ÉCHEVINS SURVIVANTS
Gilles le Bel (i3o7- i3i6) de Borman, p. io5. Fastré Baré (i3oi - 1332) Id. p. 101.
Pierre Boveal (i3i3- i32i) Id. p. 109.
Nicolas de Charneux, Id. p. 114. Ce dernier est douteux.
(2) De Borman, t. I, p. 111
(3) Pour les contemporains, ce lugubre événement était le Mal ou les Mais. C'est ainsi qu'il est régulièrement appelé dans la Paix d'Angleur qui est du 14 février i3i3.
« Sachent tuis que nos de nostre common accord disons et ordinons que de tous les mais qui avinrent le jeudi à la nuit après la feste saint Pire awost
entrant derainement passée — ■ soit fait compensation, etc. ». Bormans,
Ordonnances, t I, p. 142.
« Après nos disons que tous cheaz qui ont estait hors de Liège cuy ons at osteiî de leur borgesie et fais albains al ocquison des dis mais revenront à Liège salvement, etc. » Ibid., p. 144, c. 14.
« demander alcun chose pour les mais deseurdis. » Ibid., p 145,
(( al ocquison des dis mais. » Ibid., p. 145, c. 21.
L'AVÉNEMENT t)E LA DEMOCRATIE.
Ce fut le plus terrible épisode des luttes communales de Liège, le plus sanglant, le plus grave aussi par ses conséquences. Le patriciat perdait à jamais toute chance de redevenir le maître du Conseil. Ce corps, hier encore si puissant et si hautain, se trouva tellement épuisé qu'il ne lui restait plus qu'à traiter. C'est ce qu'il fit sans trop attendre. Dès le 11 novembre, le mambour de son choix, le comte Arnoul de Looz, venait faire amende honorable au Chapitre de Saint- Lambert et reconnaissait, pour la seconde fois, qu'il
« de mal qui avenus est à Liège ors derainement et dict lait qui touche et desquende del dit mal. » Ibid., p. 146. c. 23.
Les échevins de Liège ne parlent pas un autre langage : pour eux aussi, la tragique aventure du 3 août s'appelle purement et simplement le mal; v. le Paweilhar aux articles, art. 171, p. i25 : « se fut ensengné par nos devantrains devant le mal » et art. 208, p. i38 : « il advint l'an i3i2 anchois le mal ».
Plus tard, les chroniqueurs se crurent obligés de spécifier et ajoutèrent un déterminatif; c'est ainsi que Jean d'Outremeuse écrit : Et dix ains après, si comme je diray, avient li mais de Saint-Martin. (T. VI, p. 32; cf. VI, p. 190).
Le sens est donc parfaitement clair, et Polain a rendu un mauvais service à l'historiographie, en faisant le premier du Mal Saint-Martin « la Male-Saint Martin » ( 1 ) Ce mot ne pourrait signifier en français que la mauvaise fête de Saint-Martin (i 1 novembre) et n'aurait aucun sens quelconque, l'événement en question étant du 3 août et non du 1 1 novembre. Polain s'en est aperçu lui-même d'assez bonne heure, mais au Heu de se corriger, il s'est fourvoyé davantage en transformant sa maie Saint-Martin en un mal Saint- Martin qu'il essaie de justifier par cette note : « Le mot mal (mallum), avons-nous » dit, signifia d'abord une assemblée de justice ; on s'en servit ensuite pour » désigner toute espèce de grande réunion populaire (! ). On l'employait « encore chez nous, dans ce sens, au XVI le siècle. V. la Mal Saint-Jacques et y> la Mcl Saint-Gilles dans mes Récits historiques ». Cet argument de Polain eGl mouï : la mal Saint-Jacques et la mal Saint-Gilles sont des appelations inventées par lui ; quant aux paroles que j'ai soulignées, il aura suffi de cette opération pour en faire justice. Et dire que sur la foi de Polain, tous les historiens liégeois ont admis, qui la « maie Saint-Martin », qui la « Mal Saint- Martin »! M. de Borman a, cette fois encore, le mérite d'avoir le premier relevé l'erreur (t. I, p. 69, note 1). Si j'ai développé sa démonstration, c'est dans l'espoir de faire désormais disparaître de nos manuels une appellation aussi erronée au point de vue historique qu'à celui de la philologie.
(1) Dans ses Esquisses historiques de l'ancien pai/s de Liège 1837, puis dans son Histoire de Vancien pays de Liège, t. II, p. 82.
n'avait aucun droit à la mambournie (i). Les pourparlers de paix furent ouverts dans les premiers jours de i3i3 (2). Huit arbitres, choisis moitié par le Chapitre et par la Cité « son alliée moitié par le comte de Looz pour lui et pour les patriciens bannis, se réunirent à Angleur et élaborèrent un instrument de paix qui fut publié le 14 février i3i3 (3). Lue d'abord devant la porte et sous les tilleuls de l'abbaye de Saint-Gilles en Publémont, dont la tour antique domine encore aujourd'hui le panorama de Liège apaisée, la Paix d'Angleur fut ensuite proclamée solennellement au Perron du Marché, devant la multitude assemblée.
La Paix d'Angleur fut naturellement le triomphe du parti populaire (4). Le résultat immédiat de la journée du 3 août avait été l'exclusion totale des grands du conseil communal. Elle consacra ce résultat en décidant que « le gouvernement de la Cité demeurerait en son état jusqu'à ce qu'il plairait à la ville de l'amender )>, et que les grands ne pourraient faire partie du Conseil qu'à la condition de se
(1) Fisen, II, p. 52, parlant sans doute d'après une charte. Cf. ci-dessus,' p. 281. Il n'est pas impossible, toutefois, qu'il y ait ici une erreur de date, mais je ne suis pas en mesure de la vérifier.
(2) V. l'acte du 20 janvier i3i3 ^n. st.) dans Jean d'Outremeuse, VI, p 175, et dans Bormans, Ordonnances y t. I, p. 141, note i.
(3) Bormans, Ordonnances^ t. I, p. 141.
(4) Henaux, I, p. 3i3, écrit : « L'irritation produite par une lutte cruelle et la confiance née du succès rendirent les Petits intraitables ». Cette appréciation, en somme exacte, n'empêche pas le même auteur d'écrire un peu plus loin, p. 020 : « Ils (les Petits) y apportèrent l'esprit de gens qui ont longtemps souffert, c'est-à dire, la ferme résolution de n'user du pouvoir que pour le bien de tous. »
Voici comment se compose le dossier de la Paix d'Angleur, tel qu'il nous a été conservé par Jean d'Outremeuse, t. VI, pp. 175-1 85.
