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LA VILLE EN RUT

Les désirs brûlent dans la nuit en torches rouges, Des effluves de feu se meuvent dans l'air fou, Les foules vont les nerfs tendus, sans savoir où. L'ombre flamboie, les maisons bougent.

Toute la ville roule et s'effare,

Se rue aux métros et halète aux gares.

Ses trains de fer bondissent monstrueux,

Semblant tirer toute la terre derrière eux.

Dans ses flancs, cohortes hâtives,

Echos de fête ou de travail,

Le tumulte s'exalte et les locomotives

Tonnent sur les rails.

Le vertige se tord et possède les rues.

L'alcool rutile au fond des bars et des boutiques,

Et la foule bondit par masses frénétiques,

Et saigne et se coudoie sous les lumières crues.

On entend retentir des trolleys et des treuils.

Toute la cité fauve exalte son orgueil,

Hausse ses tours, cabre ses ponts, presse ses foules,

Darde se* projecteurs sur ses mouvantes houles,

Erige avec fracas dans la fièvre du feu,

La face tournoyante et pourpre de ses dieux.

C'est l'heure formidable où s'éveillent les fièvres.

Des désirs fous crispent les muscles et les lèvres,

Des gestes furieux érectent dans le soir,

Des paroxysmes violents embrasent l'ombre

Et d'un tel cri de feu percent l'espace noir,

Que prise dans l'essor brûlant des vœux sans nombre,

Toute la ville hurle, et se dresse, et hennit

Dans un rut fou pour violenter l'infini.

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