‹ La cité de Liège au Moyen̂-AgeChapitre 18 sur 51 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La rudesse des mœurs restait grande, les actes de violence et de spoliation étaient quotidiens. Il régnait beaucoup d'insécurité dans le village de Liège, puisque nous voyons que la maison de l'évêque était gardée toutes les nuits par des veilleurs (i).

Cette précaution n'était pas inutile. Depuis quelque temps, une querelle d'une certaine gravité avait altéré les relations entre l'église de Tongres et l'adtoinistrateur des domaines royaux, le domesticus Dodon. Cette querelle n'est qu'un épisode isolé dans une longue et monotone histoire. Partout, au VII^ siècle, l'Église, propriétaire territorial à la fois riche et désarmé, se voyait en butte aux entreprises des grands, toujours avides d'augmenter leurs propriétés, fût-ce au moyen de violences sacrilèges. Le moment était proche où la spoliation allait être généralisée et rendue légale par la mesure qu'on a appelée la sécularisation-de Charles- Martel. En attendant , les grands préludaient à cet acte par toutes les mesures de brigandage imaginables. , De quelle nature au juste fut la querelle que le domesticus Dodon chercha à l'église de Tongres ? Revendiqua-t-il le domaine de Liège comme une ancienne propriété de l'Etat, ou souleva-t-il des difficultés de frontières, ou disputa-t-il à l'évêque quelque autre terre ecclésiastique, nous l'ignorons. Ce que l'on sait, c'est que les gens de saint J^ambert en venaient fréquemment aux mains, à l'insu de leur maître, avec ceux du domesticus. Dans une de ces rencontres, deux parents de celui-ci, nommés Gall et Riold, furent tués et le domesticus résolut de les venger par la mort de l'évêque lui-même.

LA NAISSANCE DU VILLAGE DE LIÈGE. l5

Saint Lambert résidait alors avec ses disciples dans sa retraite de prédilection, à Liège. Un matin d'automne, — c'était vers yoS — à l'heure où les ténèbres de la nuit luttaient encore avec les premières lueurs de l'aube, il y fut surpris par une troupe d'hommes armés aux ordres de Dodon, qui envahirent le cortil de sa maison et donnèrent un violent assaut à celle-ci. Pendant gue les fidèles du saint, avec un courage que leur petit nombre rendit stérile, s'efforçaient de repousser les assaillants, l'évêque se préparait à la mort. Dans le premier moment de trouble, il avait saisi une épée qui se trouvait pendue dans sa chambre, comme s'il était disposé à vendre chèrement saviejjnais. aussitôt il la jeta, et il exhorta les siens à accepter la mort en expiation du meurtre dont ils étaient coupables eux-mêmes. Puis, pendant que la lutte continuait au dehors, il alla se prosterner en prière dans sa chambre, où il attendit le coup mortel. Bientôt les quelques défenseurs de l'évêque eurent succombé sous le nombre, et alors, dans son impatience d'en finir, un des soldats de Dodon, au lieu de perdre du temps à enfoncer la porte probablement barricadée, s'élança sur le toit de la maison, écarta les chaumes qui la couvraient et d'un coup de lance tua le saint prosterné (i). Leur crime commis, les meurtriers se retirèrent, et alors ceux des clercs qui avaient pris la fuite revinrent pleurer sur les cadavres de l'évêque et de ses généreux compagnons de martyre. Aidés des habitants de Liège, ils recueillirent ces restes sacrés, les déposèrent dans une

(0 En 1896, lors de l'ouverture de la châsse du saint, à laquelle on avait oublié de convoquer les historiens, le médecin qui examina le crâne constata à l'occiput une blessure profonde.

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