‹ La cité de Liège au Moyen̂-AgeChapitre 16 sur 51 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

pas antérieure à l'époque de la conquête franque, et ils lui ont enlevé une bonne demi-douzaine de siècles d'existence (i).

Il vint un jour où le domaine public des bords de la Meuse perdit la qualité qui lui avait valu son nouveau nom : je veux dire qu'il cessa d'appartenir à l'État. Les rois mérovingiens, on le sait, distribuaient en libéralités des quantités énormes de terres, et l'Eglise était au premier rang des privilégiés sur lesquels pleuvaient ces largesses. Le diocèse de Tongres, qui comprenait à peu près toute la Belgique orientale, ne tarda pas à être gratifié, lui aussi, de nombreuses donations royales. Les souverains le visitèrent à plus d'une reprise : on voit Childebert II tenir un plaid à Maestricht en SgS, et plusieurs traditions qui semblent dignes de foi nous affirment les relations entre la dynastie et les évêques de Tongres. Ceux-ci acquirent d'assez bonne heure la possession de Jeur-ville épiscopale et de divers autres domaines grands et petits. De plus, en vertu d'une autre libéralité royale, ces domaines jouissaient du privilège de Vimmimité, c'est-à-dire qu'il était interdit à tout fonctionnaire public d'y pénétrer pour exercer un acte d'autorité quelconque. Seuls, les agents du seigneur ecclésiastique avaient le droit d'y fonctionner, étant les intermédiaires entre le pouvoir public et la population du sol immunitaire. Liège fut du nombre des terres ainsi soustraites aux agents de l'État pour ne relever que de l'Église.

On ignore la date précise à laquelle les évêques en

(i) J'ai encore partagé l'opinion commune dans le mémoire que je viens de citer, et dont diverses assertions ont été rectifiées depuis dans mon étude intitulée Legia.

LA NAISSANCE DU VILLAGE DE LIÈGE

firent Tacquisition, mais on sait que saint Lambert en était déjà possesseur dès les premiers jours de son épiscopat, et qu'il la faisait administrer par un juge privé (i). Ce n'est donc pas après le milieu du VII^ siècle qu'il faut placer la transformation du domaine public de Liège en terre d'Église. Cette fois encore, 1 histoire a négligé de consigner les faits que nous exposons ici, mais elle les implique, et l'érudition moderne n'a que la peine de les dégager.

Le voile qui couvre les destinées du village de Liège commence enfin à se lever vers 660. C'est en ce moment que saint Lambert devient évêque de Tongres, et c'est dans sa vie que nous trouvons les premiers renseignements explicites sur la future cité. Maestrichtois d'origine et appartenant à une des grandes familles du pays, il avait achevé son éducation à la cour, sous la direction de saint Théodard, évêque du diocèse. A la mort de ce prélat, il était, grâce à la faveur royale, monté sur le siège épiscopal de Tongres. Au moment de son élévation, Liège, avons-nous dit, faisait déjà partie du patrimoine de ce diocèse. Le saint avait une prédilection pour la solitaire et tranquille vallée dont rien encore, à cette époque, ne faisait présager les grandes destinées. Dès les débuts de son pontificat, il y avait transporté les restes de son prédécesseur (2). Lui-même y avait sa résidence d'été à côté de l'église, dans une grande maison où il vivait avec un assez nombreux personnel de jeunes clercs qui se formaient sous sa direction au ministère sacré '3). Essayons de nous représenter

(0 Yita Camberti, n» 27, p. 579.

(2) Vita Theodardi, n» i8, p. 592.

(3) Yita Lamberti, n<> 16. p 577.

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