1. ^0 janvier 43 1S. Le Chapitre de Saint-Lambert pour lui et • por cheaz
L'AVENEMENT DE LA DÉMOCRATIE. 287
faire inscrire dans un des métiers (i). C'était déclarer que le patriciat cessait d'exister comme ordre, avec sa représentation spéciale et ses privilèges anciens, Après cela, il n'en devait guère coûter aux vainqueurs de laisser rentrer les bannis, de leur rendre leurs droits de citains et de leur restituer leurs biens confisqués. Toutes ces stipulations furent ratifiées, grâce à l'intervention du Chapitre, par le nouveau prince-évêque Adolphe de La Marck, avant même qu'il eût mis le pied sur le sol de la principauté. Il se contenta d'exiger du peuple la reconstruction de la basilique de Saint-Martin et pour le reste lui
de la communiteit de Liège nos aidans » et le comte Arnoul de Looz pour lui et « por cheaz de Liège qui sont hours de Liège et nos aloiés » désignent chacun quatre arbitres qui se réuniront à Angleur pour élaborer la paix. (Jean d'Outremeuse, t. VI, p. lyS ; Bormans, Ordonnances, t. i, p. 141, note).
2. 6 février 1513. Le Chapitre de Saint-Lambert et le comte Arnoul de Looz prorogent de huit jours la mission des arbitres chargés de faire la paix. (Jean d'Outremeuse t. VI, p. 177 infra ; Bormans, p. 142, note, où par erreur l'acte est mis sous la date du 16 février).
3. Le Chapitre de Saint-Lambert désigne des procureurs chargés d'agréer et de ratifier la paix arrêtée par les arbitres réunis à Angleur. (Jean d'Outremeuse, p. 178: Bormans, p. 141, note).
4. Les maîtres, les jurés, les gouverneurs des métiers et toute la communauté de la Cité de Liège désignent pour leur procureur, aux mêmes fins, Jean de Ville, clerc de la Cité. (Jean d'Outremeuse, p. 179 : Bormans, p. 142, note).
5. ■/4 février 4315. Procès- verbal de la proclamation de la Paix d' Angleur, faite devant la porte et sous les tilleuls de l'abbaye de Saint-Gilles. (Jean d'Outremeuse, p, i85; Bormans, p. 145).
6 14 février 1313. Paix d'Angleur (Jean d'Outremeuse. p. 179; Bormans, p. 141).
(1) « Et ne seront point cheaz qui revenront en la vilhe de conselhe de la de la vilhe, s'ille ne veulent eistre de mestier ou de leur XXV ». Dans Jean d'Outremeuse, t. VI, p. iSi. Ce texte semble corrompu : il veut dire évidemment que le patricien qui veut être du conseil doit être d'un des XXV métiers, et il nous fait connaître, pour la date de i3i2, le chiffre de ceux-ci, si toutefois ce chiffre lui-même n'est pas altéré.
accorda une amnistie plénière, dont il eut soin d'excepter formellement les grands (i).
Le gouvernement de la Cité était devenu une démocratie pure (2). Au lendemain du 3 août, tous les patriciens du Conseil étaient morts ou en fuite : les jurés plébéiens y restaient seuls avec le maître
(1) Acte du 9 janvier i3i4. Bormans, Ordonnances^ t. I, p. 147; Bormans et Schoolmeesters, t. III, p. 128; de Borman, t. I, p. 448.
(2) A en croire Jean d'Outremeuse, t. Vt, p. 190, Adolphe de La Marck aurait poussé plus loin la partialité en faveur des petits; il aurait remplacé les échevins tués au Mal Saint-Martin par des plébéiens. « Et aussi al supplication del capitle, il mist des esquevins à Liège de commun peuple, en restitution de cheaz qui mors estaient à Mal de Saint Martin : si translatât le grant sanc (sauc = sceau ?) el nation des gens de mestiers; Hanoseais en fut un, et Gerars Nadon de Votem un, et des altres teis. » Cette affirmation, bien que reproduite par tous nos historiens, n'est autre chose qu'une légende. Nous possédons la liste complète de l'échevinage de iSiy; la voici :
Il n'y a guère là que des noms de patriciens, et M. de Borman, t. I. p. 1 14, est bien bon d'admettre, sur la foi de Jean d'Outremeuse, que Gérard de Vottem (= Gérard Nadon) et peut-être Gilles de Mouchet et Jacques de Florence appartiennent aux petits. Il laudrait une autre autorité pour nous le faire admettre.
En ce qui concerne Jean Hanoseal, le boucher, qui est, lui, un plébéien avéré (v. Hocsem, p. 38o), il n'apparaît sur nos listes scabinales qu'en i325. (de Borman, 1. 1, p. 451 ; cf, p. i63). Il est vrai que, selon M. de Borman, il s'appelait aussi de Thions ou de Thienes, et il faudrait alors l'identifier avec le Jean de Thines de notre liste de 1 3 17. Je ne suis pas en état de me prononcer, n'ayant pas sous les yeux quelques chartes inédites qui ont servi à M. de Borman pour la composition de sa notice, et j'avoue que j'ai un certain doute au sujet du scabinat de notre personnage. La Lette aux assailles est un document suspect à plus d'un titre. Dans tous les cas et même en admettant que le plébéien Hanoseal ait fait partie du tribunal des échevins dès i3i3, il y aurait été une exception unique, faite pour confirmer la règle, et l'affirmation de Jean d'Outremeuse n'en reste pas moins une bourde.
Gilles de Charneux.
Fastré Baré.
Jean de Lardier.
Guillaume de Flémalle.
Gérard de Vottem.
Gilles de Mouchet.
Henri Zutemine.
Eustache de Crisnée.
Pierre Boveal.
Baudouin de Hollogne.
Gosuin de Warzée.
Jean de Thines.
Jacques de Florence.
Gilles Bécheron.
(de Borman, t. 1, p. 460).
