christophe Fontaine, leur fils, né à la Flèche, le 7 janvier 1637 (idem).

Louis Fontaine de La Crochinière, procureur du roi au siège présidial de la Flèche, qui vivait en 1718 ( reg. de FEtat civil de Bazouges ).

René François Fontaine de la Crochinière, conseiller du roi, receveur des taiUes de Télection de la Flèche, qui vivait en 1790 ( idem ).

— Si —

Damien-Jacquety devenu seigneur de Bazouges, appela, en 1744, tous ses vassaux, aux assises de la terre et lança, dans ce but, de très nombreuses assignations.

Le 28 septembre 4752, il fit relever, rue de la Juiverie, le poteau de justice qui était tombé, ayant le « droit, dit-il, * d'avoir gibet à deux piliers à liens audessus et audessous, 1 dedans et au dehors, avec les autres droits à lui attribués » par l'article 42 de la coutume d'Anjou, et en outre étant » fondé à placer dans son fief, terre et seigneurie, poteaux > à ses armoiries avec carcan pour marquer sa justice et sa » seigneurie >.

En conséquence, il fit peindre sur les quatre faces du poteau son écusson : d'azur au chevron brisé d'argent accompagné en chef de deux trèfles d'or et en pointe d'une gerbe de même; et celui de sa femme (inconnue) : d'azur à un agneau d'argent portant un étendard de gueules,

Louis-Damien-Jacques Fontaine mourut en 4756, laissant une succession insolvable.

François Aumont. — 29« seigneur.

Les terres de Bazouges et de Boismoreau furent saisies par les créanciers et vendues à François Aumont^ écuyer, capitaine exempt des gardes de la prévôté de France, né fi Sillé-le-Guillaume et à dame Marie Hubert son épouse (1).

Le 27 mars 4762, les nouveaux seigneurs firent remplacer les armes des prédécesseurs par les leurs, qui étaient, pour François Aumont : d'argent à 3 seaux de.,, avec 3 cannettes de.... posées dessus ; et pour sa femme : d'argent à la fasce d'azur chargée de 3 étoiles d'argent^ accompagnée de 2 roses

(i) Elle avait eu pour père Claude Hubert, ofAcier chez le roi, mort à ChemiréenCharnie, en 1746, et pour mère, Marie-Marthe Le Comte, née à Cérans, en 1695, morte à Bazouges, le 22 septembre 1766. Elle même, 8'était mariée à Chemiré en Chamie, sa paroisse natale (archives de l*Etat civil de Bazouges).

— Sade gueules posées en chef et d'un croissant de même posé en pointe.

François-Julien Auraont mourut à Paris, le 16 juin 1764, et fut enterré le lendemain à Samt-Sulpice. Il était âgé de quarante-cinq ans et laissait une veuve jeune encore après vingt deux ans de mariage (1).

Marie Hubert. — 30« seigneur.

Aussi la retrouvons-nous , dès le 22 septembre 1766 , remariée à Pierre- François de Frémont, chevalier, seigneur des Essarts, ancien officier au corps des carabiniers et pour lors gendarme de la garde ordinaire du roi.

Le 5 octobre 1767, il fit substituer, sur le poteau de justice, aux armes de François Aumont, les siennes propres qui étaient : d'azur au chevron d'argent accompagné de 3 hillettes de même posées 2 en chef et i en pointe.

Il ne tarda pas à mourir d'ailleurs, laissant à Marie Hubert, le soin de soutenir un formidable procès contre la baronnie de la Barbée. Ce procès, dont Toiigine remontait à plusieurs siècles et qui avait été pour ainsi dire, sans cesse ouvert entre les deux fiefs voisins , entra dans une crise aiguë. Ce n'était point une petite affaire que de répondre aux sommations maintes fois renouvelées, d'entretenir une correspondance active avec une foule de gens de loi, et de soutenir avec honneur la lutte engagée.

Ce procès, sur lequel nous reviendrons en détail, lorsque nous parlerons de la Barbée, avait pour objet la seigneurie de paroisse et n'était pas encore terminé lorsque la révolution le trancha d'une manière très explicite en supprimant les droits litigieux (2)

(i) Ayant épousé François Aumont alors qu'elle n'était encore Agée que de 16 ans. elle avait, au moment de la mort de son époux, 38 ans. (Archives de l'Etat civil de Bazouges).

(2) Pour le moment, nous citerons seulement la note suivante qui

François Auraont — 34® seigneur.

Marie Hubert vécut au moins jusqu'en 4778. Après sa mort, un fils qu'elle avait eu de son premier mariage (4), Français Aumont , chevalier de Saint-Louis, capitaine au

fut rédigée en 1775 et qui donne quelques détails sur les flefs du

pays, c Cinq fiefs entourent l'église de Bazouges. Le comte de Durtal

prétend qu'ils relèvent de lui, soit nument soit par moyen. Ce sont la Barbée f le Grand - Verrière, le fief de la Cure , celui de la Masselière et celui de la Queue à la Hardouine. Or il y a dans le bourg de Bazouges deux fiefs de la Barbée, deux fiefs de la Cure, deux fiefs de la Masselière etc.. Voici comment : » C'est une régie générale dans le royaume que fief et justice n'ont rien de commun ; mais en Anjou il n'y a point de fief sans justice, ni de justice sans fief, en sorte que les droits de Tun et de l'autre sont confondus. Aussi, quand un fief se trouve placé sous deux mouvances ou dans deux justices différentes, ce fief doit être distingué en deux parties principales qui subsistent par elles mêmes et deviennent étrangères l'une à l'autre. De là il se forme autant de fiefs indépendants qu'il se trouve d'objets dans différentes mouvances. Ainsi le fief de la Barbée, qui s'est trouvé avoir des dépendances dans la seigneurie de la Flèche et dans celle de Durtal, a formé dans le principe deux fiefs, qui ont relevé chacun des seigneurs auxquels ils étaient subordonnés. Il en est de même des fiefs de la Cure, de la Masselière, etc.

c Comme la haute justice de la Flèche n'embrasse pas la totalité du territoire de Bazouges et que celle de Durtal s'étend vers la partie occidentale du bourg, il est tout simple que le corps de ces fiefs soit placé dans la mouvance de la baronnie de la Flèche et que les extensions ou dépendances qui se trouvent dans la haute justice de Durtal soient regardées comme autant de fiefs distincts, qui n'ont plus aucune relation ni pour la justice, ni pour la féodalité, avec ceux mêmes dont il ne sont qu'une émanation. » (Archives de la mairie de Bazouges).

Les propositions soutenues dans cette note sont contestables sur certains points, mais les théories féodales qui s'y trouvent développées sont assez intéressantes.

(1) Du second mariage, elle eut une fille : Anne-Marie-Armende qui épousa Jean-Louis Chatou de Morandais, capitaine au régiment roya^ infanterie d'Auvergne — et un fils : Pierre de Frémont des Essarts, capitaine de cavalerie, chevalier de Tordre royal et militaire de Saint-Louis, seigneur de l'Honmiois-en-Chamie. (Archives de la Barbée).

régiment d'Orléans, devint propriétaire de Bazouges et de Boismoreau.

En 1791, il émigra et fut capitaine commandant de volontaires, dans le régiment de Damas.

La révolution terminée, il revint habiter son château de Bazouges, où il mourut en 4808.

De son mariage avec Madeleine - Christine Jauaon il eut trois filles.

L'une d'elles épousa M. Le Louvier.

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