‹ La Cité des hommesChapitre 16 sur 24 · SAMEDI · texte numérisé non relu

SAMEDI

Samedi flambe dans les yeux en torches rouges. C'est le soir de la paye et celui de l'alcool, Le soir des cinémas, le soir des music-halls Et des meurtres au fond des bouges.

Les orchestres fous se déchaînent

Dans les théâtres et les bars.

Et nerfs tendus et fronts hagards,

Avec du feu dans les regards,

Les salariés de la géhenne,

Les porteurs de licou et les traineurs de chaînes,

Ceux des bureaux ou des bazars,

Avec l'argent de la semaine,

S'offrent sur des divans blafards,

Le monstrueux baiser de la misère humaine.

La fièvre rouge des chaudières S'est logée en la chair des hommes et les tient. Elle rugit en eux, et dans le soir qui vient, La luxure de feu fait siffler ses lanières, Fustige ces reins noirs et ces muscles durcis, Erecte devant eux, en fauves raccourcis,

Des viols sanglants et des chairs qui se groupent,

Des seins dardés vers des baisers de feu,

Des corps liés par le milieu,

Des mammes, des phallus, des lèvres et des croupes.

Et l'alcool les possède, et tous ces enchaînés Des jours de la semaine au labeur nécessaire, Sentent gronder en eux des ruts qui s'exaspèrent Dans le tourbillon fou des soirs hallucinés.

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