L'AVÉNEMENT DE LA DÉMOCRATIE
plébéien (1). Sans tarder, ils y introduisirent les gouverneurs des métiers, alors au nombre de vingt-cinq, qui vinrent siéger de plein droit à côté d'eux. Mais ce n'est pas tout. Allant d'un seul bond jusqu'à l'application la plus radicale du principe démocratique, le parti populaire appela tous les Liégeois, sans exception, à l'assemblée générale de la Cité, à qui était réservé le dernier mot dans toutes les questions importantes (2). Au milieu de l'effervescence révolutionnaire dans laquelle se firent ces grandes transformations, personne, cela va sans dire, ne songea à prendre des précautions contre les abus inévitables que devait entraîner ce régime. La représentation des métiers créait un conseil au sein du Conseil et devait fatalement aboutir à l'absorption de celui-ci par celui-là. On en eut tout de suite un. avant-goût dans la reproduction d'un phénomène dont on avait été témoin lors de la naissance du Conseil. De même qu'au XII^ siècle les jurés, quand ils vinrent siéger à côté de l'échevinage, calquèrent l'organisation de ce dernier corps en mettant à leur tête deux maîtres de la Cité pour faire pendant aux deux maîtres des échevins, de même les gouverneurs, quand ils vinrent siéger à côté des jurés, mirent à leur tête deux maîtres des gouverneurs pour faire
(1) Les jurés étaient auparavant au nombre de quarante, vingt de chacune des deux classes. Ne furent-ils plus que vingt après le 3 août, ou bien parfiton l'ancien nombre en appelant au conseil vingt nouveaux jurés plébéiens? Je l'ignore; toutefois, l'entrée des gouverneurs, au nombre de cinquante, pourrait donner à croire qu'on leur aura opposé un nombre égal de jurés électifs.
(2) Il faut remarquer que l'entrée des gouverneurs de métier au Conseil et la transformation de l'assemblée générale des bourgeois ne nous sont connus que par l'acte du 23 juin i33o, révoquant la première et limitant la compétence de la seconde.
pendant aux deux maîtres de la Cité (1). Il est manifeste qu'en se constituant ainsi à l'état de groupe organiquement distinct, les gouverneurs préparaient au reste du Conseil la destinée que les jurés y avaient faite précédemment aux échevins. : l'effacement d'abord, la disparition ensuite.
D'autre part, l'assemblée générale des bourgeois, qui, sous sa forme élargie, dut paraître aux multitudes plébéiennes la plus précieuse conquête de la révolution de i3i2, était une conception d'autant plus dangereuse qu'elle manquait davantage de
(1) Aucun texte ne nous parle de la création des deux maîtres des gouverneurs, qui est évidemment contemporaine des événements de i3i3 Mais le règlement communal du 23 juin i33o, connu sous les noms abusifs de Paix de Geneffe ou de Saint-Nicolas en Glain, art. lo et ii, reconnaît leur existence tout en restreignant leurs attributions; voici ces deux articles :
10. « Item que cascons mestiers devrat avoir d'ors en avant deuz governeurs pour governeir leur mestier, sauf tant que ilh ne poront riens ordineir qui soit ou yestre puist contre le commun profit. Et pour ousteir les perilhs et discors qui avenir puelent entre les dis mestiers le temps avenir, li dit governour poront entre eaus enlire dois principaux governoirs, d'an en an^ pour eauz garder des dis perilhs ».
1 1 . « Mais h dis governours ne soie poront et ne devront meleir de governement ne délie conseilhe de la Citeit, ne aussi corrigier^ declareir ne radrechier nulle chose qui soit fait par le conseilhe ou par lesjugeors de la Citeit etc. i^. (Bormans, Ordonnances., t. I, p. 211).
Donc, d'après le règlement de i33o, les deux maîtres des gouverneurs ne doivent plus intervenir au Conseil, mais ils gardent une compétence professionnelle. Le règlement du 10 juillet i33i la leur enlève en les supprimant purement et simplement : « Partant que li dois maistres, li quarante jureis et li quatre-vingt conseilleurs deseurdis puelent et doient suffire pour governeir ledite Citeit, et que dois governours ne puelent estre bons ne profitant en une ville, avons ordineit que li dois maistres governours qui suelent estre en la dite Citeit ne soient plus d'ors en avant ». (Bormans, Ordonnances, 1. 1, p. 218).
L'existence précaire des maîtres des gouverneurs s'est donc écoulée de i3i3 à i33i ; ils n'ont plus jamais reparu après cette dernière date. Mais il était intéressant d'observer au passage cette curieuse modalité d'organisation démocratique, reproduisant à trois reprises le même type d'institution communale dans trois couches politiques différentes.
L'AVÉNEMENT DE LA DÉMOCRATIE. 29 1
limites et de contrepoids. Il ne paraît pas qu'on se soit préoccupé de restreindre sa compétence, comme le bon sens politique le demandait, aux questions les plus essentielles; elle fonctionnait à tout propos, et le premier venu pouvait en provoquer la réunion, ou, comme on disait, « mettre la Cité ensemble. » Dans ces réunions, qui se tenaient en général dans la cour du palais épiscopal et qui sont connues sous le nom de Palais (i), on ne votait pas. Les maîtres se bornaient à faire connaître à leurs auditeurs l'objet de la convocation, ensuite ils prononçaient la formule sacramentelle : a Allez vous consulter ». Aussitôt les métiers — ~ qui seuls désormais constituaient la commune — se réunissaient chacun dans son local et délibéraient (2). (]'était la résolution de la majorité des métiers qui liait la Cité. D'emblée, la révolution de i3i2 était arrivée aux plus extrêmes conséquences de son principe : le gouvernement direct par le peuple lui-même.
Tels sont les traits principaux du régime qu'au lendemain de leur triomphe les petits imposèrent à la Cité. Conçu dans la fièvre d'une lutte furieuse, il se ressentait de ses origines, et, par son caractère excessif, il n'était pas fait pour durer. Au lieu de pacifier, il aigrissait. Si le patriciat, saigné à blanc,
(1) Par la suite, on verra, par métonymie, employer l'expression « mettre le Palais ensemble » même pour des réunions qui ne se tiendront pas au Palais.
