‹ La cité de Liège au Moyen̂-AgeChapitre 15 sur 51 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

toute la barbarie germanique à son sol pour la jeter comme un torrent sur les provinces romaines. Toutes les villas romaines furent incendiées — c'est l'archéologie qui nous Tapprend — et, il n'y a pas moyen d'en douter, celle de Glain fut du nombre. D'un passé de cinq à six siècles il ne resta rien.

Lorsque l'invasion se fut écoulée, le pays n'était plus qu'une proie pour le premier conquérant venu, et les Francs purent s'en emparer sans difficulté. Ils s'y répandirent en masses compactes le long d'une frontière marquée, en général, par la chaussée militaire qui courait de Bavay à Cologne, en passant par Tongres et par le Pont de Meuse (Pons Mosae), plus tard Maesîricht. Ces deux localités tombèrent entre leurs mains; ils en exterminèrent ou asservirent la population belgo-romaine et se firent ses héritiers. C'est peu en aval de Liège que vinrent expirer, sur les bords de la Meuse et dans les plaines fertiles de la IJêsbayep-les- postes nombreux de la colonisation germanique. La frontière actuelle des provinces de Liège et de Limbourg coïncide à peu près avec celle qui, au siècle, sépara les immigrants des indigènes. Au sud de cette ligne, la population belgoromaine semble s'être conservée compacte, ou du moins avoir absorbé rapidement les barbares qui sont venus s'établir au milieu d'elle (i).

he fiindus dont faisait partie le village du Glain conserva donc, comme ceux qui l'avoisinaient, sa population belgo-romaine avec l'usage de la langue latine. Mais sa destinée ne fut pas la même que la

(i) G. Kurth, La Frontière linguistique en Belgique et dans le nord de la France^ t. I, pp. 544-547.

LA NAISSANCE DU VILLAGE DE LIEGE

leur. Il iVéchut pas en partage à quelque barbare introduit par la conquête, il resta dans le lot des rois francs, héritiers des empereurs romains, et continua de n'avoir d autre maître que le chef de l'État. II devint un domaine public, une villa publica, comme disaient les Romains, une villa leudica, comme disaient les barbares en fabriquant un mot hybride (i) pour marquer cette relation de sol avec l'État. Il faut croire que l'immense majorité des domaines avoisinant Liège avaient fait l'objet de l'appropriation privée, puisque ce qualificatif de leudique finit par devenir, dans le latin barbare issu de la conquête, le nom même de Liège. Ce nom ne s appliquait pas spécialement au village, mais au domaine tout entier dans lequel le__yillage était compris, et qui n'avait d'autres limites que celles d'Avroy au sud et de Herstal au nord (2). On disait nemiis leudicum pour toute la partie de ce domaine restée boisée, on disait Leudicum sans plus pour l'agglomération habitée (3). Insensiblement, le nom nouveau se substitua au nom primitif de Glain, qui a fini par disparaître totalement. L'ignorance de ce phénomène toponymique a induit les historiens liégeois à rajeunir singulièrement leur ville : la trouvant dotée d'un nom germanique, ils en ont conclu qu'elle n'était

(») LeudicuSf (peut-être identique à lae tiens) est formé du germanique h'nd qui signifie le peuple, et a par conséquent le sens de public. Le terme mérovingien de leudes et l'allemand actuel leute sont des transcriptions de liod.

(2) Cf.. les judicieuses observations de M. Mahieu dans la conclusion de *on article Villa romaine de JSeufchàteau à Marlagne {icmtWt), ASA.N, XX^I (1895) p. 444 et 445.

(3) Sur tout ceci, voir mon mémoire intitulé : Les origines de la ville de Uè()t dans BS.\EL, t. II (1882) pp. 32-45.

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