‹ La Cité des hommesChapitre 14 sur 24 · ODE AUX HOMMES DE MA GÉNÉRATION · texte numérisé non relu

ODE AUX HOMMES DE MA GÉNÉRATION

Frères, exaltons-nous et dansons devant l'arche, Tout un monde nouveau va naître sous le ciel. J'entends déjà monter le bruit torrentiel De la terre en gésine et des peuples en marche.

Un rythme radieux emplit soudain nos âmes, Nous sentons des frissons secouer notre corps, Un vouloir plus hardi nous pousse et nous enflamme, Et claque devant nous en oriflammes d'or.

Notre foi verse au monde un fleuve de sang rouge, Nous crions fervemment vers l'avenir dressé Comme un cimier d'orgueil sur le front du passé. Tout l'infini mystère en nous tressaille et bouge.

Nous avons pris en mains tous les espoirs vermeils, Secoué dans l'azur des torches de lumière, Et d'un geste de feu empoigné la crinière Des étalons d'or du soleil.

Orgueil, épervier noir qui dompte les faiblesses, Tu planes dans le ciel de nos pensers nouveaux ! Nous avons fui la crainte lâche et nos cerveaux Sentent chanter en eux des hymnes d'allégresse.

Nous avons tenaillé les puissances rétives, Nous avons bu le vin des forts, Et notre âme sent naître un désir fou d'essor Quand passent les locomotives.

Tout le globe s'enfièvre et se transpose en nous. Nous l'élevons joyeux vers de plus hautes cimes, Vers l'exaltation des paroxysmes fous Qui nous tordent et nous animent.

L'époque est dans nos cœurs, mouvante et dynamique. Un vouloir forcené nous tient et nous pétrit, Et le chant de notre ferveur se mêle au cri Des ateliers et des fabriques.

C'est l'élément dompté, c'est l'ère des machines, C'est l'univers enthousiaste et trépidant. O tout ce que je vois et tout ce que j'entends, Et surtout ce que je devine !

L'effort est notre roi, l'action est notre dieu.

Nous rejetons tout ce qui nous attarde,

Et nous avons lancé au feu

Nos rêves dissolvants avec nos vieilles hardes.

Le monde vit en nous, je le sens dans ma chair, Je l'exalte et le presse à loisir pour qu'il sente Passer en lui mon âme ardente Et le désir de mes yeux clairs ;

Pour que je puisse l'enfiévrer jusqu'au délire, Et le magnifier dans un rythme fervent, Et le pousser, toutes voiles au vent, Vers quelque fabuleux empire,

Où tout en un semble s'étreindre,

Pour ne former qu'une âme immense et qu'un rayon,

Qu'un frénétique tourbillon

De vie et de soleils que rien ne peut éteindre.

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