(2) La plus ancienne trace de ce vote par métier me semble être dans l'article 47 des statuts de 1829, qui dit : « Item, quiquionques irat de mestier à mestier quant la commoniteit serat ajournée ou assemblée après chu que li maistres aront dit et proposeit chu pour quois ajournée serat et assemblée, et les enfermera contre les dits maistres, cent sols de turnois paierat sour estre banis cinq ans hours del Citeit et franchise si que dit est ». Bormans, Ordonnances, t. I, p. 188.
n'était pas en état de reconquérir de haute lutte sa situation antérieure, le prince, lui, n'entendait pas permettre à la Cité démocratique de prendre un essor trop hardi. Non moins fier et non moins tenace qu'elle, il s'apprêtait à défendre contre les entreprises des Liégeois les droits de son « haut domaine ».
APPENDICES
L'ÉCHEVINAGE DE LIÈGE en 4475-1176.
L'admirable livre de M. le chevalier de Borman sur Les échevins de la souveraine justice de Liège nous fait connaître tout le personnel du célèbre tribunal depuis le milieu du XIII^ siècle (exactement depuis 4244, v. t. II, p. 533 et depuis 1260). La liste qu'il est parvenu à dresser, en l'enrichissant de quantité de données biographiques, présente un tel intérêt, qu'on éprouve d'autant plus de regret d'être privé de toute espèce d'informations sur les échevins antérieurs à cette époque. J'ai essayé, non pas de combler cette lacune, car il faudrait pour cela des documents qui nous manqueront peut-être toujours, mais de planter au moins un jalon sur la route que devait parcourir l'érudit qui aurait la témérité d'entreprendre un pareil travail. Je me suis aidé, pour cela, de quatre diplômes du XII^ siècle contenant des noms d'échevins liégeois.
4. Le premier est la charte du comte Gérard de Looz pour Brusthem, en 1175, accordant à cette locahté les libertés dont jouissent les Liégeois. (Piot, Cartulaire de Saint-Trond, t. I, p. 122). Cette charte a pour témoins les sept échevins de Brusthem, puis on lit : Hujus factifuerunt etiam testes probi et honesti viri cives Leodienses, hujus legis et libertatis dictatores et ordinatores : Theodricus, advocatus, Jordanus et Libuinus, Libertus, Lambertus, Symon, Wericus, Nogerus, Bruno, Wernerus, Albertus.
Je crois que personne ne me contredira si j'affirme que ces prud'hommes liégeois, qui ont rédigé la coutume de Liège à l'usage du comte de Looz, ne peuvent être que des échevins de Liège.
2. Le second émane des échevins de Liège et est émis pour la léproserie communale de Cornillon. Ce diplôme porte, dans Jean d'Outremeuse (t. V. p. 346) qui nous l'a conservé, la date fausse de 1258; M. de Borman (t. I, p. 26) a établi d'une manière péremptoire qu'il est de 1176. Il est émis par l'avoué Thierry, par le maïeur Henri et par les échevins Henri, Renier; Collard, Libuin. Jourdain.
3. Le troisième diplôme est, comme le précédent, émis en faveur de l'hospice de Cornillon en la même année 1176; il émane du prince-évêque
APPENDICES
Raoul de Zâhringen (BIÂL, t. IX, 4868, p. 344). On y voit figurer le maïeur Renier et les échevins Hellin, Notger et Lambert.
4. Le quatrième diplôme est un acte de donation fait à Liège en 4485, par une femme du nom d'Engelia, à la léproserie de Cornillon {Leodium, 1907, p. 3). On y trouve comme témoins, outre deux personnages qui doivent être les maîtres de la Cité, et dix autres qui forment avec les deux maîtres le conseil communal composé pour lors de douze jurés, quatorze personnages qui ne peuvent être que les quatorze échevins de Liège. Ce sont : Alard, Alexandre, Hellin, Godin, Alard, Baudouin, Martin, Pierre, Roger d'Ile, Henri, Cqnon, Pierre, Étienne et Wéry.
En combinant ces quatre listes, j'obtiens vingt-six noms d'échevins liégeois du XI le siècle que voici, chacun avec l'indication de l'acte ou des actes où il figure.
Hellin 4 3
Jourdain Libuin Libert Lambert Simon Wéry Notger Brunon Werner Albert
Henri
Renier
Collard
Alard
Alexandre
Godin
Alard
Baudouin
Martin
Pierre
Roger d'Ile
Henri
Conon
Pierre
Étienne
3 (Nogerus 1, Notgerus 3)
Laissant de côté pour le moment la liste scabinale de 4185, nous constatons que les trois premières nous donnent, pour les années 4175-4476, le total suivant de quatorze échevins, que je classe 'dans l'ordre alphabétique :
Albert 4 Libert 4
Brunon l Libuin 4
Collard 4 Notger 4
Hellin 3 4 Renier 2
Henri 2 4 Simon 4
Jourdain 1 2 Wéry 4 4
Lambert 4 3 Werner 4
Comme on l'aura remarqué, en 4185. nous ne retrouvons plus, dans la liste scabinale, que trois des personnages mentionnés ci-dessus ; ce sont Hellin, Henri et Wéry. En neuf ans de temps, onze sur quatorze ont disparu. Qu'en faut-il conclure? Qu'à la date de H76 l'échevinage n'était pas encore viager? Je ne le crois pas. Des douze échevins de la liste de 4244, il ne s'en retrouve non plus que trois sur celle de 1260. La présence de trois noms de 1476 sur la listé de 4185 me semble indiquer tout au contraire que les échevins dès lors sont nommés a vie.
APPENDICES
Aucun des membres de l'écheviniige de 1473-1476 ne portant de nom de famille, il est impossible, pour le moment, de les identifier. Je ne désespère pas cependant qu'on y arrive plus tard, du moins pour quelques-uns d'entre eux. Des noms comme ceux de Jourdain, de Libuin, de Hellin et surtout de Notger ne sont pas tellement fréquents dans l'onomastique liégeoise que leurs porteurs soient confondus facilement dans la foule. Et puisque j'en là, on me permettra une certaine conjecture sur celui de Notger. Ce nom est rarissime à Liège (4) : à part le célèbre prince-évêque, je n'y connais, en dehors de notre éclievin, que deux hommes qui l'aient porté : Notger de Saint-Servais (2) et un tréfoncier de l'église Saint-Pierre en 1269 (Cuvelier, Val Benoîl, p. 494). Est-il bien authentique? Je constate que les chartes qui nous l'ont conservé n'existent que dans des cartulaires, dont le premier est du XVe siècle et l'autre du XVII^ siècle; l'un porte Nogerus et l'autre Notgerus, et il n'est pas certain que ni l'un ni l'autre ait reproduit la forme véritable du nom. Si c'était Rogerus? Un échevin Rogerus figure sur la liste de 1483 : il appartient au lignage d'Ile, qui est un des plus anciens de la Cité, puisqu'il est connu dès 4076, et un des plus influents, puisqu'on 1485 il est représenté à la fois dans le tribunal des échevins et dans le Conseil communal (3). La confusion de l'A^et de VB est d'ailleurs un phénomène fréquent dans les manuscrits du moyen-âge, comme le savent tous les paléographes.
