‹ La cité de Liège au Moyen̂-AgeChapitre 13 sur 51 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

la forêt de Glain vers la vallée. Le sommet et les flancs de Pierreuse étaient couronnés également d'une chevelure de forêts. De toutes parts, la nature sauvage et inviolée cernait la petite oasis de culture qui occupait l'extrémité inférieure du vallon.

Quelques cabanes en torchis et au toit pointu, disséminées le long du ruisseau et au pied de la colline, voilà tout ce qui constituait, il y "a vingt siècles, ce qu'un vieux chroniqueur appelle naïvement (c le premier visage de Liège » (i). A quelle époque remontait ce village?

A en juger d'après le résultat de fouilles récentes, Fendroit était déjà habité pendant l'âge préhistorique. Au milieu de la place Saint-Lambert, l'exhumation d'un « fond de cabane )> est venu soudain révéler aux Liégeois ce que l'histoire était impuissante à leur apprendre (2). On sait aujourd'hui que longtemps avant l'arrivée des Celtes dans le pays, des hommes dont c)ïnré~connaît ni la race, ni la provenance, avaient pris pour siège d'un de leurs campements le site prédestiné où devait plus tard s'élever la grande ville. Ils y passèrent des siècles peut-être, sans annales et sans avenir, en lutte avec les bêtes sauvages de la forêt, jusqu'au jour où enfin pénétrèrent dans le pays les premiers conquérants celtiques. Avec ceux-ci commence l'histoire.

Pour la ville de Liège, il est vrai, cette histoire reste plongée dans un demî-jour crépusculaire. Elle débute par les renseignements imprécis que nous ofire la linguistique. Ces renseignements se réduisent .

(1) Manuscrit 18670 de la Bibliothèque Royale de Belgique, f. 1.

(2) V. sur ceci la Chronique de Vlnstitut archéologique liégeois année 1907. ^

LA NAISSANCE DU VILLAGE DE LIÈGE

à la forme d*un petit nombre de noms géographiques : Glain (Glanis), Jupille (Jopila), Angleur (Angledura). Nivelle sur Meuse [Nivigella), voilà les traces irrécusables de la nationalité des hommes qui ont créé à Liège et dans les environs de Liège les plus anciens noms de lieu. Tous ces noms font partie de la langue parlée par les braves qui défendirent notre pays contre les armées de César. Ils nous apprennent que les Belges appartenaient à la race celtique et qulls en parlaient un des dialectes. Mais ils ne nous font rien savoir de plus, et l'on perdrait son temps à les interroger davantage.

Pendant les premiers siècles de notre ère, l'existence du village du Glain s'est déroulée obscure et ignorée. La civilisation .romaine, qui, à quelques lieues de là, s'épanouissait avec opulence dans la cité de Tongres, a certainement effleuré les pacifiques habitants de la vallée (i). Les nombreuses traces d'une villa découverte en 1907 à la place Saint- Lambert, tout près du fond de cabane de l'époque préhistorique, ne permettent pas de douter que Liège ait continué d'être habité pendant la période romaine. Le moyen âge en était convaincu et racontait à ce sujet une légende assez bizarre. « Au temps d'Auguste, écrit un chroniqueur du XIII^ siècle, il y avait au revers de Publémont, du côté qui regarde la Meuse, une habitation des plus, agréables que s'était bùtie un certain Asiulf. Non loin se trouvait un ravin qu'on appelait le Puits d'Enfer. C'est de là, selon les habitants, que sortaient les tempêtes et les

(t) Il n'y a aucune conclusion à tirer de la découverte de monnaies romaines en Basse-Wez an commencement du XIXe siècle; cf. Gobert, l^s rues de Liège, t. I, p. 102.

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