VILLAGE ET VILLE
Une des choses les plus intéressantes pe l'observateur intelligent, sur-
ut pour l'éconoimniste et l'homme d'état, c'est à coup sûr l'établissement graduel d'un canton, la formation d'une pe d'un village, d'une ville. A. GERIN-LAJOIE.
1 tallut, tout d’abord, procéder à l'élection des
| conseillers. M J. O. Villeneuve, alors préfet
du comté d’'Hochelaga, qu'il devait, plus
tard, représenter à la législature provinciale,
nomma M. Frs. Corbeille, marchand de ferronne-
ries, pour la présider. La date en fut fixée au 16 janvier 1877.
Le lieu choisi pour enrégistrer les votes, était la maison de M. H. St. Denis, coin des rues Notre Dame et Dominion. so
Tous les anciens se rappellent cette lutte avec un sourire de satisfaction, car elle fut lhomérique. Quatorze candidats, parmi lesquels se trouvaiesæ l'honorable Coursol, je crois, étaient sur
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les rangs, et jamais, peut-être, une élection municipale provoqua pareille excitation. On travaillait avec une ardeur incroyable. Le premier jour du vote, tout se passa assez bien, mais le second jour, les esprits étant surexités outre-mesure, les partisans en vinrent aux mains, dans l’enceinte du “poll.’ : Le poële fut renversé, le feu se communiqua à l’édifice et l’on fut obligé d'appeler les pompiers de St. Henri. Cela rappelait, en partie, les élections parlementaires d'avant 1837, alors qu’elles étaient presque toutes signalées par des émeutes. Heureusement, le temps a pacifié les électeurs et aujourd’hui tout se passe dans la plus grande tranquillité.
Le 22 janvier suivant, fut tenue la première assemblée du Conseil, dans l’école de la rue Delisle. M. le notaire Desrivières agissait comme secrétaire Pro fempore.
Notre populaire concitoyen, M. Charles F.
Lalonde, y fut nommé maire. Il conserva ce poste honorifique durant cinq années consécutives. Ce:fait est un de ceux qu'il suffit de mentionner
‘ dans la vie d’un homme, pour prouver qu'il eut
des qualités indéniables et une grande influence. Le sept février de la même année, les conseillers choisirent M. Isaïe Rainville, notaire, pour rem-— plir la charge de secrétaire-trésorier et M. Alexis Coderre, celle de chef üe police. Ici, (dans l’ordre
chronologique) se place un incident qui montre combien la race canadienne-française. a toujours tentw à vivre en harmonie avec les autres races et à leur accorder le ‘‘ fair play ’’ qui trop souvent lui est refusé. Pas un seul anglais avait été élu au conseil, mais, comme leurs intérêts étaient nombreux, il fut résolu entre les conseillers de tirer au sort. afin de créer une vacance, et permettre la nomination d’un concitoyen d’origine britinuique. Le hasard désigna M. Julien Martineau qui se retira noblement, et le 12 février M. J. Luttrell était appelé à le remplacer.
Quelques jours plus tard, on louait la maison Brewster, pour y installer les bureaux de la corporation ainsi que les postes de pompiers et d'agents de police. Une pompe à incendie et un dévidoir furent achetés, afin d’être en état de combattre victorieusement l'élément destructeur qui faisait, parmi nous, de terribles ravages.
Le village de S'e. Cunégonde n'existait civilement que depuis une année lorsçu’il fut question de la construction d’un aqueduc.
Depuis un certain temps, l’eau était servieaux habiïants par des individus qui la vendaient au seau. Ce système présentait une foule d’inconvénients. Il était onéreux, très incommode en hiver, et l’eau n'était pas toujours potable et pure, car on la puisait généralement dans le canal.
Mais, construire uu aqueduc, était une entreprise énorme alors, et les municipalités environnantes avaient reculé en face des difficultés imaginaires ou réelles que présentait le projet.
Néanmoins, toujours audacieux, ou plutôt, suivant le progrès pas à pas, notre conseil fut en faveur d’une telle entrenrise, et, c’est une de ses actions les plus louables. Les conseillers n’envisagèrent que le grand bien que notre population en retirerait et l’augmentation de valeur que cela donnerait aux propriétés immobilières.