Si le Notger de 4175-4476 devait être identifié avec le Roger d'Ile de 1485, nous aurions fait pénétrer un filet de lumière dans l'obscurité qui enveloppe la première liste scabinale. J'espère qu'on ira plus loin et qu'on dégagera quelques autres personnahtés encore. Le résultat ne serait pas à dédaigner, parce que nous apprendrions sans doute des détails intéressants sur l'origine du patriciat liégeois et sur les relations qui ont existé dès l'origine entre lui et l'échevinage. La hste que j'ai dressée n'a d'autre but que de servir de point de repère à des travailleurs futurs.
(1) Par contre, on le retrouve deux fois à Stavelot, une fois au IXe siècle et l'autre au Xe. Cf. G. Kurth, Notger de Liège, t. I, p. /?8, note 1.
(2) Cité par Hemricourt, Miroii\ comme échevin, mais M. de Borman, t I, p. 431, est fort porté à lui refuser cette qualité. — Le Paweilhar (Raikem et Polain, Coutumes de Liège, t. I, p. 131), le mentionne, mais sans la lui donner.
(3) V. ci-dessus, pp. 164-165.
APPENDICES
EXAMEN DES OBJECTIONS DE M. GOBERT A MON TRACÉ DE L'ENCEINTE NOTGÉRÏENNE DE LIÈGE.
Dans l'Appendice de mon Notger de liège (t. Il, pp. 16-28), j'ai publié une dissertation intitulée L'enceinte notgérienne de Liège, où j'ai essayé de préciser le tracé de cette enceinte.
Dans ce travail, dont je reproduis les conclusions ci-dessus, p. 35, j'ai rencontré la doctrine que M. Th. Goberta formulée à diverses reprises sur la même matière dans Les mes de Liège, et tout particulièrement au tome III, pp. 362 et suivantes (art. Remparts). J'ai fait remarquer que je m'écarte de M. Gobert sur deux ou trois points (I), et j'ai essayé de ]ustifier ma manière de voir. C'est à ce travail que M. Gobert a répondu par une brochure intitulée : La plus ancienne enceinte de Liège (2). La compétence toute spéciale de cet érudit dans tout ce qui concerne la topographie historique liégeoise donne à sa dissertation une autorité qui ne me permet pas de la laisser passer inaperçue, et, d'autre part, la question a trop d'intérêt pour que je n'essaye pas de contribuer, en ce qui me concerne, à en amener la solution définitive. Je le ferai d'ailleurs avec toute la brièveté possible.
Pour la clarté de la discussion, je consacrerai un paragraphe spécial à chacun des trois points sur lesquels porte notre dissentiment.
Selon moi, la muraille notgérienne, descendant de Saint-Martin, franchissait obliquement le vallon de la Légia jusqu'à l'église Saint-Servais, courait ensuite sur les flancs de Pierreuse jusqu'à la caserne des Pompiers et, de là, faisait un angle droit pour gagner la Meuse.
Selon M. Gobert, elle allait d'abord englober le quartier Saint- Séverin, puis, atteignant la Légia, au lieu de la franchir, courait sur sa rive droite dam le vallon, laissant en dehors Saint-Servais et baignant le pied du Palais.
J'invoquais le témoignage de Jean d'Outremeuse, faisant courir les rempar^ts notgériens en Pissevache, c'est-à-dire au bas de Pierreuse; je me réclamais de Philippe de Hurges, qui dit avoir vu les fragments des vieux murs de Liège près de la Légia; enfin, j'arguais du fait que l'église Saint- Servais, bâtie dès le commencement du siècle par Richaire, ne pouvait avoir été laissée hors de l'enceinte par son successeur Notger.
(d) Le second point est double, comme on verra ci-dessous. (2) Th. Gobert, La plus ancienne enceinte de Liège. Liège, Demarteau, 1907, In-80 de 58 pages.
APPENDICES
De ces trois arguments, M. Gobort passe sous silence le dernier, qui est en effet assez difiîcile à ébranler du moment qu'on admet l'autorité du Gesta ahlreviata faisant construire Saint-Servais par Richaire. Car comment supposer que Notger aurait voulu laisser cette église et sa paroisse en dehors de son enceinte? M. Gobert essaie de se débarrasser du témoignage de Philippe de Hurges, « fantaisiste et crédule à l'excès «, qui n'est resté à Liège que cinq ou six jours, et chez qui on peut relever un certain nombre de bévues, de distractions et d'erreurs de mémoire, comme chez tout voyageur. M. Gobert s'en autorise pour conclure « au peu de valeur des dires de ce conteur ». Selon lui, Philippe de Hurges s'est laissé berner ou lui-même s'est complu à se moquer de ses bénévoles lecteurs (p. 37). C'est là un langage d'avocat plutôt que d'historien. Avant que M. Gobert eût une raison personnelle de maltraiter le pauvre Philippe de HurgeS; il l'appréciait tout autrement. Il le citait à plusieurs reprises (v. la TaUe analytique qui termine le t. IV des Rues de Liège), reproduisait des extraits textuels de ses relations de voyage, trouvait qu'il donnait une idée assez fidèle de la grande tour de Saint-Lambert, déclarait avoir vérifié V exactitude, en règle générale, de sa description du Palais, reproduisait d'après lui de topiques détails, etc. M. Gobert n'ignorait pas alors que, d'autre part, ce voyageur a commis certaines erreurs, mais il ne s'avisait pas de les invoquer pour jeter le discréi dit sur chacun de ses témoignages, et il avait bien raison. Tout lecteur reconnaîtra que, s'il change d'avis cette fois, c'est pour les besoins de la cause.
