‹ La cité de Liège au Moyen̂-AgeChapitre 14 sur 51 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

éclairs )> (i). Il n'y a dans cette tradition qu'une preuve de la tendance très ancienne des peuples modernes à se rattacher aux maîtres du monde, tout comme ceux-ci eux-mêmes affectaient de revendiquer une origine troyenne. Et il manquerait singulièrement de critique, celui qui invoquerait à l'appui de la légende les récentes révélations de Tarchéologie sur l'ancienneté de la ville de Liège.

La ville, au surplus, serait bien loin de pouvoir se vanter d'une si haute antiquité, si l'on pouvait ajouter plus de foi à une autre tradition liégeoise, de provenance ecclésiastique, et consignée par écrit un bon siècle avant Gilles d'Orval. Elle raconte que saint Monulfe, évêque de Tongres vers la fin du Yl^ siècle, passant un jour sur les hauteurs de Liège, y eut une vision et prophétisa le grand avenir réservé à la localité, qui serait glorifiée par le martyre d'un saint. Et elle__ ajoute que l'évêque ordonna aussitôt d^y^âtir une petite église, qui fut dédiée en l'honneur, des saints Cosme et Damien (2). Mais cette prétendue tradition a beau invoquer le témoignage de l'antiquité et les écrits du passé (3) : elle a tout l'air de n'être autre chose qu'un thème littéraire développé par un écrivain qui avait des prétentions au style. C'est une prophétie faite après coup, dont l'historien n'a pas autrement à s'occuper.

Écartant donc à la fois la fable classique et la légende ecclésiastique, nous retiendrons, mais exclusivement sur la foi des données toponymiques et archéologiques exposées ci-dessus, que l'origine du

(0 Gilles d'Orval, I, 5o, p. 58.

(2) Vita Lamberti par le chanoine Nicolas dans Chapeaville, t. I, p. 3gg.

(3) Sicut narrât antiquitas et scripta patrum edocent. Nicolas, 1. c.

LA NAISSANCE DU VILLAGE DE LIÈGE. 7

village de Liège remonte au-delà de notre ère, dans les ténèbres d'un âge qui n'a pas eu d'historien.

II était compris dans un de ces fundus qui partageaient alors tout le sol de la Gaule en un certain nombre de domaines territoriaux concentrés dans les mains de la classe riche. Sans doute, le grand propriétaire tongrois auquel il appartenait vivait dans le domaine de Liège au milieu de son exploitation, entouré d'un peuple de colons et d'esclaves dont le travail pourvoyait à ses besoins. Les écrivains des derniers siècles de l'empire nous ont tracé un tableau vivant de cette existence des landlords du temps, qui avaient transporté dans leurs villégiatures tout le luxe et toute l'élégance raffinée de la civilisation impériale-- — ' "

La conquête de la Gaule par les Germains vint bouleverser cette heureuse condition. De bonne heure, la vallée de la Meuse, trop rapprochée des frontières de l'Empire, vit la paix romaine troublée par l'apparition des grands barbares aux moustaches rousses, qui venaient, comme les Normands du IX<^ siècle, massacrer, piller et incendier. L'invasion des Chauques en 170(1), mais surtout les invasions successives et réitérées des Francs pendant la seconde moitié du III^ siècle (2) ont semé de ruines toute la Gaule, et il est peu probable que la villa des bords du Glain ait échappé aux flammes de l'incendie. Si elle fut rebâtie au IV^ siècle, ce ne fut, certainement, que pour finir d'une manière définitive pendant le terrible cataclysme de 406, qui semblait avoir arraché

(0 V. Bulletin des commissions royales d'art et d'archéologie^ t. V. et Schuermans dans jB/AL, XIII (1877).

(2) G. Kurth, Clovis, t. I, pp. 60-76.

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