Reste le témoignage de Jean d'Outremeuse, que, selon M. Gobert, je n'ai pas compris. Je me flatte de comprendre généralement les sources historiques dont je me sers, et je crois qu'en l'espèce, c'est moi qui n'ai pas été compris par M. Gobert, apparemment parce que je me suis mal exprimé. J'ai écrit que « la pente abrupte qu'on appelle aujourd'hui Pierreuse s'api pelait alors Pissevache » (1) ; j'aurais dû dire, pour être plus exact, que ce nom était porté par une partie de cette pente seulement. Dans ces limites, mon affirmation est si incontestable qu'elle a fait changer d'opinion à M. Gobert lui-même, et qu'elle l'a décidé à faire franchir la Légia à son enceinte au moins en cet endroit.
Voilà pour la partie négative de l'argumentation de M. Gobert : elle n'a guère ébranlé ma thèse. Mais M. Gobert m'oppose des arguments d'ordre positif qui sont beaucoup plus sérieux, je n'hésite pas à le reconnaître. Tous, il est vrai, ne sont pas de même valeur, cet érudit ayant, ce semble, le défaut de vouloir trop prouver, d'attacher plus d'importance à la quantité des arguments qu'à leur quahté, et de les aligner tous, les mauvais ; aussi bien que les bons, sans s'apercevoir qu'il fait tort à ceux-ci par le voisinage de ceux-là. J'appelle, par exemple, un mauvais argument celui qu'il déduit de la nécessité où aurait été Notger, selon lui, d'englober dans son enceinte le quartier de Saint-Séverin. C'est précisément la même nécessité que j'invoque pour faire passer cette enceinte derrière Saint-Servais,
(1) ISotger de Liège, t. I, p. 142.
APPENDICES
qui existait dans la première moitié du siècle, tandis que rien ne prouve l'existence d'une église Saint-Séverin et d'un quartier Saint-Séverin à cette époque reculée, et que l'église de ce nom est citée pour la première fois en 4227. Cela ne veut pas dire, à coup sûr, qu'elle n'est pas plus ancienne, mais cela ne prouve certainement pas qu'elle existait déjà au siècle.
Les bons arguments que m'oppose M. Gobert sont les trois suivants :
40 L'apparition d'une nouvelle rue, la rue Neuve (aujourd'hui rue de Bruxelles) au moment où l'enceinte notgérienne fut démantelée au XI 11*^ siècle. Le tracé de cette rue doit avoir coïncidé, pense M. Goberi, avec celui de l'enceinte démantelée.
2o Si l'enceinte avait, comme je le suppose, coupé le vallon de la Légia, elle aurait, selon M. Gobert, obstrué les communications du populeux quartier Saint-Séverin avec la ville, et elle aurait nécessité, dans tous les cas, une porte à cet endroit. Or, il n'en a jamais existé.
30 Les Mineurs, dont le couvent et l'église occupaient sur les flancs de la colline un emplacement que mon tracé englobe dans l'enceinte, sont dits, dans une charte de 4243, être établis Hors-Château, c'est-à-dire, comme je l'ai démontré moi-même, en dehors de l'enceinte notgérienne (l).
Je dis que ces arguments sont bons; je ne dis pas qu'ils sont irréfutables. On peut alléguer, à rencontre du premier, que c'est une élégante conjecture, non un fait historique démontré. M. Gobert dit que la rue Neuve apparaît à l'époque de la démolition de l'enceinte notgérienne : cela veut dire que la première mention qu'il en a est de cette époque, nullement qu'elle n'est pas plus ancienne. Le nombre des vocables toponymiques antérieurs au XIU^ est trop petit pour qu'on en puisse rien conclure quant à l'âge des lieux dont les noms ne sont pas mentionnés avant cette époque.
En ce qui concerne le second argument de M. Gobert, il ne serait probant que si M. Gobert réussissait à prouver que le quartier Samt-Séverin existait du temps de Notger et qu'il était assez populeux pour nécessiter entre lui et la Cité des communications faciles. Or, rien de moins prouvé et j'ajoute : rien de moins vraisemblable. Le quartier Saint-Séverin ne peut pas être
(4) Cet argument de M. Gobert n'est d'ailleurs valable qu'à une condition : c'est qu'il abandonne son insoutenable explication de Château {Rue de Liège, ÏII, p. 364) et qu'il reconnaisse avec moi que le vrai Château, c'est la Cité elle-même. C'est ce qu'il fait en effet, mais tacitement, sans nous dire qu'il révoque sa première opinion et sans nous prévenir que le vrai sens de Château a été fixé par moi. Loin de là ! Il s'exprime de manière à jeter le doute dans l'esprit d'un lecteur distrait : « M. Kurth, écrit-il, s'est évertué à démontrer par une succession de textes étrangers » à notre localité que le terme Hors-Château, désignant l'une des plus antiques rues » de Liège, s'appliquait jadis à tout le territoire qui se trouvait en-dehors de la » ville » . De deux choses l'une : ou mon interprétation du mot Château s'impose — et alors que signifie le langage de M. Gobert ? — ou elle est erronée, et alors pourquoi en fait-il un argument en sa faveur ?
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antérieur à d'autres quartiers plus rapproches de la ville et qui sont entre elle et lui.
Le troisième argument de M. Gobert est le seul qui me rende perplexe. Il ne m'avait pas échappé lorsque j'écrivis mon mémoire sur l'enceinte notgérienne, mais je m'étais cru autorisé à n'en pas tenir compte, et voici ingénuement mes raisons.
Convaincu, pour les motifs exposés ci-dessus, que l'enceinte notgérienne courait sur les flancs de la colline, je me disais que les mots hors-château du diplôme de n'avaient plus leur valeur littérale et primitive. Le nom de Hors-Château, d'abord porté par la rue qui s'étendait au dehors de l'enceinte, avait été donné, après la démolition de celle-ci, à tout le prolongemeni de cette rue jusqu'au Palais. J'avais un exemple du même phénomène dans la rue parallèle à Hors-Chàteau, la rue Féronstrée. Celle-ci, qui s'étend aujourd'hui jusqu'à Saint-Barthélémy, finissait primitivement à la muraille notgérienne et à la porte Hasseline, c'est-à-dire non loin de la rue Saint-Georges actuelle. Son prolongement hors les murs portait le nom de Saint-Johanstrée, à cause de l'église Saint-Jean-Baptiste qui s'y dressait. Apres la démolition de l'oiceinte notgérienne, Féronstrée et Johanstrée ne furent plus qu'une seule et même rue, et le nom de Féronstrée fut donné à toute la voie.
Voilà des considérations qu'il me serait aisé de renforcer et de développer, si je me croyais tenu de plaider l'excellence de ma thèse. Comme je n'apporte dans cette discussion que le pur souci de la vérité historique et pas le moindre amour-propre, je dirai franchement que je reste indécis. M. Gobert n'a pas démoli mes arguments et je ne prétends pas avoir démoli les siens. En attendant qu'on nous départage, j'ai cru, dans le doute, faire plaisir à M. Gobert en accueillant dans mon texte (ci-dessus p. 35) son opinion plutôt que la mienne.
Selon moi, la muraille notgérienne, à partir de Saint-Martin, courait sur la crête de Publémont jusqu'à Sainte-Croiœ, d'où elle descendait dans la vallée pour courir le long du bras de la Meuse jusqu'à Saint-Denis.
Selon M . Gobert, le mur notgérien. revenant de Saint-Denis dans la direction de Saint-Martin, restait dans la vallée jusqu'en face de Saint-Jean, d'où, par un coude, il remontait la côte abrupte jusqu'à Saint-Martin.
M. Gobert soutient aujourd'hui qu'il est d'accord avec moi, et qu'il n'a jamais fait courir sa muraille au pied de Publémont, et que je l'ai mal compris. (Toujours).
« Dans ma définition du circuit de la fortification notgérienne, écrit-il, je disais qu'elle s'étendait le long de la rue Basse-Sauvenière jusqu'aux Degrés des Bégards. M Kurth a compris que je place dans la vallée cette section de l'enceinte. C'est là le résultat d'une mauvaise lecture. Jamais je n'ai cru qu'il aurait pu venir à l'esprit de Notger, ou de n'importe qui, d'élever des remparts sur un sol bas, irrégulier, très exposé, alors qu'il
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existait tout à côté, sur la colline, des défenses naturelles, superbes, inaccessibles pour ainsi dire, d'où l'on dominait admirablement la ville et ses abords. J'ai si peu soutenu 'pareille thèse, que, quatre pages plus loin, à propos de la désaffectation de l'enceinte première, je dis textuellement qu'alors « le rempart bordant la Basse-Sauvenière remplit le rôle de mur de soutènement » (p. 19).
Au lieu de chercher à comprendre cette explication, je me contente de reproduire ici divers autres passages des Rues de Liège que le lecteur interprétera certainement comme moi.
4. « Par une nouvelle courbe, la ligne fortifiée aboutissait à une autre branche de la Meuse, qu'elle côtoyait le long de la place du Théâtre et de la rue Basse-Sauvenière, jusqu'aux Degrés des Bégards. Là, elle escaladait la colline, passait derrière l'église Saint-Martin pour redescendre vers Saint-Séverin, etc. )) ('i).
2. « Le mur d'enceinte élevé au X« siècle s'étendait de la Basse-Sauvenière aux Degrés des Bégards, d'où il montait vers l'ancienne porte Saint-Martin. dans la rue de ce nom » (2).
3. « Enfin ce mur d'enceinte rejoignait le mur de la Sauvenière par la place du Théâtre » (3).
4. « Ce rempart partait de l'extrémité de la Basse-Sauvenière et arrivait à l'ancienne porte de Saint-Martin en suivant les Degrés des Bégards actuels » (4).
M. Gobert a donc bien positivement changé d'avis et s'est raUié a ma manière de voir : le rempart de Notger courait sur la crête de Publémont. Venant de Saint-Denis, « la muraille notgérienne ne court plus dans la vallée jusqu'au Thier des Bégards «, elle la quitte dès le Thier de la xMontagne et va par un ret(jur d'équerre rejoindre la ligne des murs qui courent sur la crête de Publémont, comme M. Gobert l'admet aujourd'hui avec moi. Mais comme cet aveu est fait de mauvaise grâce ! Après avoir protesté qu'il n'a jamais mis le mur notgérien dans la vallée, mais qu'il n'a rien voulu préciser parce qu'il ne savait rien, il continue : « Si cependant il me fallait, bon gré mal gré, essayer de fixer le point de rencontre du tronçon d'enceinte venant de la place du Théâtre avec celui de Publémont, j'opinerais que la jonction s'effectuait là où s'échelonnent les Degrés de la Montagne » (p. 20).
Pourquoi toutes ces circonlocutions embarrassées qui ont le tort, encore une fois, de dérouter le lecteur, comme si le but de M. Gobert était, tout en rectifiant son erreur, d'empêcher qu'on s'en aperçoive? Ce sont là des préoccupations qu'il ne devrait pas connaître.
(1) Gobert, Les rues de Liège, t. III, p. 364.
(2) Le même, o. c, t. I, p. 5.
(3) Le même, t. 1, p. 6.
(4) Le même, 1. 1, p. 287.
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Selon moi, la partie du rempart qui, vis à vis de Saint-Jean, monte le Thier des Bégards et va rejoindre la muraille notgérienne près de Saint-Martin, n'a été construite qu'au XIII^ siècle et appartient, non à la première, mais à la seconde enceinte.
Selon M. Gobert, cette partie du rempart a été construite au contraire par Notger et appartient, par conséquent, à la première enceinte.
M. Gobert m'objecte que, sans cette partie de rempart, toute la Sauvénière serait restée ouverte et exposée à l'ennemi.
« De sérieuses raisons stratégiques exigeaient que les murs de la cime » de Publémont descendissent jusqu'au bas de la colline à cet endroit » (p. 29). « En fixant aux emplacements dits le mur d'enceinte, a-t-on réfléchi que c'était abandonner à l'extérieur des remparts presque tout l'important bourg de la Sauvenière ? — — — Le territoire de ce bourg était soumis à la direction de l'administrateur temporel de la cathédrale, au
prévôt Est-il logique de croire que Notger aurait tenu, de gaieté
de cœur, à provoquer le mécontentement, l'opposition acharnée du Chapitre cathédral en abandonnant, au dehors des fortifications, le quartier de prédilection de ce haut corps ecclésiastique? » (p. 24).
Ma réponse sera brève.
M. Gobert confond ici le Liège du XIII^ siècle avec celui du X*'. Le domaine de Liège avait deux maîtres : l'évêqué, qui possédait la Cité (c'està-dire le Château et l'île) et le Chapitre; qui possédait la Sauvenière, jetée comme un coin entre l'Ile et le Château. Notger n'a entouré de murailles que le Château, comme le nom même l'indique. Il n'a pas rejoint le Château à l'Ile par le mur dont parle M. Gobert, parce que ce mur traversait la Sauvenière qui ne lui appartenait pas. Je ne crois nullement, avec M. Gobert, que le Chapitre ait été mécontent de cela; je crois même qu'il aurait protesté si le prince s'était avisé d'englober dans ses remparts un domaine de la mense capitulaire. Les tréfonciers auraient dit qu'il préparait l'annexion et ils auraient eu raison. C'est ce que montrent les faits du XlIIe siècle.
A cette date, on éprouva le besoin d'élargir l'enceinte de Liège, et, notamment, d'y comprendre la Sauvenière. On construisit alors le mur que M. Gobert, selon moi, vieillit indûment de deux siècles. Mais alors aussi, la Cité prétendit soumettre le quartier de la Sauvenière au régime urbain (juridiction des échevins, payement ÙQldi fermeté, etc.). Les chanoines protestèrent longuement, mais durent finir par se soumettre : en i287, la Paix des Clercs adjugeait la Sauvenière à la Cité.
Je m'arrête ici. Si j'avais voulu suivre pas à pas M. Gobert et rencontrer tous les raisonnements variés qu'il égrène le long de ses 58 pages, j'aurais dû écrire une brochure à peu près double de la sienne. Je n'en ai pas eu le temps; je crois d'ailleurs avoir répondu à tout ce qu'il dit d'essentiel, et tenu ma promesse d'être court.
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L'ÉGLISE SAINT-JEAN-BAPTISTE en 1489.
A la page 73 de ce volume, j'ai émis l'opinion que l'église Saint- Jean- Baptiste fut la troisième des églises paroissiales de Liège, et qu'elle desservit tout l'agrandissement, de même que Notre-Dame-aux-Fonts desservait la Cité proprement dite et Saint-Adalbert l'Ile. Cette opinion, née à la suite des recherches que j'avais faites précédemment sur cette paroisse (v. La paroisse Saint- Jean-Baptiste à Liège dans B8AHL, t. XIV, d903, et Recherches sur l'origine des paroisses de Liège, même recueil, t. XVI, i907) n'était toutefois qu'une conjecture, et les dévots de Jean d'Outremeuse pouvaietît lui opposer le récit de leur oracle, qui plaçait la naissance de la paroisse à une date aussi basse que 4204. Le diplôme qui suit ne laisse plus de place au moindre doute. Il nous montre qu'à la date de 1489 l'église Saint-Jean- BapUste existait depuis longtemps, puisque ses patrons d'alors n'étaient que les (f descendants » du fondateur. Cela reporte son origine tout au moins aux débuts du XII^ siècle. Je dois la copie de ce précieux diplôme à l'obligeance de M. E. Poncelet.
Simon^ prévôt de Sainte-Croiœ, et tout le Chapitre de cette église reconnaissent que Henri de Cologne et Marthe sont les patrons de l'église Saint- Jean-Baptiste, en qualité de descendants du fondateur, et déterminent ses relations avec celle de Sainte-Croix sur l'alleu de laquelle elle est bâtie.
Cartulaire de l'église Sainte-Croix, fol. 243, aux Archives de l'État à Liège.
In nomine sancte et individue Trinitatis, ego Symon majoris ecclesie in Leodio decanus et ecclesie sancte Cruels prepositus, Hermannus decanus totusque ejusdem ecclesie conventus, magistris hospitalis in platea Sancti Johannis Baptiste, Henrico Coloniensi, Marte mulieri et èorum successoribus presentem cartam in perpetuum robur et monimentum. Notum igitur esse volumus omnibus tam futuris quam presentibus juris (sic) patronatus et donum ecclesie beati Johannis Baptiste longevi temporis grandi auctoritate et capituli Sancte Marie mera et vera assertione ad jam dictes heredes jure pertinere, pro eo quod antecessores eorum jam ecclesiam fundaverunt et suis possessionibus légitime dotaverunt jusque patronatus et donum ecclesie posteris suis de cognatione sua successoribus perpetuo reliquerunt.
Primum de eadem ecclesia supradicti heredes quinque solidos in festo
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beati Johannis Baptiste ex antiquo jure tenentur ecclesie nostre persolvere pro eo quod pars ecclesie in allodio nostro sita esse dinoscitur, qiiibus de hac vita subtractis in capitulum nostrum successores eorum tenentur venire et secundum jus capituli in requisitione sua procedere. Nichil igitur juris in sepedicta ecclesia Sancti Johannis Baptiste ecclesia nostra Sancte Crucis habere dinoscitur nisi quod jam dictos quinque solides supradicti heredes et eorum successores in festo Sancti Johannis Baptiste nobis tenentur exsolvere; jus autem patronatus et productionis persone coram abbate et capitulo Sancte Marie, donique ecclesie liberam potestatem ad ipsos et successores eorum libère cognoscimus et fatemur pertinere. De habundanti igilur cauiela contra malorum versurtias (sic) et eorumdem cavillationes injuslas ad pacem et concordiam inter nos et jamdictos heredes et eorum imposterum successores perpétue inconvulse servandam, placuit presentem paginam sigillé ecclesie nostre roborare et munire, ne quis in posterum malignus cavillator et temere presumptuosus audeat tante sinceritatis factum inscrutare. Actum est hoe anno incarnationis dominice millésime C»"» LXXXIX», présidente sedi apostolice Clémente 111°, imperante Frederico Romanorum imperatore semper auguste, presulante Radulpho Leodiensi episcopo. Testes hii sunt; Ego Symon in Leodio majoris ecclesie decanus et ecclesie Sancte Crucis prepositus, Hermannus, decanus, Arnulphus ecclesie Sancti Martini decanus, Henricus, Wedericus cantor, Balduinus, Lambertus celerarius, Nicholaus, Bernerus, Henricus. De ecclesia Sancti Bartholomei, Henricus ejusdem ecclesie decanus. De ecclesia Sancti Pauli magister Jonas. De ecclesia Sancti Johannis Evangeliste Gerardus. De familia episcopi. Warnerus advocatus de Nivelle. De civibus civitatis Robertus villicus, Franco magnus, Eustachius frater suus, et Laurentius.
3o4 APPENDICES.